‹ Le sanctuaire intérieur du CarmelChapitre 21 sur 46 · A L'HEURE SAINTE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

A L'HEURE SAINTE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

Vous nous voyez, ô tout-puissant Seigneur, ô infinie miséricorde, vous nous voyez bien mieux qu'il nous est possible de nous voir nous-mêmes. Nous sommes à cet autel tout remplis de la pensée qui nous y a conduits. Nous vous avons prié de nous recevoir et de nous agréer dans la confession libre et sincère de cette indépendance qui nous consacre à Tordre de vos desseins sur nous et sur nos frères; nous vous avons conjuré de ne pas repousser l'offrande de notre vie et nous vous avons supplié d'en faire une hostie digne de s'unir à l'hostie sainte et divine qui, à pareil jour, s'offrait si

généreusement pour nous et pour le monde entier, dans la grotte noire et silencieuse du jardin de Gethsémani.

Ah! Seigneur, quelle différence entre nous et l'adorable victime poursuivie alors par toutes les fureurs de l'enfer et par les innombrables crimes de l'humanité!

Père saint, ne nous montrez pas ce calice d'horreurs et de colère que Jésus, priant pour nous, aperçut se dressant sous les rayons illuminateurs projetés par votre justice suprême; nous n'avons point la vaniteuse témérité de croire que nous marchons si fidèlement sur ses traces. Nous qui n'avons guère encore quitté la crèche, que serait-ce, ô mon Dieu, si tout à coup votre acceptation de notre offrande nous portait dans la terrible anfractuosité de la montagne des Oliviers! Jésus fléchissait sous le poids de nos crimes, mais son auguste pureté lui aidait à les laver de ses larmes; tandis que nous, nous serions peut-être écrasés par la vue des nôtres, et nos larmes, tant abondantes qu'elle puissent être, n'en pourraient laver aucun, si celles de

noire aimant Sauveur, au lieu de s'y unir, venaient à les récuser.

Pourtant, ô miséricordieux Seigneur, nos cceîirs sont saintement émus lorsqu'ils s'arrêtent à réfléchir par la mémoire de ces grandes et ineffables douleurs que vous nous avez fait connaître si uiisérieordieusement vous-mêmes, lorsque vous nous avez montré votre Fils unique, votre très cher Fils, réduit aux indicibles agonies dont une seule suffisait pour le faire mourir, s il n eût eu, pour en triompher, l'adorable justice qui lui étaii personnelle et l'incompréhensible amour avec lequel il nous aimait. Nous avouons et nous confessons notre longue indifférence, et notre trop évidente faiblesse, mais nous ne craignons pas devons dire : Nous nous sentons, en ce moment, un sincère amour pour ce que notre adoré Sauveur a fait pour nous.

Oh! oui, Père très saint, un vif sentiment de reconnaissance commence à nous dominer; nous n'oserions pas entreprendre de faire pour votre divin Fils ce qu il a si généreusement lui-même fait

pour nous, mais nous croyons néanmoins être assez forts pour confesser son amour et pour lui offrir, selon nos forces actuelles, toute la plénitude du nôtre.

Devant ce monument sacré, ô Père très saint, laissez notre cœur s'approcher un instant de celui qui voulait être bien moins notre maître que notre modèle.

Cœur de Jésus-Christ, je me porte, par la reconnaissance et par l'amour que tu m'inspires, vers ce jardin de luttes et d'angoisse où ton amour pour moi te fit boire, avec un dévoûment si ineffable, l'amer calice qui m'était destiné, ainsi qu'à tous mes frères.

Oh! c'est impossible, notre vie, que tu as faite éternelle dans le sein même de ton Père, a dû, — à l'heure de cette souffrance inouïe qui a décidé de sa rédemption, — s'approcher pour voir, pour entendre, pour pleurer, pour gémir, pour s'associer enfin à l'indicible générosité de son Sauveur et de son Dieu!

Oh! non, je ne puis le croire, je n'ai pu rester

('(ranger à une abnégation semblable, à un pareil dévoûment! Non, je n'ai pu participer au péché d'Adam et en devenir le coupable instigateur, pour rester endormi dans le néant, à cette heure qui eût plus effrayé Adam de te l'avoir infligée que d'être condamné à la subir lui-même. J étais là! Je né croirai jamais que j'aie pu être assez méchant, assez ingrat et surtout assez lâche pour laisser seul, abandonné, celui qui , écrasé sous le poids de mes crimes, ne pouvait se dispenser de me chercher et de m attirer à lui pour ine laver de la sueur sanglante que lui donnait la honte dont il voulait me purifier.

