‹ Le sanctuaire intérieur du CarmelChapitre 18 sur 46 · ACTE D'ADORATION · texte numérisé non relu

ACTE D'ADORATION

O amour de Jésus-Christ. pour nous, nous nous

approchons de ces considérations suprêmes qui nous conduiront jusqu'au centre adorable de quelques-unes de tes profondeurs. Amour dévoué autant que divin, ne laisse pas nos coeurs étrangers au feu sacré qui t'anime. Nous avons reçu de celui qui veut nous apprendre à te connaître un pardon qui nous a réjouis, parce qu'il nous mettait à même de mieux t'approcher et de te désirer davantage. Ah! il y a si longtemps que tu es là, sous nos yeux, dans ces hosties divines! Il y a si longtemps que tu nous provoques et nous interroges, sans que nous ayons compris encore ce doux, ce brillant, ce passionné langage! Aujourd'hui parle-nous, non la langue que nous parlons, mais celle que depuis tant d'années nous devrions enfin parler. Oh! oui, parle-nous, amour de Jésus-Christ, parle-nous pour que nous apprenions de toi-même à mieux, plus saintement et plus divinement t'adorer! Dis-nous ce qui te fait rester si fidèlement et si patiemment avec nous! Que veux-tu? Q'attends-tu? Que t'offrirai-je pour te répondre et te plaire? Cœur de Marie, ô cœur immaculé de ma divine Mère, tu

ne peux me laisser toujours dans cette silencieuse ignorance! Amour sanctifié et sanctifiant qui nous fut donné au pied du calvaire pour nous apprendre à mieux connaître et à plus parfaitement adorer l'amour de notre bon Sauveur, le moment est venu! Les coeurs qui m'entourent, et le mien luimême, sont pressés de présenter au Père de nos éternités et de nos espérances ce que lui offrit pour nous, la veille si sombre et si effrayante qui précéda sa mort, celui dans la justice, la sainteté et la pureté duquel il avait mis le prix de notre rédemption! Amen, amen, amen.

OFFRANDE DU PAIN

Dieu éternel et éternelle Justice, oserai-je vous offrir, sous la forme de ce pain, nos corps, notre vie et l'entier service de cette organisation créée par vous pour accomplir, sur la terre de notre pénitence et de notre indispensable expiation, cette relevante et glorifiante rédemption que nous a préparée et méritée, l'amour si souverainement dévoué de votre divin Fils! Si j'avais en moi la pureté, la sainteté

et la lumière qui étaient en Jésus-Christ notre Sauveur, quand , à la grotte de Gethsémani, il vous offrit, au nom de notre humanisation, son humanité sacrée, je me réjouirais dans l'auguste certitude qu'il vous serait impossible de nous refuser; mais devant vous, qui sondez les coeurs et les reins, nous ne pouvons que nous adresser à votre compassion suprême! Ce que nous savons qu'il nous est impossible d'obtenir par droit, nous avons l'adorante confiance que vous nous l'accorderez par grâce, au nom de Celui sous le nom adoré duquel nous vous en conjurons. Amen.

' OFFRANDE DU VIN

Ah! Seigneur, ce calice en nos mains nous rappelle celui que votre divine justice présenta à Notre Seigneur Jésus-Christ, la veille de son si effrayant et si douloureux sacrifice. Nous nous rappelons ces saintes et instructives paroles par lesquelles il répondit à l'impérieuse nécessité expiatrice que lui dictait son généreux amour, malgré les innombrables et très justes répulsions qui tourmentaient

son cœur : Que ta volonté, ton droit et ta justice, dit-il, trouvent en moi, ô mon Père, une entière et solennelle satisfaction; je ne suis pas venu chez les hommes pour faire ma volonté, je suis venu pour ('lever l'humilité au-dessus de 1 orgueil, le dévoûment au-dessus de la domination, et 1 amour de l'expiation au-dessus de toutes les royautés que rêve legoïsme. Comme Jésus-Christ, ô Père très juste et très saint, nous vous présentons cette coupe, avec le vin quelle contient comme étant la symbolisation de notre sang que nous sommes prêts à donner pour la confession de votre nom, de votre miséricorde et de votre justice, ainsi que pour le bien, la consolation, le secours et la délivrance de nos soeurs et de nos frères. Agréez cette offrande, ô Dieu éternel et vivant, comme vous avez agréé celle de ce sang adorable par le prix ineffable duquel nous confessons que nous avons tous été rachetés. Amen.

