SALUT AUX ABSENTS
A celui qui, à cette heure, élabore de nobles, d’harmonieuses visions d’idéal, pour la Sorbonne et dont l’œuvre monumentale ne s’encadre qu’aux églises, aux musées et aux palais : au plus noble des génies de l’art vivant.
A Puvis de Chavannes. Salut.
A celui qui dérobe ses secrets à la sphinge fugace et qui sait le cœur des femmes hères, et la pensée ; à l’escarboucleur du mythe, au hbulateur des symboles vénérés et des brillantes joailleries de la couleur, au subtil et éblouissant maître.
A Gustave Moreau. Salut.
A celui qui seul a su étreindre la sexualité et la monter au beau en lui laissant sa fougue; au liseur de l’âme fémine; au hiérophante des luxures farouches et souffrantes, au marbre des perversités et du nu passionnel, maître au sévère rustique du Bout du sillon et à l’infernal concepteur des Diaboliques et des Sataniques.
A Félicien Rops. Salut.
SGULPURE
Si les sculpteurs savaient ce qu’ils gagnent à être les derniers critiqués! Le salonnier arrive fourbu au jardin; et puis il fume : ou rien ne rend indulgent, c’est-à-dire indifférent comme la cigarette. - '
Cependant, je vais en préliminaire énoncer mes griejfs généraux.
1° Il y a nombre de sujets hérésiaques en ronde bosse — - ce sont ceux qui vont bien en peinture, exigent des accessoires ou de l’inéquilibre.
2° Il n’y a rien au-dessous de la sculpture pittoresque — c’està-dire une figure accomplissant un travail manuel sans idée ; tel qu’un pêcheur; un jongleur.
3^ Si ce n’est la sculpture de formes contemporaines.
40 Si ce n’est la sculpture comique ou spirituelle.
5^ Si ce n’est le buste des bourgeois.
La sculpture est l’expression d’un mouvement de l ame par un mouvement du corps; or le mouvement du corps qui n exprime pas de mouvements de lame, est-ce de la sculpture. — • Oui. — Est-ce de Lart. — Non. — Voilà qui est clair, et dès Labord.
Injuste? ? aucun sculpteur ne croît à la sculpture des femmes.
Enfin, quiconque emploie le mouleur et praticien, fût-ce pour dégrossir le marbre, n'est pas un artiste à més yeux.
J'ai sur ce point l'opinion de la Renaissance,
Quant à l’ignorance des sculpteurs, ils ont des cervelles de maçons!
Aucune corporation ne représente de pareils illettrés et en telle proportion.
Il y a deux modes plastiques: ramener au type, à un canon parfait et toujours un peu hypothétique et de mode ; ou bien individualiser. L’un se peut dire grec et l’autre florentin.
Tout l’art oscille entre l’idéographie égineto Phidienne et le particularisme Pisano-Buonorattique. Le premier est devenu impossible.
N’ayant pas de catalogue : et les étiquettes n’étant pas posées, ni la plupart des noms sur les socles ; je décrirai forcément des pièces sans dire le nom de Lauteur.
Au pied de l’escalier, en bronze, un colossal Bernardin de Saint-Pierre, un bon Géronte du siècle dernier, canne et chapeau sous le bras, le doigt en sinet dans un livre — personnage fort peu plastique — pas grotesque cependant.
La vierge et l’enfant sur l’ânon qui s’arrête pour brouter, c’est convenable.
^ Quelle tête coupée baise donc cette femme, serait-elle d’orphée et une menade repentante Roubaix a imaginé un Saint-Jean- Baptiste de six mois qui, comme un hochet agite une croix. Cela passe parce que c’est Saint-Jean, mais le nouveau-né est laid, parce qu’il n’est ni conscient, ni fort ; une Geneviève froide et nonnain élève un geste grave mais sans plus d’accent. Le Saltair de Costa ne signifie rien, et la Nubienne ne vaudra qu’en lampadaire ou cariatide.
Groupe national des mobiles tournant autour d’une femme belle puisqu’elle ressemble à M“e Holmes. Le bras est fort et rond ; le gorgerin bien adapté sous les seins nus, en corset guerrier mais les mobiles qui secourrent après ne sont nullement décoratifs.
Un éphèbe s’élève au-dessus d’un rocher et des arts; c’est lour-
daud d’allégorie; l’ Alsacienne et son fils, une porteuse sont des nullités.
Un Homère trône, banal et encombrant 277, bonne tête qui dort.
Oh! l’esprit des sculpteurs! un appelle l’amour en frais : un mioche qui offre un louis à une jeune fille; à côté, un animal de pêcheur raccommode ses filets.
