‹ Le Salon de 1898Chapitre 45 sur 54 · DANSEUSE A LA BARRE · texte numérisé non relu

DANSEUSE A LA BARRE

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LA SCULPTURE

nationale des Beaux-Arts , mais dans les deux Salons de 1898.

Et à ce propos, je veux revenir un instant, sur le Salon de la Société des Artistes français.

Il y a dans la section des dessins, pastels, aquarelles, miniatures (côté des artistes français), un véritable chef-d’œuvre que je regrette de ne pas voir figurer parmi les acquisitions de la Ville de Paris, c’est Y Impression de foule , à la fête de V Esplanade des Invalides , de M. Pierre Vauthier.

On n'a jamais rien fait de plus vivant, de plus grouillant que ce pastel.

La note du vêtement violet du saltimbanque vêtu d’un frac Louis XVI est comme le la de cette symphonie de couleurs.

Les taches des drapeaux tricolores flottant au-dessus des milliers de têtes qui émergent de la foule bariolée, sont d’un effet joyeux et le grave dôme des invalides, casqué d'or, termine bien le fond du tableau.

Gomment M. Vauthier qui possède si bien son Paris ne nous donne-t-il pas des illustrations qui feraient merveille dans la série souvent bien terne des images qui peuplent nos recueils périodiques.

LA SCULPTURE

Maintenant, passons à la section de sculpture de la Société nationale des Beaux-Arts et allons droit au Balzac de Rodin qui est le clou des Salons de 1898.

Il y a cinq ans, M. Rodin a cru devoir accepter de la Société des gens de lettres la commande du monument à élever à Balzac sur la place du Palais-Royal. M. Rodin a fait plusieurs projets. M. Rodin est un artiste d’une trop haute supériorité pour avoir supposé un seul instant que le cadre est indifférent à une œuvre d’art et que le

Balzac qu'il a exposé cette année pouvait convenir à la place du Palais-Royal. Un ordre du jour rédigé par la Société des gens de lettres et publié à grand fracas, le lui a dit. La Société des gens de lettres avait le devoir de prendre une attitude moins brutale à l’égard d’un artiste comme Rodin. Elle ne l'a pas fait et elle a si maladroitement agi, qu'il s'est immédiatement rencontré un amateur qui a relevé le gant. Mais pour bien juger l'œuvre de Rodin, il faut la dégager de la question de commande et de la question d’emplacement. Il faut considérer cette œuvre comme la conception d'un artiste qui dans sa pleine indépendance aurait voulu symboliser l'auteur de la comédie humaine en faisant émerger de la masse qui le représente drapé dans sa robe de chambre légendaire la vivacité fiévreuse de son regard, l’accent railleur de sa bouche et l’ampleur de son visage couronné par la touffe de ses cheveux vigoureusement accentuée. Sous la forme fruste du vêtement, les bras sont rassemblés, les mains sont jointes. On sent la respiration qui soulève la poitrine. On est en un mot devant le Balzac de Rodin en présence d’une œuvre d’une vraie puissance et d'un caractère qui rappelle les émouvantes figurations que nous admirons dans nos monuments du xme siècle. Mais c’est sur le pilier d’un édifice du style de cette époque que doit prendre place la statue de Rodin. On la voudrait dans une de ces pénombres chères aux solitudes et non pas sur une des voies bruyantes du Paris qui a perdu de vue sa vieille cathédrale.

Aussi je me promettais une véritable joie à la pensée de voir le Balzac de Rodin se détacher sur les massifs de Neuilly, dans le parc qui lui a si gracieusement offert l'hospitalité, mais Rodin garde son Balzac dans son atelier.

Avec le Balzac, Rodin expose un groupe en marbre Le baiser. Ce groupe est déjà connu, sa traduction en marbre ne lui a rien fait perdre de l'ampleur de son modelé, de la souplesse de son dessin. Les profils sont étudiés avec amour. Les formes longues des deux personnages abimés dans l'heureuse lassitude sont d'une élégance exquise et quand on considère ce groupe dans son ensemble ou qu'on l'analyse dans ses

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