PROFESSION DE FOI

Nous croyons en vous Père tout-puissant, très

juste, très sage et très saint. Nous croyons que vous nous avez tous créés pour être heureux. Nous croyons que nos peines, nos souffrances, nos douleurs, nos maux, nos répressions, nos châtiments, viennent de notre abandon au péché. Nous croyons que plus nous nous attachons exclusivement à servir nos égoïsmes, plus nous nous limitons dans les ténèbres et l'esclavage qu'ils nous imposent. Nous croyons que, touchés de l'accablante servitude que nous avons préférée à la sainte liberté dans laquelle vous nous avez tous créés, votre pitié souveraine s'est tournée vers nous en nous offrant miséricordieusement l'aide de votre sagesse et de votre lumière, afin de nous mettre à même de conquérir, par les constants efforts de notre reconnaissance et de notre bonne volonté, chacune des saintes et heureuses accessions que nos diverses transgressions nous avaient impitoyablement fermées.

Père miséricordieux, aimant et secourable, nous croyons qu'au ciel, en Eden et dans les plus ténébreuses descendances à la honte desquelles notre ingratitude et nos péchés nous ont si cruellement

soumis, vous n'avez jamais cessé de nous aimer et de nous prévenir de tout ce qu'il nous était possible de trouver de force, de courage, de sagesse et de lumière dans votre amour. Nous croyons, de toute la plénitude de notre âme, ô Père, que c'est bien réellement l'amour que vous n'avez jamais cessé d'avoir pour nous qui nous a donné pour Rédempteur et pour sauveur Jésus-Christ, Notre Seigneur, votre Verbe éternel, saint et Dieu comme vous. Oh! oui, Père, à qui appartiennent toutes louanges et toutes véritables adorations, nous croyons qu'il n'y avait qu'un dévoûment divin, un amour divinisant et une nature divine, capables de concevoir, de vouloir et de pouvoir accomplir, comme il a été accompli par Notre Seigneur Jésus- Christ, le grand oeuvre de notre Rédemption!

Nous le confessons, ô Père qui régnez sur toute créature et sur toutes choses, l'amour que Jésus- Christ a mis à nous sauver était bien réellement entièrement et divinement votre amour; nous le proclamons à la face du ciel et de la terre, Père infiniment saint et infiniment bon, votre amour

en Jésus-Christ a élevé l'humanité, qu'il a revêtue pour nous racheter dans l'actualité même de nos complètes descendances , à la hauteur de votre divinité! Nous croyons sincèrement que quiconque voyait l'Homme-Dieu en Jésus-Christ, et les œuvres seules propres à la divinité s'opérant par l'humanité de Jésus-Christ, voyait alors tout ce qu'il est possible à une créature mortelle de voir en vousmêmes. Nous croyons fermement, ô Père, dont rien ne peut arrêter ni borner la puissance, que la divinité et l'humanité de Jésus-Christ sont tellement la visibilité et la protectabilité de l'amour qui est en vous pour nous, qu'en nous adressant à Jésus-Christ, vous nous entendez par lui, et, qu'en répondant à nos prières, à nos demandes et à nos supplications, c'est toujours en lui et par lui que vous nous répondez. En adorant Jésus-Christ, nous affirmons que nos adorations sont certaines d'arriver jusqu'à vous. En méditant compassionnément sur les souffrances et sur les douleurs que Notre Seigneur Jésus-Crist a endurées pour nous, nous avons la consolante certitude, ô Père infini-

încMi i compatissant, que votre amour nous glorifie par cette glorification, comme il glorifiait notre divin Sauveur lorsque, clans sa vie mortelle, il glorifiait en nous les compassions suprêmes qui animaient en lui l'actif désir et lirrévocable volonté de notre si douloureuse rédemption. Père très adorable et que nous voulons éternellement adorer, nous sommes heureux que votre divine lumière nous permette de proclamer aujourd'hui devant vous, devant la très sainte et très immaculée Mère de noire bon Sauveur, devant les anges, devant les saints et devant renier lui-même, qu'en voyant l'amour que Notre Seigneur Jésus a eu et ne cessera d'avoir pour nous, nous avons vu votre immense, suprême et ineffable amour. Amen.

PRÉPARATION

A LA CONSÉCRATION DÉPRÉCATOIRE.