Voici les bêtises qui commencent. La figure représente la nuit, sous son pied un croissant, une chouette et des ailes qu’elle replie. La ronde bosse ne permet pas tant d’ustensiles.
Michel enlève le bandeau delà Fortune, cette coureuse devrait être svelte, la voilà lourde. Excellent groupe, un tigre se bat avec un serpent.
Énormité : un homme manœuvre le gouvernail d’une barque absente et un gamin crie effaré. C’est inepte, cela, en ronde bosse.
Un guerrier fait ses adieux à sa famille : groupe convenant et national.
La dormeuse de Tourgueneff a les seins trop répandus, et le genou en l’air n’est pas joli du tout et fait saillir les os du bassin.
Mausolée de Paul Bert, c’est très quelconque; le boucher assis à^Anher serait bien, sans la cambrure ronde de l’amour qui lui tend sa palette. Un vilain Philoctète.
Choisis^ un jeune chevalier étend dans ses mains un glaive là, ici un rameau d’olivier. Sculpture de ténor. Après ce premier rond, le gamin Florentin, qui joue aux billes, fait grand honneur au talent AEnderlm, qui a trouvé en ce marbre des modèles ephébiques.
Une liberté a des fers rompus et un drapeau : le drapeau de Déroulède, toujours. Un Chactas; jeune voyou très vivant; Mignon décente. La première notation de rareté, le sourire du saltant à la chèvre. Oh! Atlas, Poliphème, à peau bouffie. Un grand petit monument commémoratif de ces polissonneries révolutionnaires qui ne sont pas des faits, mais des non-lieu.
Vauréal a coulé la Foi en bronze, un pinceur de Cithare
assez crâne; une de la bataille des fleurs de Nice mais nue. La Maternité, groupe trapu et lourd. Bêtise, un chien garde un berceau, et puis mon désespoir, la fable de Florian, prétexte à deux académies superposées, l’un jeune et l’autre vieux; l’aveugle et la paralytique. Comment s’intéresser à l’exécution de ça, du reste c’est en marbre : ce n’est donc pas exécuté, c’est une copie.
Le nu de Luenhoff s’ennuie et le bras rime mal avec la largeur des hanches.
Charmant Molière enfant dans un fauteuil de Gaudie^. Le volontaire de Choppin a un mouvement juste et vif.
Pandore acrobate, sur une boule ailée, la boule sur un tout petit diable grand comme un insecte.
Z). -O. Peignot a quel Jordaëns, avez-vous pensé, en faisant votre Trkon qui se vautre, lourd.
Le Tigre blessé, de Valtin^ pourrait être plus pantelant. Saltante, à draperie mouillée, ce qui est toujours de bel effet.
Un chasseur emporte un daim, tandis que la tête de sainte Agnès s’élève soutenue sur le socle par ses bandeaux qui y pendent. Incroyable! vraiment.
Le Baiser maternel, de Lejeune et la Brute au matraque, de Desca^ appartiennent à la rengaine du métier.
Ils ne savent pas pourquoi ils ont fait cela: par manque d’invention, probablement.
Orphée citharéen passe sur le corps de Cerbère endormi; l’hésitation plastique ou androgyne est louable.
Marqueste a, contrairement à son habituel talent, une femme épaisse.
Joli petit Turenne.
Hector Lemaire ne manque pas d’originalité : il y a de l’invention en ses œuvres, c’est bien conçu.
Houssin^ très beau procédé, mais il ne voudra pas comprendre qu’ Icare est un sujet de peintre : les Grecs n’ont jamais fait de chute d’Icare plastique.
La Mort du vieux berger, face à face avec son chien : un tableau qu’on se montre au premier étage.
Vénus à genoux et l’Amour blessé.
L’Aëde-, disant une saga, s’accote à deux éplorées, figures des Nymphes de Jersey.
Et revoici la Divine, de Falguière, en marbre, cette fois.
Thiers ? Cela ressemble à du Grévin qui saurait l’anatomie; oui, c’est du Grévin très bien dessiné, très bien modelé : tête canaille et séduisante, cheveux à la garçonnière jusque-là posésensuelle : aucun style, de l’érotisme et de la vie.
Regardez un peu longtemps, vous verrez un grand pas de* l’Eden nu. Racret, gentil tableau où Noël a mis une réprimande à un nu commun.
Caïn, Lion dévorant un caïman, très belle œuvre.
Hésitation, de Mashen; comment, en sculpture, donner l’impression du froid de l’eau?
Un énorme bronze de Maubach, où l’amas de cotte de maille, entouré de cailloux et de cadavres sarrazins, où s’appuie le héros, ne peut se supporter qu’en un tableau.
Godebskiy en son Enlèvement, aurait pu par antithèse donner à la femme un nu plus rond, plus gracile.
