‹ Le sanctuaire intérieur du CarmelChapitre 6 sur 46 · A LA CONSÉCRATION DÉPRÉCATOIRE DE CE SACRIFICE · texte numérisé non relu

A LA CONSÉCRATION DÉPRÉCATOIRE DE CE SACRIFICE

Maintenant, ô Esprit sacré des poésies divines, lais toucher mon âme où toucha celle de Moïse quand il chanta, devant les eaux refermées de la mer Rouge, l'hymne si solennellement enthousiaste de la délivrance d'Israël. Mets en moi les tons mâles qu'exige le récit du plus terrifiant héroïsme; mets sur mes lèvres, et dans ma voix, les notes provoquantes cpii font vibrer, même dans le livre des juges, le chevaleresque et retentissant (antique de Débora; donne à mon cœur le rithme de cette sainte tristesse incarnée si délicieusement dans les maternelles paroles de Noémi; lais-moi pieux et filial comme Ruth; donne à mon âme les reconnaissantes fiertés par l'expression desquelles la mère de Samuel fit pâlir le front présomptueux du grand-

prêtre Héli ; éclaire en moi toutes mes hésitations et mes défiances; souffle ardemment sur mon front cette royale étincelle avec laquelle la reine Esther fondit tout à coup le cœur d'Assuérus dans l'orbe des plus chers intérêts du peuple qu'elle voulait sauver ! Mets à ma merci cette entraînante puissance de la justice et de là volonté avec laquelle l'intrépide Mardochée triompha d'Aman.

Que mon Verbe s'élève jusqu'aux désolations par lesquelles Judith fit rentrer, dans le coeur des anciens d'Israël , le courage et l'intime confiance dans le Dieu de leurs pères! O suprême Esprit, ô voyance ineffable de toutes les saintes et grandes choses; il me faudrait, surtout en ce moment, la lyredeTobie, le sistre de Job et la harpe de David! Anges de Tilly, princes radieux qui descendîtes tant de fois éclairer de votre quis ut Deus cette sainte vallée, ouvrez-moi les divines archives confiées à la garde de votre respect, de votre admiration et de votre archangélique fidélité. Seigneur, ouvrez-nous vos archives divines, et faites-nous assister une fois de plus aux prophétiques précé-

dences de cette incarnation qui devait donner, aux humains et à leur terre, l'indispensable Rédempleur, le Sauveur divin!

Merci, mon Dieu! les nuages sont fondus, les voiles sont déchires, votre clarté souveraine remporte sur les ombres! Je puis dire enfin : Shahaël est vêtue d'une nouvelle magnificence, et sous ce diadème, dont la splendeur ci lace tous les diadèmes créés, l'œil éclairé des fils de la lumière remarque, toujours en pâlissant, un nuage qui correspond à la tristesse, si l'intrépide Michaël ne l'avait désignée à tous les enfants de Dieu sous le nom, si mystérieux pour eux, d'intime compassion. Les fêtes éternelles passent d'éclats suprêmes en radieux éclats; les chants des tréma tiques dépassent les harmonieuses hauteurs qu'à chaque fois ils atteignent; les monts incandescents sont couverts* chaque jour, d'inénarrabilités plus ravissantes et plus suaves. Shahaël n'y est point étrangère, et, néanmoins , si les larmes avaient été connues des rois de l'éternel bonheur, pas un parmi eux n'eût pu s'empêcher de dire : Shahaël a pleuré ! L'hosanna

lumineux que les célébrants entonnent lorsque le Tout-Puissant fait connaître quelques-uns de ses glorieux conseils; Y alléluia que chantent les chérubins à l'heure où les voxataires célèbrent une création nouvelle ou proclament quelques nouveaux décrets; Y amen, cet hymne angélico-divin qui éveille et parfume tous les échos sacrés, toutes les solennités; toutes ces intraduisibles merveilles semblent crier à Shahaël - des noms et des faits qui, sans altérer la loi fondamentale de son bonheur, en rident la surface. Le ciel, les cieux ont partout des places vides ; sur la voie royale du Créateur, sa compassion regarde presque sans cesse ces innombrables diadèmes que ses plus chers fuyards ont laissés derrière eux! Partout, en toute légion, en tout choeur, en toute cohorte, en tout tabernacle et en toute assemblée, les étincelants fidèles chantent la gloire de celui qui les créa; ils proclament et célèbrent sa divine justice, sa toute-puissance, sa gloire infinie, la force de son bras. Shahaël, aux donataires et aux magnifiques, ne fait plus entendre, dans ses