Le célébrant et l'assistance feront cette première invocation à genoux :

Le ciel et la terre sont à toi , Seigneur, la lumière qui éclaire notre intelligence et la science qui doit élever nos coeurs aux hauteurs divines de l'amour

que nous pouvons avoir pour toi , viennent de toi ; ce sacrifice de reconnaissante justice et de filiale réparation que ta miséricorde elle-même a daigné nous inspirer et nous dicter, ô Grâce souveraine, exige de nous une ferveur et une élévation proportionnées aux considérations suprêmes que met, devant nos consciences et devant nos coeurs, ce passage du saint évangile selon saint Luc : ce Jésus, après avoir monté avec ses disciples la montagne des Oliviers, s éloigna deux d'environ un jet de pierre; là, il se mit à genoux et pria. Puis il dit à son Père : Mon Père, éloigne de moi, s'il se peut, ce calice! Néanmoins, que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite, mais la tienne. Alors un ange du ciel s'approcha de lui pour le consoler. Malgré cela, sa douleur devint si grande qu'il tomba en agonie; tout son corps se couvrit d'une sueur, comme des gouttes de sang, qui coulait jusqu'à terre!... » Bonté souveraine, prends pitié de notre faiblesse et de notre ignorance, fais descendre dans nos âmes une de tes flammes sacrées afin que, dominant en elles le froid qu'y a laissé l'habitude

d'une si longue indifférence, elles s'animent pour exciter chacun de nos cœurs à suivre, le plus ardemmentet le plus amoureusement possible, chacune de ces luttes déchirantes dans l'amertume et dans l'épouvantable dégoût desquelles l'emporta, enfin, l'amour pour nous de ton adorable Fils, notre miséricordieux et dévoué Sauveur. Amen.

Seigneur, Dieu tout-puissant, quel est celui de vos grands archanges que vous allez nous envoyer pour écarter les ombres séculaires qui se sont amassées presque comme des ténèbres sur et devant cette grotte du jardin des Oliviers, au fond de laquelle notre très aimant et divin Rédempteur fut abandonné à la merci des plus impitoyables violences et des plus effrayantes douleurs! Pardon, mon Dieu, les enfants du ciel n'ont pas comme nous pris cette accablante part qui porta le Juste entre les justes à cacher, devant les droits inexorables de votre infinie justice, sa tète sacrée dans ses mains suppliantes, et sa nature divine dans les hontes écrasantes qui dominaient alors son coeur pur comme ne le fut jamais un coeur humain! Les

anges qui vous entourent ne savent qu'adorer et glorifier, à nous seuls donc revient toute la responsabilité de tout ce qui courbe, abaisse, afflige, flétrit et désole! En vous offrant ce sacrifice d'unification aux souffrances et aux douleurs préfaciales de la terrible hécatombe qui couvrit du sang divin de votre divin Fils les rues de Jérusalem , la place du gouvernement aux armes de César et Faride montagne du calvaire, c'est à nous, uniquement à nous, de chercher notre modèle victimal et d'évoquer, sous le nimbe glorifié de son inépuisable amour , ce qui causa si impitoyablement sa honte, son dégoût et cette indicible répulsion qui épuisèrent toutes les forces de sa nature et qui, sans le suprême dévoûment qui alors commandait pour nous son cœur, de défaillances en défaillances et d'agonies en agonies, l'auraient de là peut-être précipité dans la mort! Levez-vous, sainte et adorable victime, du sein de la gloire qui maintenant vous environne, permettez aux échos de votre vie sacrifiée de redire au Verbe de notre adoration ce que votre père, le glorieux Michaël, et eux entendirent à cette

heure où les cieux et les enfers en présence se tenaient mornes et silencieux comme la grotte solitaire aii sein de laquelle vous sembliez vouloir cacher à votre Père, au monde et à vous-mêmes voire sainte, immuable et éternelle divinité. Ah! vous voici, paroles animées que le plus ingénieux amour laissa tomber, dans la vallée sainte, par la plume de celui qui est appelé à les retracer de nouveau aujourd'hui. Mon Père, s'écriait le \erbe éternel dans l'adorable personne de Jésus, mon Père, un crime irréparable, au sein même de cette gloire qui vous environne, lut commis par vos chères créatures. L'amour , seul tribut qu indispensablement vous vouliez que, pour leur propre bonheur, vous payassent ces natures angéliques créées dans l'ineffabilité du vôtre, vous fut audacieusement refusé par elles! Entraînées naturellement par cette monstrueuse résistance, elles perdirent la pure réfraction de l'auguste sagesse qui les avait produites, et, croyant se faire de leur monstrueuse usurpation un diadème de personnelle indépendance, elles se constituèrent impi-