Je t'ai vu, ô mon Sauveur, comme j'ai vu Adam; j'ai pleuré avec toi, comme j'ai complicité avec Adam; j'ai crié grâce pour toi, comme j'ai crié à Adam : Ose et lais! Oh! tiens, je le sens, c'est depuis que j'ai vu tes larmes que je ne puis voir pleurer mes frères sans pleurer moi-même. Oui, je le dois, je veux t'a voir vu; car, quand je vois souffrir les moins connus et même les plus méchants parmi mes frères , je sens que je souffre dune souf-

france qui a souffert celle que je vois et qui en sanctifie l'impression et la sensation en moi-même. Oui? il faut que je le crie, que je l'affirme, j'ai pleuré avec toi, j'ai souffert avec toi, j'ai crié grâce pour toi. J'aurais voulu avoir ta pureté, ton innocence, ta sainteté, ta justice pour souffrir comme toi, pour t'envelopper cle mon admiration, de ma reconnaissance, de mon amour et de mon adoration!

Pardon, mon Dieu, je suis allé trop loin! Comme la phalène attardée, je suis venu brûler ce qui me restait de joie et de force au foyer même de ce puissant amour que je ne considérais qu'à la triste mesure de mes innombrables faiblesses. Oui , n'est-ce pas, suprême et inaltérable amour, j'ai tout vu, tout entendu, tout compris peut-être? Mais en face de tout cela j'ai dû beaucoup promettre! j'ai, sans hésiter, beaucoup promis. Pensée amère, je ne vois rien de ce que je devais tenir! Voilà bien l'homme, ô mon Dieu; voilà la grande vanité qui promet tout, qui doit donner tout, mais qui trouve en elle mille fraudes, mille ruses, mille

détours , pour toujours promettre encore sans donner davantage! Je courbe ma tête, j'incline devant toi, ô cœur de mon Sauveur, tout ce que ta douce et salutaire prière m'obtiendra désormais pour fortifier le mien.

Aujourd'hui, je m'offre à ton Père avec tous ceux qui veulent lui exprimer leur intime reconnaissance et lui promettre fidèlement de se consacrer à ladorer et à le bénir par les suprêmes vertus que ne cesse de nous offrir ton adorable amour; je n'ose plus rien te promettre, mais je veux me jetter dans les saintes acceptations du sacrifice que nous t'offrons tous de nouveau dans ce précieux moment.

Mon Dieu, il me semble entendre toutes mes sœur§ et tous mes frères, les Pontifes de votre œuvre de miséricorde et tous les cœurs qui battent sous la croix de grâce, vous dire avec moi pour faire passer ma si pâle offrande : Cœur de Jésus, nous voici à ta disposition suprême , tu peux nous donner à ton Père, car, sincèrement et véritablement, nous nous donnons à toi. Amen.

L'assemblée répétera : Amen, amen.

DERNIÈRE ACTION DE GRACES

C'est à genoux, ô sainte et immaculée Mère, que nous voulons rendre, à celui qui vous a faite le plus glorieux chef-d'œuvre de ses créations, cette action de grâces, et c'est vous, ô très admirable et très clémente Marie , que nous supplions de vouloir bien la lui présenter et la lui offrir.

Ecoutez-nous, ô la plus pure des vierges, ô la plus aimante et la plus compatissante de toutes les mères!

Après avoir contemplé la royale et divine souffrance de notre très cher Sauveur, au sombre et triste jardin des Oliviers; après avoir rougi du peu de fidélité que nous avons mis à tenir les promesses si solennelles que nous lui fîmes alors, nous voulons le glorifier par votre nom, par vos personnelles douleurs et par cet ineffable amour avec lequel vous avez non-seulement partagé toutes ses souffrances, mais duquel vous n'avez cessé un seul moment de les consoler, de les reposer et d'en adoucir la partie la plus amère! Nos cœurs, ô cou-

rageuse et héroïque Marie, ne veulent faire qu'un seul et même cantique, qu'une seule et même prière pour présenter à votre divin Fils, par vous qui nous aimez tant, tous les coeurs qui battent sous la sainte possession de la croix de grâce et sous le texte protecteur qui dit avec le Verbe de toute la cour céleste : Marie est vierge immaculée, pure el sans tache!