vivants cantiques, que ees suppliantes paroles: a 0 éternel Dieu! reviens à eux; abaisse mon trône; prends de cette gloire dont tu m'inondes et Tais, en eux, quelle produise le repentir! O Dieu immuable en ta toute-puissance, écoute ma prière, avance leur salut, hâte leur délivrance. »

Je t'aime, ô I Yés-Haut; ton Verbe anime en moi ces compassions irrésistibles; j'adore ta justice, mais je ne puis cesser d'implorer pour eux ta relevante miséricorde!

Shahaël sabyine dans l'orbe immaculé de ses réflexions divines, puis on l'entend reprendre avec une force et un accent puisés dans une de ces compassions nouvelles : « Qu'il me soit lait, sans y soumettre ta propre gloire; ne suis-je pas, ô Seigneur des seigneurs, la Fille de tes desseins, l'agréée de la miséricorde, la servante de ton amour ! ! ! »

L'Eden fleurit sous la douce chaleur de ce baiser sacré dans lequel retentit, d'un pôle à l'autre de l'imbornable espace, le pardon du Créateur, pardon que l'Ecriture divine traduit ainsi, sans nom-

mer l'amour, la justice et la .miséricorde ; Faisons l'Homme !

En effet, la terre paradisiaque est parée d'une richesse, d'une magnificence qui témoignent de l'importance de ses hôtes. Ce n'est pas le ciel, il est vrai; mais si celui qui a conçu cette délicieuse merveille s'y montrait comme aux cieux et y dévoilait, comme il dévoile aux enfants du ciel, le tabernacle de ses créatrices complaisances, la créature y jouirait de tant d'ineffabilités proportionnées à l'état limitatif qu'elle vient de recevoir, qu'elle finirait peut-être par s'écrier comme l'apôtre au Thabor : « Nous sommes bien ici, fixons -y notre tente! n

Une gloire nouvelle , un prodige nouveau éclatent dans cette terre virginale ! Les ombres protectrices qui descendent, chaque soir, apporter au ravissant Eden le grand voile protecteur sous la bienfaisance duquel l'onde apaise son murmure, Fair ses frémissements sonores, les oiseaux leurs retentissants concerts, et les grands animaux leurs joies vibrantes et soudaines; la nuit, enfin, qui

cachait au nouveau roi la lace de son royal Maître, pour que la sienne, brillant à son insu, fût la seconde bénie, chaque matin, par les premiers regards et la première prière de toute la nature, cette nuit, sainte et mystérieuse, venait de remonter vers sa source sacrée !

Adam, le premier homme, le type manifestatif, l'essence et la génération de cette forme nouvelle de lange dans 1 humanité; Adam, tout entouré dune nouvelle phosphorescence; Adam, de la clarté sur la tête, un suave parfum sur les lèvres et un feu tout nouveau dans les yeux; Adam, en qui toute la nature, à son réveil, avait cru voir quelque chose de plus céleste, de plus royal et de plus divin; Adam se réveilla! Son cœur battait avec une force qui letonna lui-même, sa poitrine s élargit comme pour boire, dans l'extase, aux sources éternelles que lui ouvrait souvent celui qui 1 aimait autant dans sa vie humaine que quand il était ange; ses flancs s'allongèrent religieusement comme à l'heure où, l'enlevant dans l'espace, la grâce du Très-Haut lui ouvrait les portes éclairées des mon-

des habités par ses frères descendus, comme lui, du domaine angélique; ses bras selevèrent au-dessus de sa tête, il cria : Seigneur. Ses yeux s'ouvrirent, et toute la beauté de TEden s'effaça devant celle qu'à l'instant même il appela le parfum de sa vie, la joie de ses jours, l'allégresse de son âme, le don de son Dieu, la chair de sa chair, ses délices terrestres, lui et elle, eux et Dieu!