toyablement les esclaves de l'orgueil, naissant immédiatement de leur révolte insensée; elles tombèrent aussitôt sous la funeste domination de ses exagérations et de son néant! Cette grande génération, appelée à connaître et à parcourir les lois tout unitaires de l'humanisation, malgré les grâces et les beautés de l'Eden accordé par vous à sa soumission repentante, se refroidit dans la justice de ses promesses, et, croyant pouvoir abréger un temps qui n'appartient qu'à l'ordre tout-puissant de votre sagesse et de votre justice souveraine, elle se vit promptement en face d'une sucession permanente d'accidents et d'abymes proportionnés aux mesures de son ingratitude et de son personnalisme. L'obscurité engendre des fantômes et les ténèbres roulent dans leur sein d'inconciliables monstruosités! L'amour qui vient de vous, ô mon Père, est science et lumière; ceux qui s'en détournent sont contraints de marcher à la pâle lueur du signe de leur décadence; ils sont séduits par les témérités de leur ignorance, ou bien ils s'endorment dans les froides timidités de cette nuit qui est l'unique

nimbe de leur égoïsme. — Una lumière fauve et blafarde enveloppa tout à coup lame de la très sainte : victime! L'Orgueil, la Vanité et faîtière Présomption parurent devant le Fils du Très-Haut priant et pleurant, agenouillé sur la terre humide, comme s'il eut été le plue criminel des humains. Un nuage de sang, de colère, d'imprécations et de blasphème, portait les trois grandes dominations <le la vie humaine. L'Orgueil, d'une longue et formidable épée. menaçait le ciel et la terre; les deux tranchants de cette arme étaient rougis dun sang qui ne séchait jamais. La Vanité (riturait des poisons plein sa longue poitrine, et ses lèvres, minces cl bleuâtres, les lançaient autour d'elle avec un sourd accompagne nient de menaces et d'imprécations. La Présomption tenait dans ses mains une multitude déchaînes, plus ou moins régulières et polies; elle avait une poitrine d'airain, le signe de l'ingratitude sur la tête, et, sur ses lèvres pincées, la scissure du blasphème. — La prière du Sauveur redoubla. L'Orgueil se plaça entre elle et celui à cfiii elle était adressée; il essaya de la couvrir par le

— lâchant de ses sauvages conquêtes; il énuméra, comme un des princes de la poésie céleste, les droits et la grandeur de la majesté suprême; il célébra les inflexibles rigueurs attachées à la véritable omnipotence étala réelle domination; il peignit, avec des paroles de feu, les inexorabilités avec lesquelles devaient être châtiés les rnurmurateurs et les rebelles; il se nomma la force, la seule, l'unique force! Et son chant devint une suite de tableaux animés, dans lesquels la jalousie sacrilège et l'audacieuse révolte conçues par Lucibel renversèrent, comme l'eût fait un éclat de la foudre, Jésus pleurant devant son Père la fatale catastrophe qui avait fait tant de places vides au ciel de l'angélité. L'Orgueil chanta plus fort ce qu'il appelait sa gloire. Alors, tout ce qu'il y eut de plus outrageant, de plus hideux et de plus ingrat dans l'insolence des fils du ciel, depuis le jour de leur révolte jusqu'à cette nuit où le Sauveur criait grâce pour eux , tomba comme un rire sarcastique et moqueur sur la plus sainte et la plus instante prière. Le Sauveur essaya de se relever pour fuir cette écrasante vision; il

lendit la main droite dans le vide, il fut tout près de crier grâce! Michaël dit tout bas : Qui est semblable à Dieu? L'auguste divinité du Sauveur sembla se réveiller à la sainteté de ces paroles. Jésus se leva et fut aux siens, craignant qu'ils eussent été, eux aussi, frappés dans leur prière par l'esprit de la même vision. Jésus rentra pale et tremblant dans celte grotte silencieuse et si terriblement animée durant sa première prière. Mon Père, dit de nouveau le doux Sauveur, j'ai voilé devant vous la divinité de justice qui nous est commune; j'ai éteint ce droit magistral qui m'appartient comme à vous, afin découvrir, de mon adorante et reconnaissante prière, cet orgueil insensé, sous le despotisme duquel gémissent, souffrent et se font mutuellement souffrir, ceux que vous n'avez créés, ô mon Père, que pour être heureux de ce parfait bonheur que donne surabondamment et éternellement la divine connaissance de votre amour. La grotte ténébreuse s'éclaira d'une clarté plus sinistre et plus lugubre que la première fois. L'Orgueil, avec ses deux productions premières, se dressa de nouveau en face

