‹ Le Salon de 1859 Maxime Du CampChapitre 15 sur 23 · LE SAT.ON DE · texte numérisé non relu

LE SAT.ON DE

quaire petits tableaux de montons qu’expose M. Brendel. 11 y a là une science de main, une finesse d’observation, une vérité fort remarquables et qui méritent de très - grands éloges. Je citerai encore trois bonnes toiles de M. Verlat, qui revient à des dimensiôns où son spirituel et fin talent est plus maître de lui ; et des chevaux bien dessinés par M. Parquet, mais qui, comme couleur, paraissent avoir été argentés et dorés par le procédé Ruolz. Le maître, le vrai maître derrière lequel on se traîne pour l’imiter, mais que nul n’a pu égaler encore, reste donc M. Troyon, que, sans hésiter ( j’en demande pardon aux gens de goût ) nous préférons à Paul Potier. Nul, en effet, ne sait comme lui faire circuler l’air autour de ses personnages; nul ne traite les animaux avec cette science d’anatomie, cette sincérité puissante, et nul ne sait les faire mouvoir dans de plus beaux paysages. Tous ses tableaux sont là pour le prouver, et si nous aimons moins le Déport pour le marché , dont les tons criards dans la brume matinale nous paraissent un peu exagérés, nous ne pouvons que nous incliner et battre des mainsdevant les autres.

Il nous faut dire un mot de la marine et ce mot est pénible. Le maître est en défaillance, et Y Incendie de l'Austria, par M. Isabey, avec sa fumée en carton, ses grappes d’hommes suspendus, sa mer d’un bleu dur, nous ont fait regretter ces magnifiques marines qu’autrefois nous avons tant admirées. Si nous jugions par comparaison, nous trouverions certainement M. Isabey supérieur à M. Tanneur, qui a traité le même sujet d’une déplorable manière ; mais est-ce par comparaison qu’il faut juger ? Je ne le crois pas. Quel serait le tableau, et parmi les meilleurs, les plus aimés, les plus applaudis, les plus payés par le public, qui pourrait conserver une certaine importance, si, dans chaque salle de l’exposition, on accrochait, comme diapason artistique, un tableau d’ancien maître? Que deviendrait M. Daubigny à côté de Claude le Lorrain ? et, sans remonter si loin, que deviendrait M. Yvon à côté d’Horace Vernet?

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