Les saintes principautés, les solennelles puissances , les ravissantes dominations , les princes de la science, les glorieux chérubins , les trônes adorants, les provocateurs voxataires, les ardents séraphins, les vertus souveraines , les étincelants donataires , les stellants magnifiques, les archanges conseillers, les triarches transmetteurs, les princes des Tréma, les rois Âdonaïtes, le ciel, les cieux chantaient, dans un ravissement indicible , le radieux alléluia que Shahaël venait d'adresser, comme une action de grâce, au Tout-Puissant, à l'Eternel. Ce solennel alléluia précéda ces ineffables paroles : O Maître souverain des choses éternelles , je sais maintenant comment naîtra ton Fils ! Sa croix sera les bras de

son aimante Mère; mais, ô Grandeur éternelle, comment consentira-t-il à descendre des immuables hauteurs de sa divinité pour revêtir un corps qui doit le soumettre alors à l'abaissante servitude des dégénérescences de ses créatures? Les chants des fils du ciel s'arrêtèrent, et, au milieu de ce suprême et adorant silence, les anges et les archanges se voilèrent dans la radieuse incandescence de leur étincelante lumière! Ce fut alors que retentirent, d'un pôle à l'autre des cieux, ces tristes et héroïques paroles : Tl n'est rien qui puisse arrêter le consentement de la Mère, mais la fille humble, adorante et soumise ne peut s'empêcher de crier grâce pour son Fils!

Un jour, les heures matinales avaient paru à l'Eden descendre plus riches et plus parées des magnificences divines; l'arbre de la science du bien et du mal semblait, pour la première fois, réfléchir dans la beauté et l'éclatante couleur de ses fruits, ce qu'il y avait, en fruits et en fleurs, de plus magnifique en Eden; l'air n'avait point encore paru si balsamique; les ruisseaux, avec

leurs ondes cristallines, roulaient mélodieusement une infinité de dilatantes senteurs; la voix d'Adam avait eu des notes si hautes dans sa prière; les bêlements de Doux avaient eu quelque chose qui tenait de l'humain; Pèhe, sur ses huit tridents palmés et flexibles qui donnaient à sa marche ordinaire une si majestueuse hauteur, avait laissé, sur la longue voie qu'il venait de parcourir, une embaumante poussière d'émeraude, de topaze, d'opale et de rubis s'échappant à flots de sa resplendissante cuirasse; l'eau du grand sapiendaire pétillait en prismant les tons bleus et dorés de la voûte céleste et du grand astre qui l'éclairé; Eve avait souri à son royal époux, comme on sourit à sa plus riche et à sa plus glorieuse conquête. Tout à coup, une nuée sombre s'étendit sur l'oasis divin; le vent , jusque-là si harmonieux et si doux, devint brutal et sauvage; il y eut des cris rauques, des bruits stridents au jardin d'Eden! Adam et Eve se cachaient l'un à l'autre, et on lisait dans leurs pensées qu'ils cherchaient à se cacher à Dieu. Les cieux parurent troublés et l'ordre des cantiques de

l'armée céleste prit des tons que, jusque-là, l'allégresse angélique ne devait point connaître. Autour de Shahaël on ne remarquait plus les ravissantes splendeurs du nimbe de ses droits; elle regardait le mont Adonaïque sur lequel les grands archanges célèbrent en tout temps les innombrables créations du Dieu qui les créa; une voix forte, comme tout ce qui est fort dans la force éternelle, prononça ces paroles que Job un jour devait écrire :

ce L'Eternel a trouvé du dérèglement jusque dans les anges, et ceux qui ont été établis dans un état de justice et de sainteté n'ont point été trouvés stables! »