du Juste entre les justes, la Vanité attaqua de front cette pureté sans tache, cette innocence suprême; elle le nomma l'Abel de la faiblesse en lui montrant celui sur le bras duquel elle s'appuyait; elle arrêta sa prière par les sanglants récits et les hideuses catastrophes quelle appelait les gloires de son origine et l'héritage ministériel qui lui appartenait. Des cris, qui auraient effrayé même les propres frayeurs de la mort, des soupirs lourds comme la vie qu'on écrase, des gémissements qui faisaient suinter la honte et l'effroi aux pierres, aux choses mortes ou inertes, pénétrèrent dans l'âme de celui qui avait dit tant de fois : ce Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Les siècles épouvantés reculèrent. Le Temps reçut l'ordre de faire sortir du sein de la terre toutes les générations quelle renfermait. Alors l'Orgueil et la Vanité appelèrent toutes leurs victimes et tous leurs séides; les uns criaient le sang qu'on leur avait pris, les autres le sang qu'ils voulaient encore. Les glaives, les instruments de tortures et de supplices, les années, les jours, les heures, tout

ce qui avait été touché par le fer homicide et par les mortels poisons de la Vanité, tout cela se dressa devant Famé angoissée du Sauveur, et des voix, qui réunies ensembles semblaient être la voix de mille univers, criaient comme des tonnerres : Révolte et vengeance! Jésus n'était plus à genoux; il était tombé la lace contre terre, il semblait invoquer la prorondeur des abymes pour se soustraire à l'indicible horreur de ces sauvages visions. La Vanité voulut mettre le comble à cette scène infernale. Eh bien., dit-elle, Jésus de Nazareth, tu as attendu trop longtemps à naître et à mourir, puisque lu crois que ta mort est capable de nous anéantir et d'établir ton règne d'innocence et de lai blesse sur nos innombrables ruines; compte donc avec toi-même avant de compter avec nous; regarde toutes ces années de princes, de prêtres, de docteurs et de voyants. Dans l'unique lignée, que tu lais remonter depuis ta Mère jusqu'au vice-roi de cet Eden où nous sommes entrés malgré toi , mesure le sang répandu par les grands capitaines et celui qui l'a été par ceux que tu nommes les promulgateurs et

les adorateurs de ton Père; pèse les iniquités, les fureurs et les désordres de ces générations que, depuis Abraham, Moïse, Josué, Elie, David et Salomon, tu appelles la race fidèle! Regarde si , parmi ceux que tu nommes la gentilité, il y eut plus de hontes, de turpitudes, de prostitutions et d'infamies! Si tu étais Dieu, comme tu as tenté de le faire croire aux restes bâtards de l'héritage d'Israël, n'aurais-tu pas englouti, dans les entrailles de ta majestueuse colère, ces fornicateurs, ces assassins, ces lâches, ces murmura teurs, ces incrédules? Si, voulant t entourer d'un éclat capable d'effacer ce que tu dois à ta justice , il t'avait plu de gagner à ta cause les plus actifs serviteurs de ce que tu nommes si répugnamment l'iniquité, qu'as-tu besoin de cet abaissement, de ces larmes et de ces arriéres supplications? Rouvre ton ciel, sans offres ridicules, sans rapetissement de ces êtres que tu dois pouvoir y faire rentrer; dissous cette fragile planète et emporte, du seul mouvement de ta complaisante volonté, tous ceux qui l'habitent dans tes tabernacles éternels tant vantés!... N'as- tu pas été

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jusqu'à dire : Je ne suis pas venu pour perdre. mais pour sauver! Regarde donc avec intelligence ce peuple auquel tu as, si malencontreusement, ofïerl lani de choses impossibles et absurdes. Vois ce qu'était l'humanité avant ta naissance et ce quelle esta présent! Si tu étais cette divinité toute puissante que tu affirmes, un clignement de ta prunelle, elles univers se seraient abaissés pour te saluer et l adorer; un signe de la main, et tous ces hommes si orgueilleux, si présomptueux et si vains se seraient empressés de tomber à les genoux et de te supplier de leur permettre de s atteler au char de ta souveraine et resplendissante autorité! Pauvre insensé, tu ne comprends pas que c'est à toi que s'adressent tous ces rires, tous ces sarcasmes et toutes ces moqueries! Où est ce diadème éternel promis à la descendance de David? Où est cette prêtrise sainte et sacrée qui devait être l'honneur et la gloire du temple unique de Jéhovah?