La Femme au chat, de Hirouj; sa voisine, la Bacchante, sont de bonnes études; un Meurtre de Lucrèce, bronze farouche et d’un mouvement violent, d^Eîisa Block.
Machine grotesque, Sampiero Corso : un Portugais quelconque qui escalade des rocailles, signé Vital Br ag : absurde. Chaudel : Groupe douloureux assez vrai.
Un banc et trois braillards, cela fait l’embryon des assemblées nationales françaises; ils semblent trois vieillards des Petites- Maisons (section des agités).
Basset fait la Déclaration des droits de l’homme comme il ferait toute autre déclaration ; c’est pour plaire à l’État : c’est Carnot comme ça étéGrévy, comme ça été Mac-Mahon. L’ennui
Lfe SALON DE JOSÉPHIN PÉLÀDAN
qui en résulte est en face du marquis de Gaux d’un lampadaire pour électricité.
Satyre et nyniphé se disputent un thyr*se ; vieux mime grec, curîedx bronzé.
Hoïiâaîn^ séui îéî, essaye dé la perversité et réussit sa femme au serpent dont lâdràpèrîé joùé le déshabillé elle a un rire vicieux qui, au moins, n’est pas morne et si banal que lé reste.
Lemaire: Sauvée par un pompier ; les dartles sont priées d’admirer la tournure, les volants, le jupon, la sous-jupe, etc...
Aux Üàlîgnanis la ville de Gorbeil ; c’est d’intérêt local ; passons.
Très jolie nymphe lutinant un chèvrepied. Lieur de gerbes pour square.
Un augure soûl est soutenu par une petite égrillarde, Eros les pousse. Un imbécile tient un sabre et parle latin omnis gallus miles :ce qui veut dire tous les coqs sont des braillards, n’est-ce pas. Un jeune tigre veut emporterlanébride d’un satyre: joliet.
Lahalut a donné assez de style à la détresse de Roland ; mais l’amalgame des arts qui ont besoin de l’état?
Un Samson manœuvre la mâchoire d’âne et une Namouna se purifie.
Descendu jusqu’à la sortie. Je remonte par le côté de l’étalage Braun. Barra dé ; il sé'rre une cocarde sur son cœur;
comme d'h Mussét. Et serrer tendrement un navet sur son cœur insànTté colossale : le cheval et le pakhenier au prochain salon, il y aura le box. Est-ce une mOrt-e ou dormeuse ou le sommeil image delà mort qù’à voulu faire Armand Block.
Eaïs'taff è'n bronze tient une coupe dorée. Oh ! la sculpture comique.
Petite source de Bacqüel, genre Rôsso — machine ennuyeuse ; un Peau-Rouge à cheval, fuit un serpent.
Un vieux nu se fait une ligature au pied et cela s’appelle Diesiî'"^ !
Un patriote de dix ans ; la Bêtise n’attend pas le nombre des années ; et le bataillon scolaire a bien mérité de la municipalité ; on pourrait même les utiliser comme figurants aux féeries.
Insanité encore et grandeur ' naturelle; deux dadais en pantalon, torse nu qui croisent le fer sans conviction.
Gimabue rencontre un Giotto méphistophélique. Gimàbue, pourquoi?
Rufier ne colle pas assez aü corps la draperie de sa figure douloureuse. Il y a après un objet, une femme aux bijoux. *
Godfrin. Petit Déroulède qui montre un point sur la carte : le point noir c’est la sculpture de cette année, et la vôtre, Godfrin.
Hottot, Diane élégamment couchée sur son croissant, sans style, mais joli. ^ *
De Gatine a fait un curieux buste de femmes en hermès, insanité bas-relief de chiens.
Autre groupe de chiens.
Jacob luttant avec l’ange et Eros présentant des cartes;
Heideperière rien que du pittoresque dans le vainqueur du sanglier.
Un petit voyou en amour.
Deux tigres écorchés.
Les mêmes non écorchés. Le jury est fol.
L’an prochain, il y aura des pièces anatomiques.
J’entre dans le magasin, petites statuettes qui ne sont pas encore placées; un buste vulgaire mais vivant de rieuse; une dormeuse en terre cuite, coquette gitane; polichinelle sur un cippe, pudicité d’albatre ; incroyable qui perd son ridicule ; une vendeuse qui montre son cul, il y a au-dessous une plaque de cuivre: tentation.
Je revois la jolie Pierrette de Gheets^ très jolie; une femmé s’appuie à une stèle et rêve; Eros lui met un bonnet à grelots :
cela s’appelle la jolie en tête, et c’est gentil. Barbedienne fondra ça.