Les lumières célestes s'éteignirent, les portes de l'Eden se fermèrent! Un fugitif et sa compagne marchaient l'un en avant, l'autre en arrière; ils questionnaient en tremblant le moindre buisson, la moindre crique et jusqu'à l'ombre avançante des arbres; leurs pieds saignaient, leurs yeux pleuraient des larmes; la femme était pâle, ses joues amaigries, sa taille déformée; elle regardait souvent son malheureux compagnon de voyage; elle essayait

de marcher plus vite; elle pleurait davantage et souvent, sachant qu'il avait soif; elle dominait sa faiblesse pour lui cueillir un fruit quelle goûtait toujours la première avant de le lui offrir ; elle soupirait en le lui offrant, et elle donnait un nouvel essort à ses larmes quand son offrande avait été agréée! Tout à coup d'affreuses douleurs saisirent la pauvre femme, elle voulut d'abord étouffer ses cris, mais ses flancs tourmentés, tout son être en désordre, ne lui permirent plus de se tenir debout, ni de taire sa souffrance. Adam ramassa une forte gerbe de grandes herbes fines et séchées, il la plaça sous sa chère et malheureuse victime; puis, plus pâle que jamais, la sueur aux mains, au front et au visage, il tomba à genoux; trois fois il cria grâce! Eve se souvint de ces paroles terribles : ce Vous mourrez de mort! »

Alors, abandonnée à la crainte, aux déchirements qui la torturaient, elle apprit, la première, aux échos de la terre, ce que devait coûter à une mère la naissance d'un enfant!... L'ange, dont le quis ut Deus fit tomber des cieux très hauts lin-

soient orgueil de ceux qui prétendaient s être créés eux-mêmes une volonté sainte, des droits plus justes et des fins plus parfaites que ne lavait osé faire leur Créateur, toucha de son souffle éthéré la pauvre mère épuisée et pantelante; il fit descendre dans son cœur ces paroles consolatrices et fortifiantes : « Lange de ténèbres t'a trompée, il ta prise avec Adam pour servir le triomphe de sa haine. La fille du Très-Haut, la pure et ravissante Shahaël vient de pleurer sur ta souffrance; elle en a pris la mesure devant son Créateur; elle la conjuré d'en réduire la première et la seconde partir : elle a juré, dans l'amour qui fait sa gloire, quelle consentirait à' souffrir en elle seule tout ce que doivent souffrir toutes celles qui passeront sur cette terre en renouvelant leur volontaire servitude à l'oeuvre du mal. Ecoute, ô pauvre mais très chère créature, l'Eternel lui a montré quil fallait qu'elle devînt mère de son Verbe incréé ! Les crimes angéliques, les crimes de l'Eden, l'innombrable répétition et l'ingrate adjonction à tous ces crimes par ton innombrable descendance pèseront sur ce Fils

divin, sur ce Juste entre les justes, sur ce Saint dont nulle sainteté n'est digne d'approcher ! » Eve serra son nouveau-né contre son sein; elle essaya de crier grâce. L'archange continua ; ce Shahaël a dit : Qu'il en soit fait ainsi; qu'il soit mon fils, que je sois sa mère! A nous désormais le fiel et l'absirithe! »

Et lui , balbutia Eve en cherchant de son regard atone les traits si désolés d'Adam, et lui? Elle fit encore un effort suprême dans lequel elle ajouta : Et eux? L'archange reprit : ce Shahaël veut être tout à la fois votre soeur et votre mère, son Fils sera le rachat de tous, et elle, étant la mère du Rédempteur, sera, au milieu des douleurs de la rédemption, la mère de tous les rachetés! » Grâce, put crier la pauvre Eve. Alléluia, gloire à Dieu! dit en remontant au ciel l'ange de la consolation.