Jésus n'entendait plus, ses yeux s'étaient fermés; on eût dit que la mort avait saisi cette grande et toute nouvelle proie. Une voix trempée de pleurs,

mais suave comme tout ce qui vient du royaume céleste, prononça ces mots : ce Seigneur, je vois naître de ta suprême défaillance une innombrable multitude de saints et de martyrs adorant ton Père, en esprit et en vérité; ils te béniront tous en confessant l'adorable divinité de ton sacrifice. » Jésus arracha sa tête sacrée de la terre sur laquelle lavait marquée et collée cette sueur rougeâtre dont les indicibles douleurs de son âme lavaient si abondamment couverte; il se leva en appuyant ses mains aux froides et humides parois de cette grotte terrible; il s'avança en chancelant vers ses apôtres. Ils étaient couchés près d'un immense caroubier; une ombre épaisse, mais vacillante, s étendait sur leurs têtes. Jésus tressaillit, il prononça mentalement ces paroles : Oh! oui, ceux qui ne voient que la chair sont facilement les esclaves de celui qui lui a juré une implacable haine. Puis, tout-à-coup, il dit lentement : Quoi, vous n avez pu veiller une heure! Veillez et priez, afin de ne pas être surpris par la tentation. Il regarda de nouveau ces hommes forts et vigoureux qui lui avaient fait, il y

avait quelques heures à peine, les plus déférentes promesses. Sa tète divine s'abaissa sur sa poitrine, il hésita un instant, puis il reprit le sentier qui le devait conduire au lieu fatal dans lequel s'allait achever la troisième partie de sa prière. 11 s'agenouilla encore sans s'en rendre un compte bien exact, regarda à sa droite et à sa gauche comme si, cette fois, il eût craint d'être seul. Mon Père, prononça,-t-il, d'une voix qui ne semblait plus être qu'un craintif et douloureux soupir, mon Père, ah! n'est-ce pas? cette Eglise que je vais vous élever de la base de mon calvaire, ce temple vivant que je vais vous consacrer avec la plénitude de mon sang, ce tabernacle eucharistique dans la sainteté duquel je vous offrirai, jusqu'à la consommation du siècle propagateur de nos compassions et de votre miséricorde, mes souffrances présentes, mon sanglant sacrifice et ma mort! Oh! n'est-ce pas, mon Père, toute cette abnégation, ce dévoûment, cet amour toucheront le coeur des hommes; ils se repentiront, ils se réconcilieront avec vous pour mieux se réconcilier entre eux et ne plus vivre alors, tous

ensemble, que d'un véritable et fraternel amour?

Un vaste et rougissant éclair vint frapper et s'étendre sur le visage baigné de larmes du Rédempteur. Un immense oeéan de sang dont les vagues houleuses roulaient, dans leurs flancs livides, des corps humains horriblement défigurés et mutilés, des têtes écrasées par d'infâmes supplices, des tronçons de bras et de jambes rompus et broyés, des yeux arrachés vivants de leurs orbites, des langues humaines transpercées, déchirées et brûlées, des entrailles trourmentées et. lacérées; telle fut la troisième vision que l'enfer apporta sous les regards si doux et si compatissants du Sauveur des hommes!

L'Orgueil, trônant entre la Vanité et laitière Présomption, semblait régner pour jamais sur cette horrible désolation. Une tiare immense couronnait la tête de l'Orgueil, un glaive à trois lames était comme un sceptre dans sa main droite.

La Vanité avait attaché à ses oreilles de triples anneaux d'or; elle était vêtue avec un faste et une richesse dignes d'humilier tous les rois de la terre.

La Présomption, dans un contraste indescriptible, était vêtue de bure, ceinte d'un cilice, la tête presque casée et les pieds nus. Une large croix d'or brillait sur la poitrine de l'Orgueil; deux encensoirs, dont la Fumée odorante enveloppait la Vanité, étaient lancés (levant elle par de jeunes hommes vêtus saeerdotaleinent.