Recevez, ô toute belle et toute bonne Marie, les noms de tous les Pontifes consacrés par le chrême électif et divin de l'œuvre trois fois sainte de cette miséricorde dont vous êtes, après l'éclatant soleil de justice, la plus douce et la plus suave clarté. Recevez, pour en couvrir les amers souvenirs de Gethsémani, tous les actes de pure piété, de cordial dévoument et d'amour fraternel accomplis et sanctifiés par la pure et libérale charité de ceux qui se sont donnés, sans détours et sans réserves, à l'œuvre divine par laquelle nous avons appris d'une manière si admirable a vous connaître et à vous glorifier.

Recevez aujourd'hui, dans cette maison consa-

crée au Seigneur , devant cet autel et ce tabernacle élevés par le choix du Très-Haut, toute la bénédiction de ces consolations inexprimables qui nous ont été données, depuis si longtemps, par la divine assurance que les morts, pour lesquels nous avions le bonheur de prier, avaient reçu, de la prévenante clémence de notre Père des cieux et par les très augustes mérites de son divin Fils, une prompte et sanctifiante délivrance.

O Mère très sainte, très dilectieuse Mère, offrez, dans toute la ravissante majesté de vos compassions maternelles pour nous, la souveraine et inénarrable possession de cette hostie de grâce et de résurrection que nous possédons dans le miséricordieux et secourable intérêt des morts, afin qu'en ce jour, et à cette heure surtout, elle opère avec une plénitude toute nouvelle ce que l'amour de notre Dieu, supplié par vous avec nous, peut seul accorder et donner.

Ah! Marie, lame ttfute remplie encore des divines paroles que nous avons prononcées ou entendues, nous vous conjurons de plaider, devant la

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justice de notre tout-puissant et très saint Créateur, la cause parfois si douloureuse et si difficile de tous ceux que la maladie ou l'appel de la mort va jeter maintenant, ou dans les heures ténébreuses de cette nuit, aux sombres et terribles épreuves de l'agonie!

O très sainte mère! depuis sa descente du Tliabor, le sentier des douleurs de votre divin Fils s'est élargi, et la voie de son délivrant sacrifice s est creusée jusqu'aux entrailles du rocher au fond duquel la mort Fa si cruellement couché.

Ah! Marie, notre Thabor fut le ciel; depuis que nous l'avons laissé derrière nous, il nous est arrivé quelquefois de chanter l'action de grâces eucharistiques; mais à peine la première noie de notre amen s'était-elle évanouie, que le noir calice de l'exil, la coupe brillante et amère de Gethsémani venaient se placer devant nous!

Aimante et très secourable Mère , les chants de la terre ne sont que de bien courtes et bien pales réminiscences des cieux; les gémissements et les larmes nous reviennent toujours comme de frap-

pan tes et constantes réalités auxquelles il faut répondre permanemment.

Nous ne nous plaignons pas, nous crions grâce! et nous vous conjurons de supplier le divin Roi des pleurs et de l'agonie de nous accorder les forces, le courage, la persévérance et la grâce tout efficace de sanctifier comme lui, comme vous, avec lui et avec vous, en notre nom et au nom de tous, ces douloureuses larmes et ces poignantes douleurs que nos ingratitudes et nos nombreux péchés ont semées si abondamment sur toutes les voies déjà si pénibles de notre exil; obtenez-nous de celui qui est la vraie toute-puissance de l'aimer assez pour qu'il nous soit possible de lui offrir, à notre dernière heure, toutes les épines de notre vie humaine changées en roses, comme celles que vous laissâtes, ô la plus sainte des mères, quand après avoir, avec votre très adorable Fils, partagé nos peines et. nos maux, et même en avoir consommé la partie la plus dévorante et la plus amère, vous vous élevâtes dans les cieux où nous savons que vous mettez votre gloire à présenter au Rémunérateur éternel

nos timides offrandes, nos humbles actions de grâces et nos reconnaissantes bénédictions.

Amen, amen.

Alléluia, alléluia, alléluia.

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