Aussitôt qu'il fut rentré dans les cieux, le grand triarche reprit son nimbe tréma tique, il adora la volonté ineffable de son Créateur, puis, s'approchant des royales incandescences du trône de Shahaël, il lut au disque étincelant de son auguste

auréole : Mare, Marie, Myrrhe. Glorifiez le Seigneur, lui dit celle que le Tout-Puissant avait dès le commencement couvert de son ombre; chantez sa gloire à tous les fils du ciel et à toutes les principautés célestes : l'Eternel ma tout donné en splendeurs et en délices, ses compassions suprêmes ont anime en moi la même réfraction que ne cesse d'animer sa grâce et les dilectantes fécondités de son amour. Tout ce qui le glorifiera, sous quelque forme que ce puisse être, sera en tout et partout ma plus grande gloire; tout ce qu'il m'a donné peut m'être repris sans que j en conçoive aucun murmure; mon ciel, mon plus beau ciel, sera l'inexprimable bonheur de l'aimer avant moi-même, et d'aimer pour lui, ainsi que pour l'amour dans lequel il les a créées, ses intelligentes et aimées créatures. Je serai les larmes qui appelleront sa pitié , les pleurs qui attireront son pardon , la prière qui violentera sa miséricorde; en un mot, traduisant au sein de la gloire ce que Job devait dire un jour au fort de sa souffrance, j'appartiens à mon Dieu, et je bénis d'avance tout ce qui appartiendra à l'auguste et éternelle justice de sa volonté!

Depuis ce jour, l'Eternel eut une extrême compassion du malheur d'Eve ; et il promit de ne point maudire, dans le fruit qu'elle portait, la part féconde de la sanction d'Adam. . . Sathan fut condamné à ne pouvoir revêtir que les mirages terrestres au milieu desquels néanmoins se dessinerait toujours le signe de sa jalousie, de sa haine et de son orgueilleux anathème. Chaque fois que se renouvelait le jour et la nuit de la terre , l'ennemi de lange incarné dans l'humanité était contraint de paraître au tribunal de l'éternelle justice , et d'inscrire luimême, sur l'incommensurable autel de la vie séparée de Dieu, chaque désordre, chaque crime, chaque révolte et chaque mensonge; ce fut là l'unique corporéité assignée aux méchants esprits, persistant avec lui dans la funeste et anathématique génération de son orgueil; et ce fut là encore l'ordre de la loi manifesta tive de ses affinités reconnues et servies par l'impureté et l'injustice des hommes; ce fut aussi la chaîne la plus dure et la plus humiliante de sa répression.

Les enfants de Dieu, qui entourent nuit et jour

le trône de leternelle justice, assistaient et assistent encore aujourd'hui, comme ils y assisteront jusqu'à sa complète reddition, à son indispensable et réprimante confession. Ce qui pèse le plus sur lui et tourmente davantage ses infernales négations, c'est l'auguste présence de Shahaël, sous le nom de Marie, et la pompe solennelle de toutes les amertumes et de toutes les douleurs que chaque désordre de la vie humaine ajoute à la suprême et généreuse acceptation de sa réconciliante maternité. La mort d'Abel et celle de Thénascana, tué par Lamech dans un moment de colère, les innombrables horreurs, les inci tables monstruosités qui provoquèrent le déluge, les prévarications des Noémites, les turpitudes des profanateurs de l'alliance que le Seigneur contracta avec Abraham, les crimes sans nombre de la race d'Israël; ces innombrables assassinats , ces meurtres qui chaque jour, depuis la déchéance d'Adam, ont abreuvé la terre de sang humain et angoissé ses échos à force de répéter les cris, les gémissements, les imprécations, les blasphèmes et les râles des victimes

humaines, tout cela passait par le verbe de Sathan, qui s'en glorifiait avec une rage tourmentée, voyant que celle qui l'entendait et qui devait de son sein si pur fournir l'incompréhensible victime, seule capable de purifier l'humanité , répétait après chaque lugubre exposé de ces mortelles flétrissures: Il aime en Dieu, et l'amour qu'il m'a donné pour eux ne peut que grandir en raison même de la profondeur de leur malheur !