Je prends l’autre mur du jardin, insanité; un âne se vautre grandeur naturelle, gamin bête; Christ, une planche de médaillon par Lféonard'^ il faut être beau ou quelqu’un, sinon se cacher.
Une grande, pièce nîontée polychrome et de caractère de Leodice. j
Biche morte dont les faons cherchent les pis.
Une fille met des oisillons dans son corsage. ,
Tombal d’un moine.
Celle-là amuse : elle est assise avec aisance, on dirait qu’elle reçoit à son jour, quoique nue.
Deux énormes têtes d’inconnus qui aiment l’énormité même en leurs bustes.
Craut. Mausolée de prélat.
Un cerf qui se lèche; voilà qui est bien susceptible d’art.
Violoneuse et mandoliniste de caractère.
Un monsieur en complet Dusautoy et négligemment étendu tient un livre.
Prélat tombal.
Injalbert fait s’envoler une victoire assez noble et qui a les pieds enchiffonnés inutilement; n’importe, il y a là du style.
L’anniversaire, femme voilée et digne, à laquelle succède un énorme échevin suivi d’une nymphe gracile amusante; Gardet^ sursum corda^ il fallait peindre et non sculpter.
Darco^ leçon de médecine, il y des vestons et même un 28 jours en capote. Le pays ou les médecins font des 28 jours est-il le pays des droits de l’homme ou des obligations de l’esclave ?
Recîpon^ un tableau.
Le tourneau figure volante.
Mais voici le bouquet de tout cet artifice sans feu ni flamme: quatre bronzes Bai/a?'d et Duguesclin^ Geneviève et Jeanne font
1 00 LE SALON Dî: Jp^E)PHIN PEL4DAN
sentinelle aux quatre coins d’un cartopnagepolossq} qui porte la gloire de devinez de qui : de Monseigneur le comte de Chamkçrd.
Il prie, le Epp^-bon qui n’a jamais tiré l’épée; il joue l<3l roi très chrétien, lui qqj est piprt du p}u§ nigi^ des péctfés, 4^ gourmandise; il prje, rhorurpe qui n’a rien fait de son deyqir,.et;qui n’a su ni vivre ni mourir; il a écrit des lettres pour, les dppfls des maisons nobles ; il a fait des niapifestes, pi^isif ne ^’est point montré, marguillier et maire de village, que l’ironie a f^it rpi. Pauvre sire, né avec un drpit, tu n’as pas eu |e cpqrage de qpn destin ; et tu as niaisé pieusement. Qpel prêtre t’a dPllîlF f^bsolution, déserteur de l’histoire, sacristain naïf ; tq attendais que Saint-Michel t’assit sur le trône!
Rejoins les rois fainéants tes frères, et les dévotes obtuses tes sœurs : va gros mangeur, avec l’estime dp tes ennemis qui te déshonore eple mépris de tes tenants, responsable (dp îonî ce que tu n’as pas empêché !
Tu personnifies la bêtise catholique par cetfe attente ingépue des lésions célestes, tu n’es qu’un hindou, pêveur et ppisque tu ii’as pas eu la force de ton droit, la place appartient au premier qui aura le droit de sa force ! Quand les roi§ sqpt des Chambord, la parole historique est aux condottiere.
En ma qualité de partisan de la monarchie absolue, ie :§jollicite de M. Carnot, un préfet rapienant le ch.aippu de Chatpbord au domaine nationale; et cela d’autorjté saps .aucune explir. cation ni dé)ai. s
Entendons-nous, messieurs dp la glaise, cpr le ciseau vqus ne le maniez guère ; je ne crois pas qu’un seul de vous ignqre son métier; vous êtes tous des sculpteurs; mais l’art est abspuL de vos ouvrages qui pe sont p.ps des œqvres.
Vous êtes inconscients du domaine de votre art; voqs faites des académies plus ou moins bonnes, et si vous voulez sqftjr du métier, vous niaisez.
Ce n’est pas pour le plaisir dP vous dife des choses désagréables que j’insiste : au contraire, je vous reconnais géuérale-
ment un bon procédé! Voulez-vous seulement aller lire à une biblioth^ue la partie sculpture de la Grammaire des arts du dessin^ de Charles Blanc.
Votre main est habile; mais vous ne pensez, ni ne rêvez.
Il n’y a pas d’art sans culture ni technie, nous avez la technie des statuaires ; prenez la peine d’acquérir la culture, vous serez des artistes; c’est la grâce que je vous souhaite à tous pour la gloire, à moi pour la joie d’admirer.
La nécessité de paraître m’interdit des conclusions, mais dès à présent, je m’engage envers le public à faire ceci tous les ans, et que les malveillants considèrent que c’est l’œuvre de trois après-midi de vue, et de deux nuits d’écriture.
29 Avril 1888.
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