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Ce débris est trop mutilé, pour qu'on puisse en tirer parti.
L'autre n'est guère en meilleur état. C'est un fragment de marbre de Paros, épais de 0"^015, large de 0 10, et haut de 0'"06. Sa petitesse a failli le soustraire à notre examen. A peine retiré de terre, il fut égaré par la maladresse d'un ouvrier, qui renversa sur lui ime brouettée de décombres. Ce n'est qu'après que les premières pluies d'automne eurent délavé les déblais, qu'un professeur allemand du gymnase de Heidelberg, M. le D'" Wilhelm Weber, visitant le chantier le 22 octobre 1909, aperçut
l'inscription à fleur de sol, la ramassa, et eut l'obligeance de me la remettre par l'entremise de M. le professeur von Duhn • ,
Fragment de dédicace.
Voici comment je lis ce texte, qui est gravé en lettres très nettes, hautes de 0"^012 à peine, et de forme encore archaïque, et qui semble dater, au plus tard, de la fin du i^' siècle de notre ère :
\ ... permissu sftc]erdofu[m firam\pos<Zs^uit d(e) s(uo) \ex viso] Fehris.
De la première ligne, il ne subsiste que de faibles amorces : je crois cependant ma lecture certaine. A la seconde, il ne reste qu'une partie du P initial et la boucle inférieure de TS terminal. Le seul mot conservé à la troisième ligne, celui qui termine la dédicace, est intact; il est bien isolé entre deux points, et assez nettement détaché pour qu'il faille lui attribuer une valeur particulière. A mon avis, Fehris désigne la personnification de la Fièvre, plutôt que la maladie elle-même. La forme génitive de ce mot se prêterait difficilement à une autre interprétation.
1. Je suis heureux de pouvoir les en remercier ici tous les deux.
NOUVELLES DÉCOUVERTES 295
Nous nous trouvons donc, ici, en présence d'un ex-voto adressé, avec l'autorisation des prêtres du sanctuaire, à un dieu dont nous ignorons le nom, et par un dédicant
Fragment d'une dédicace, d'après une photographie.
également inconnu, en l'honneur ou à l'instigation de la déesse Fehris
C'est la première fois qu'apparaît, sur un texte épigraphique cette divinité de l'ancienne Rome, que nous ne connaissions encore que par quelques auteurs latins : Gicéron, Pline, Valère Maxime, saint Augustin, d'autres encore. Par eux, nous savons que Fe7jri5 avait, en plusieurs endroits de la ville, des sanctuaires attitrés : un autel archaïque, ara vêtus, sur le Palatin ^ ; un temple
1. Cf. Saglio, Dictionn. des Antiquités grecques et romaines, s. v. Febris (Hild), p. 1029 et suiv.
2. La dédicace publiée par Gruter, est apocryphe. Cf. C. I. L., III, 76; Gruter, 97, 1.
3. Cicéron, de Legibus, II, 11, 28; de Natura Deorum, III, 25, 63 ; Valère Maxime, II, 5, 6 ; Aelianus, Var. hist. (citant un temple et un
LE SANCTUAIRE SYRIEN DU JAMCrUi:
sur le Quirinal, au sommet du Viens longiis, à côté d'un sanctuaire de Salus ^ ; une autre chapelle, occupant l'emplacement des Monumenta Mariana'^^ probablement sur l'Esquilin. On Tadorait, de préférence, sur de hauts lieux, salubres ou assainis, mais placés dans le voisinage de bas-fonds marécageux, aux exhalaisons méphitiques ^.
Il en était de même ici. Les terres spongieuses qui garnissent horizontalement le pied du Janicule, sont malsaines, parce qu'imprégnées par les infiltrations de la montagne. Par contre, la source de Furrina^ captée à mi-hauteur dans le ravin du Lucus, avait une vertu curative, qui reste encore aujourd'hui réputée ^. L'exvoto dont nous avons retrouvé un débris, et qu'il faut peut-être rapprocher d'un autre fragment, grec celui-là, précédemment retrouvé au même endroit, et qui mentionne la source elle-même ', fut sans doute installé dans le sanctuaire, auprès de la fontaine sacrée, par quelque habitant des bas quartiers, que l'eau stagnante avait infecté, et que la Nymphe avait guéri.
autel), XII, 11 ; Pline, Hist. nat., II, l(j; Jordan-Huelsen, Topographie (lor Stadt Rom, I, 3, p. 45, n. 31.
1. Valère Maxime, loc. cit. ; Tite-Live, IX, 43 ; X, 1 ; Pline, Hist. naiur., XXXV, 19 ; Jordan, Topographie der Stadt Rom, I, 1, p. 499, n°8 ; Jordan-Huelsen, ihid., I, 3, p. 418 et pl. VII.