Les temps étaient arrivés! Sathan n'avait jamais mis tant d'altiérisme, ni tant d'impudence dans ses aveux forcés, ainsi que dans les haineuses accusations dont il les faisait suivre. L'amère et poignante douleur des hommes vertueux qui avaient consacré leur vie au service de la justice et de la vérité, la désolation des prophètes, leurs fréquents découragements, leurs supplices et leur mort lui servirent à soutenir, par une affirmation rationnelle et terrible, la complète perversité de la race humaine et la sanglante inutilité de la rédemption. Les glorieux fils de la cité divine s'étaient cachés dans les incandescences de leur gloire, les harmo-

nies célestes s étaient éteintes tout à coup, les grands disques des trémas suprêmes avaient subitement voilé leur clarté. Sathan s'effraya un instant de lui-même ; il oublia la chaîne et le ver rongeur de sa répression; il se drapa dans une nouvelle audace : Shahaël, s'écria-t-il; puis, comme si ce nom eût déchiré son verbe, il reprit vivement : « Etrange mystère, jette au sein de 1 oubli ce dévoûment dont s est mille fois rendue indigne cette espèce humaine cpii me fait honte à moimême; la gloire du Très-Haut, la puissance du fort ne peuvent se grandir qu'en 1 abandonnant au plus sévère et au plus profond mépris! » Sathan se tut; il appela sur lui la loi effective de ses ténèbres; il était fier. Néanmoins, en regardant l'orbe radieux qui lui cachait Shahaël, il avait peur et il tremblait. L'orbe étincelant, qui semblait être la porte sainte du tabernacle où siégeait celle dans l'amour si pur de laquelle opérait le Saint-Esprit, se brisa comme se brise un nuage! Shahaël, vêtue comme la fille des mortels et portant pour toute auréole au-dessus de sa tête le nom de Marie, con-

fondît une fois de plus la haine de Sathan par ces sublimes paroles : ce Je serai la mère du 'véritable amour! Le fruit de mon sein détruira la crainte, née de l'ingratitude et de la transgression. Celui qui naîtra de moi donnera à ceux chez lesquels je vais descendre la science qui élève, qui éclaire et qui grandit. Là où le doute régnait, va naître l'heureuse certitude; les ténèbres vont fuir devant l'éclatante lumière que je vais précéder, l'espérance bénie s'assiéra librement au foyer de ceux qui aimeront, la justice et la miséricorde auront des tabernacles au milieu des humains! »>

Les cieux s'abaissèrent et la terre s'éleva sans que Sathan pût savoir d'où venait ce prodige. Deux timides vieillards priaient humblement sous le toit que leurs vertus et leur piété n'avaient cessé de consacrer à celui qu'ils nommaient, en s'inclinant, le Dieu de leurs pères. Nul autre que Dieu et celle qui venait de parler n'entendaient la plus suppliante partie de leur prière; mais les anges, les cieux, Sathan et l'enfer entendirent cette réponse que leur adressa celle qui n'avait jamais cessé d'être

le ravissement du ciel et la constante amie des mortels : ce Je vais à vous qui me désirez si ardemment, dit-elle; l'heure est saintement obtenue; ma venue au milieu de vous vous assurera de l'ouverture sacrée du livre de vie et de la plus puissante alliance qu'il soit possible au Très-Haut d'offrir à ses créatures. Avec moi vont descendre tous les prévenants parfums de la vérité. Je sais que je vais à vous pour de grandes et terribles souffrances; mais je sais également que du ferment de mes maux sortira la solennelle extinction de toutes vos douleurs. Je sais que votre terre est appelée la vallée des larmes; mais mon sein en fournira qui anéantiront tous vos pleurs. En entrant chez vous, j'ouvre la voie du plus effrayant des sacrifices; mais du sang même de la victime, que j'y viens si douloureusement offrir, naîtront en même temps : le salut, la rédemption et l'entière délivrance ! »

Vengeance! s'écria Sathan; je serai terrible, ajouta-t-il. ce J'aimerai plus encore, dit en descendant des cieux , comme une pure étincelle du foyer

divin, celle qu'Anne la suptuagénaire, épouse de Joachim, nomma, sur la terre des pécheurs, sa fille sainte et bénie ! »

Les cieux se refermèrent, laissant à l'hommage des temps et des mortels le droit de chanter plus souvent la partie humaine de cette histoire céleste. Puis, tous les ordres angéliques, entourant de nouveau le tabernacle d'Adonaï, entonnèrent le Sanctus éternel auquel nous allons répondre par les simples paroles de ce cantique :

Saint, Saint, Saint est le Seigneur! Qu'il soit pour nous, en ce sanctuaire, et partout où doit régner sa justice et sa vérité, notre paix, notre adoration et notre amour. Vertu divine du Pontife éternel, opère dans cette heureuse obéissance avec laquelle nous nous empressons de servir ta prévenante miséricorde.

