CHAPITRE IV
Description d’Osséja
Nous avons décrit plus haut, le village sanatorium idéal, et les villages anglais qui s'en rapprochent. Par opposition à ce mot qui désigne une construction artificielle, nous avons choisi le vocable de village sanitaire, pour signifier une agglomération de tuberculeux, née spontanément par adaptation d’un état de choses existant.
Certes, le village sanatorium, construit de toutes pièces, est la seule solution du problème.
Mais, en son absence, nous devons surveiller de très près, contrôler le développement de ces agglomérations de“malades, de ces villages sanitaires dans le genre d’Osséjà de Cerdagne.
Et si nous avons tenté cet ouvrage, c’est non seulement afin de constater un état de choses existant, mais surtout pour étudier comment le médecin, l'hygiéniste peuvent surveiller ces agglomérations.
À Osséjà, une population de malades où anciens malades, tend à se substituer à la population agricole.
Osséjà est situé dans la partie sud du plateau cerdan, au débouché des gorges de la Vanera.
Le territoire d'Osséjà est tout entier sur une ancienne moraine glaciaire, sur le versant sud de celte moraine, face au soleil par conséquent.
Les hauteurs de la Mola, de la Redoute et de Puig Alt le protègent des vents de l'Est, les seuls qui soient à craindre.
Le village n’est cependant pas encastré dans une gorge profonde, ce qui le garantit contre une chaleur excessive en été.
Enfin, couvrant les sommets, à l’est et au sud du village, deux vastes forêts sont à proximité.
Il semble qu'on doive attribuer la « découverte d'Osséjà aux médecins de Barcelone.
En effet, ce sont eux qui les premiers conseillèrent à certains de leurs clients de venir passer quelques mois dans ce village français de langue catalane.
Mais le premier médecin d'Osséjà, celui à qui ce village jadis uniquement agricole doit sa prospérité actuelle, c'est le Docteur Léon Cunnac, originaire du Tarn.
En 1923, après avoir minutieusement étudié tous les villages de Cerdagne, et reconnu la précellence de celui qui nous occupe, il vint s'établir à Osséjà.
2086 re
D'abord installé au village, il fit ensuite construire, un peu écarté, le sanatorium dans lequel il exerça pendant huit ans ses dons d’excellent clinicien, dans leque} il dépensa sans compter ses qualités de dévouement et de charité qui le firent tant aimer de ses malades.
Pendant une première période, jusqu'en 1928, le sanatorium exista seul, puis, peu à peu, les malades qui en sortirent guéris, où simplement stabilisés ayant éprouvé l'excellence du climat, commencèrent à s'établir au village ou dans les lotissements et les villas nouvellement construites.
On pouvait tout craindre de cette invasion d’un village agricole par des malades, maintenant plus nombreux que les auiochtomes. Mais le Docteur Cunnac, assisté plus tard par le Docteur Avérous, plus tard encore, mais dans une mesure plus modeste, par nous-même, veilla à ce qu'une hygiène rigoureuse, tant au point de vue des personnes que des habitations, fût respectée.
Nous développerons plus loin ce chapitre important, mais nous pouvons dire dès maintenant que depuis le début, aucun cas de tuberculose, pulmonaire ou extra- pulmonaire, n'a été constaté chez les adultes, ou chez les enfants du village.
Actuellement, le village est constitué de la façon suivante
° Des malades en activité, en surveillance médicale directe, au sanatorium ;
D ur
»° Des anciens malades du sanatorium, fixés dans les villas, les pensions, où ils achèvent de ouérir ou de se stabiliser, sans se livrer à aucun
travail ;
3° Des anciens malades fixés à Osséja où ils gaonent leur vie de diverses façons.
Comment les malades se répartissent-ils ainsi ?
C'est ce que nous allons expliquer en décrivant Osséja.
D'abord, écartés du village (à 1 km. environ), se trouvent nos deux sanatoria fondés, l'un par Île Docteur Cunnac, l'autre par son assistant, le Doctéur Avérous.
Nous décrirons sommairement le premier, appelé par son propriétaire « la Solane » (c'est ainsi qu'en patois catalan, on appelle le versant exposé au soleil).
11 s'agit bien entendu d'un sanatorium officiellement agréé par le ministère de l'Hygiène, «et régulièrement contrôlé. C’est Jà qu'arrivent, en venant à Osséjà, les malades les plus atteints. Une installalion suffisante de radio et de laboratoire permet de les traiter convenablement.
Le système de cure est celui généralement employé dans les établissements suisses et nos stations françaises des Alpes : chaque malade à sa chambre (à part quelques chambres à deux lits). Une portefenêtre tenant toute la largeur de la pièce fait communiquer celle-ci avec la galerie de cure, indivi-
duelle, assez profonde, et bien aérée. Galerie et Chambre étant de plain pied, le malade a ainsi le minimum de fatigue pour se rendre de l'une à l'autre.
Les repas se prennent, naturellement, en commun, sauf pour les malades alités. Enfin, rien n'est épargné pour traiter également le moral des tubérculéeux : bibliothèque, jeux, etc... Une chapelle est annexée à l'établissement. Un aumônier ancien malade y est attaché.
La cure de repos y est ordonnée à peu près de Ja même manière que dans tous les sanatoria du monde : voici les heures qui règlent la discipline des malades
7 heures + : Lever.