La Présomption tenait de sa main droite une coupe consacrée dans laquelle elle buvait la vie eucharistique que Jésus avait nommée, en communiant ses apôtres, le sang de la nouvelle alliance. De sa main gauche elle présentait, renversée, une coupe semblable à celle quelle vidait. Ce fut elle qui, sadressant à Jésus épouvanté, lui dit : Voici la grande œuvre que nous élèverons sur la tienne! Tu as étourdi nos oreilles par la continuelle affirmation de ta divinité, mais tu vas mourir sans avoir su être Dieu; nous nous chargeons de l'être à ta place. Dans quelques heures, tu vas confesser ta royauté , mais tu n'en seras pas moins traîné au supplice et crucifié entre deux voleurs! Réjouis-toi , préconisa teur de la pauvreté et de la souffrance ,

tu vas être traité selon ton goût et selon ton choix.

, Nous saurons tirer un meilleur parti de cet héritage que tu vas nous abandonner comme tu nous abandonnas l'homme de l'Eden ,.\ le pacte avec Abraham, et le grand sacerdoce d'Àaron. Il y a deux parts dans renseignement que tu nous laisses : celle que tu nous montres actuellement se nomme la nécessité de l'expiation \ et celle que tu promets la joie et les délices du royaume divin. Comme tu ne veux plus que Ton offre à ton Père du ciel des bœufs, des veaux, des agneaux et des génisses, mais des victimes semblables à celle que tu lui offres en ce moment, nous ne t'épargnerons pas ce genre de victimes, et nous te jurons que nous ne manquerons pas d'établir pour nous , dès maintenant, tout ce qui sera capable de nous procurer les joies les plus durables et les délices les

* plus réels. Cette abnégation , dont tu parais si jaloux , nous l'enseignerons à ceux sur la ruine desquels nous fonderons la garantie de notre sacerdotale royauté. Nous verrons d'abord ce que produira cette alliance que tu viens établir sous la

raison spécieuse d'une complète égalité. Quand notre puissance; sera assez dominamment établie, nous verrons ce que nous aurons à rayer ou à supprimer de cette mystérieuse alliance. Que rien ne te soit caché, afin que tu sois à même d'abandonner la folle complète que tu rêves. Laisse les hommes marchera leur guise et nous adorer comme bon leur* semble , il ne sera guère plus que ce qui est ; mais si tu t'obstines à vouloir nous poursuivie . cet océan de désastres et de fureur s étendra, se creusera et s'élargira encore pour la permanente alimentation de ces hécatombes vengeresses dont uous daignons te montrer, en ee moment, la tirs faible et la très pale image.

Jésus crut un instant que son corps était tombé dans cet effroyable cloaque! En effet, la terre dans laquelle trempaient ses genoux était devenue liquide, l'eau et le sang que suait tout son corps en avaient fait une véritable boue dans laquelle était tombée, sans pouvoir se relever, sa nature humaine agonisante. Jésus ne donnait plus signe de vie que par les battements de son divin coeur qui

semblaient devoir rompre sa poitrine. Une voix harmonieuse et suave, comme les sons avec lesquels le jeune David calmait les douleurs de Saùl, arriva, non aux oreilles du Sauveur qui n'entendaient plus, mais à Fouie de son coeur qui, seule, ne pouvait cesser d'entendre! Nous nous appliquerons à aimer comme tu aimes, ô Jésus notre unique et notre divin modèle, disait cette voix. La règle suprême de ton amour sera la nôtre. Ton œuvre de miséricorde sera pour nous ce que ton cœur veut nous être lui-même; nous serons à elle pour être à tous nos frères ce que nous est aujourd'hui ton suprême et ineffable déyoûment; nous réduirons notre égoïsme à toutes les agonies possibles, s'il ose nous disputer la gloire de marcher sur tes traces et de consacrer les plus solennelles affections de nos cœurs à la réconciliation, à l'instruction , à l'édification et à la paix de nos frères !

A mesure que la voix qui prononçait ces paroles approchait de leur terme, Jésus, le bon Jésus, se relevait peu à peu; déjà son corps s'était dressé sur ses genoux ; des voix nombreuses et semblables

à celle qui venait de parler firent éclater un amen si solennel, si énergique, si impétueux, si cordialement volontaire, que Jésus se dressa de toute sa hauteur, comme si mille bras se lussent approchés de lui, non pour lui aider à se relever, mais pour le relever amoureusement eux-mêmes. A la place de l'océan et des monstres dont l'horreur semblait devoir l'emporter sur son amour pour nous, Jésus vit, dans le calice résiimatif des horribles visions qui venaient de l'accabler, la lie de la profanation et du sacrilège qui bouillonnait comme agitée par un abominable ferment. Jésus écouta encore, puis il prononça ces paroles : S'ils me trompaient aussi !