Que nos âmes et nos cœurs trouvent grâce devant toi, ô Toute-Puissance éternelle, afin que celle que tu as voulu nous apprendre à mieux honorer, vénérer et bénir, le soit aujourd'hui aussi saintement et aussi solennellement que le méritent son dévoûment et son amour pour nous. Amen.

INVOCATION CONSÉCRATIVE.

Que ce pain, ô lo ut-puissant Seigneur, soit, par ta grâce souveraine et par les mérites rédempteurs de Notre Seigneur Jésus-Christ *|«, l'attestation vivante de notre action de grâces et la nourriture substantielle de notre angélité reconnue. Amen.

Que ce vin soit, par 1 auguste plénitude de la miséricorde >£«, changé en ferment immortel, afin que, buvant à cette coupe, nous y trouvions tous un nouvel aliment pour mieux el plus saintement aimer notre immaculée Mère, et aussi un moyen de parfaite unité pour augmenter en nous la force nécessaire au labeur de notre régénération. Amen.

Que ce pain >£< et ce vin ^ soient la nourriture de tout notre être et l'hostie *fa vivante de notre personnel sacrifice , pour que nous trouvions en elle, dans le désert où nous ont jetés nos pasteurs , tout ce que s'est proposé par la communion chrétienne l'auguste et divin Fils de notre très immaculée Mère. Que le Saint-Esprit de la

véritable égalité et la vivante pratique de cette fraternité, qui a commencé dans les cieux, se fondent enfin au milieu de nous. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

POUR LES MORTS

O Mère de celui qui nous est venu du ciel pour racheter tous les malheureux qui se sont volontairement séparés de son amour, unissez en ce moment votre voix maternelle à cette instante prière que nous voulons lui adresser pour les innombrables victimes de la mort ! Que vos compassions, ô très sainte et très immaculée Mère, provoquent l'application suprême et immédiate de ces mérites souverains par la puissance desquels Jésus-Christ, Notre Seigneur votre divin Fils, après l'auguste sacrifice de sa mort, emmena au séjour des gloires éternelles ceux qui gémissaient depuis si longtemps dans les limbes détenteurs. Conjurez, ô très clémente Marie , le Père des miséricordes infinies, qu'après avoir agréé ce sacrifice, que nous avons été si heureux de lui offrir, il agrée égale-

ment, pour la grâce, la paix, le secours et la délivrance de tous nos morts, la communion fraternelle et glorifiante à laquelle nous nous disposons à prendre part. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Adorable et suprême amour de Jésus-Christ, nous t'adorons et nous nous donnons à toi comme nous te supplions de te donner à nous ! Que cette communion que nous allons faire resserre par des liens nouveaux notre volonté d'être de vivantes hosties à ta gloire ; que par ta grâce infinie et tes mérites divins, nous devenions plus manifestement et plus fidèlement une même chose avec toi. Que cette coupe, à laquelle nous allons tous boire en ton nom, nous unisse dans une même foi et un même amour, comme doivent être unis tous les membres d'un même corps, afin que nous travaillions tous à glorifier ta mémoire et à faire adorer, par toute la terre, l'incommensurable générosité

de cet amour que tu as mis à nous racheter et à nous sauver. Amen.

Que mon esprit s'abaisse et s'humilie; que nos âmes s'embrasent; que nos cœurs s'enflamment pour répondre plus dignement aux chastes et miséricordieuses prévenances de notre immaculée Mère, ainsi que pour glorifier plus immensément l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ qui de sa vertu divine a changé notre sacrifice en sacrement. Amen.

Page 1