Subitement une multitude de coeurs se condensèrent au-dessous et autour du calice; on aurait dit que la juste défiance d'eux-mêmes et le respect souverain qu'ils avaient pour l'amour infini de leur Sauveur étaient la juste raison qui les arrêtait dans la vivacité du désir qu'ils avaient d'épargner à leur libérateur l'effrayante consommation de ce trois fois répulsif breuvage. L'amour l'emporte, dit le

Sauveur du monde. Puis aussitôt il ajouta : Père, ta volonté sera faite. Il quitta la grotte, et, marchant droit à ses disciples, il leur dit : Soyez tranquilles maintenant, le Fils de l'homme ne va plus rien retenir aux pécheurs!

Seigneur, Seigneur, voici ceux qui vous ont dit, au commencement de ce consolant Sacrifice , nous venons nous offrir à vous pour glorifier votre divin Fils, qui est votre gloire; nous vous conjurons d'agréer notre personnelle et unitaire offrande pour le triomphe de la même cause qui décida de la sainte 'et salutaire offrande qu'il vous présenta lui-même dans le jardin de Gethsémani. Couverts de son nom et du suprême héritage de ses mérites, nous nous prosternons tous ensemble pour vous dire devant lui :

Saint, saint, saint est le Seigneur; saint est notre Dieu, le père de Notre Seigneur Jésus- Christ, lequel s'est fait notre salut et notre grâce ! Que la vertu de son pontificat éternel opère dans le bonheur que nous voulons mettre à servir ses desseins et sa gloire. Que l'auguste commémo-

ration de son sanctifiant amour et de sa suprême charité soit, dès maintenant et pour toujours, la règle de notre ministère el de notre vie, afin qu'en toutes choses, dignes de lui et de ledification de nos frèrçsj nous agissions toujours par sa volonté, avec le concours de sa volonté et dans la plus complète unification à son immuable et miséricordieuse volonté.

INVOCATION GONSÉCRATIVE.

Que ce pain soit, par sa grâce et parlés mérites de sa passion >%*, le monument impérissable de notre action de grâces et le pain substantiel de notre .angéli té reconnue. Que ce vin soit, par sa miséricorde >J<, changé en ferment immortel, afin que buvant à cette coupe, nous y trouvions tous l'unité de force nécessaire au labeur de notre régénération. Que ce pain >J< et ce vin *fr soient la nourriture de tout notre être et l'hostie ^ vivante de notre sacrifice, pour cpie nous trouvions en elle, dans le désert où nous ont placés nos pasteurs, tout ce que s'est proposé, par la communion chrétienne,

celui qui est venu, au nom de son Père, établir le saint esprit dune égalité et d'une fraternité qui, ayant commencé dans son amour, doivent se continuer éternellement dans le recouvrement de la pure et première nature de notre création angélique. Amen.

Adorable et suprême amour de Jésus-Christ, nous t'adorons et nous nous donnons à toi comme nous te supplions et conjurons de te donner à nous. Que cette communion resserre, par des liens nouveaux, notre volonté fixe d'être de vivantes hosties à ta gloire; que par tes mérites divins nous devenions tous véritablement une même chose avec toi. Que cette coupe à laquelle nous allons boire en ton nom nous unisse comme les membres d'un même corps, afin que, t abandonnant nos coeurs et notre vie, nous trouvions en toi la puissance et la souveraine efficacité capables d'aider, de soulager, de consoler et de délivrer nos frères vivants et morts, pour ne faire plus ici bas, dans notre unité militante, qu'une seule et même Eglise avec la grande Eglise souffrante, ainsi qu'avec Téter-

nelle Eglise triomphante dans les ineffables élections de laquelle nous espérons un jour te bénir, t'adorer et te glorifier à jamais. Amen, amen, amen. Que mon esprit s'abaisse et s'humilie, que mon âme s'embrase et que mon cœur s'enflamme pour répondre à l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ qui, de sa vertu divine, a changé notre sacrifice en sacrement Amen.

COMMUNION

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