Aurelius Victor, ibid
LE SANCTLAIKE SYRIEN DU JAMCULE
sa retraite. Courant toujours droit devant lui, il atteignit enfin le bois sacré des Erinnyes, le lucus Fiirrinéie ^, peu éloigné du fleuve ^. C'est là qu'à bout de forces, et près d'être rejoint, il se fit égorger par son esclave Philocrate : s-î'y.sivTî vàp è^vù; ol Bi(ir/,cvT£;. '0 oè oGavsi [j.r/pbv
àvéXsvTo; àxsîvov, s'-Ta iau-bv èTU'.açàcavTcç
Il suffit d'un coup d'œil jeté, de la villa Sciarra, sur le panorama où s'étale à nos yeux tout l'itinéraire de C. Gracchus, pour se rendre compte que le ravin du Janicule est le seul emplacement qui puisse convenir au lucus Furrinae^ tel que les textes de Plutarque, d'Orose et d'Aurelius Victor le localisent. Le bois sacré ombrageait les pentes du cirque d'érosion qui entourait la source, et qui, beaucoup plus escarpé autrefois qu'aujourd'hui, devait former un cul-de-sac, sans autre issue que la porte d'accès. Caius Gracchus s'y trouva pris au piège. Une fois entré dans le njmphée, il ne pouvait plus s'échapper ; et c'est pourquoi il se tua.
Cette fin tragique, survenue dans son sanctuaire, n'était pas de nature à rendre à Furrina la faveur des Romains. Pour peu qu'ils fussent superstitieux — et l'on sait s'ils l'étaient de reste — , ils devaient considérer son lucus comme un de ces lieux néfastes d'où l'on s'écartait avec soin, un endroit maudit, voué aux puissances infernales. De là, sans doute, le succès de la fausse étymologie qui
1. Plutarque, ibid. ; Aurelius Victor, ihid. : in lucurn Furrinae pervertit.
2. C'est ce qui ressort nettement du texte d'Orose ; aeyre ad ponlein Sublicium pervenit. ibique, ne vivus capereiur, cervicem servo suo praehuit.
Plutarque, ibid.
LE BOIS SACKÉ DE FURRINA
transforma la nymphe en Furie. L'hypothèse tlattait la superstition populaire: elle l'adopta comme un dogme.
Mais tandis que le lucus abandonné restait désert, un faubourg populeux grandissait alentour. Une nouvelle Rome croissait au Trastévère, véritable Gosmopolis. Des bords les plus lointains de la Méditerranée asservie, les paquebots chargés de passagers, qui venaient s'arrêter le long des quais du Tibre ^, lui amenaient sans cesse de nouveaux immigrants ; et ceux-ci, après avoir trouvé dans quelque auberge un abri provisoire à deux pas du débarcadère, s'installaient à demeure dans les bas quartiers a voisinant le port. C'étaient surtout des Levantins : Juifs Phéniciens, Syriens de Palmyre, d'Apamée, d^Héliopolis Transportés brusquement de TOrient à Rome, ils avaient changé de milieu, sans avoir eu le temps de modifier leurs habitudes. Rs conservaient leur cachet exotique, leur costume, leur langue, leurs dieux. Au
1. Les vaisseaux de fort tonnage s'arrêtaient à Pouzzoles, tête de li^ne des principaux services de navigation du Levant, et siège d'une importante colonie syrienne, qui avait introduit dans ce port, au second siècle de notre ère, les cultes pratiqués à Damas, à Béryte, à Héliopoiis : C. I. L., X, 1634, et Pauly-Wissowa, s. v. Damascenus, p. 304, n. 3.
2. Sur le Ghetto du Trastévère au temps d'Auguste, cf. Philo, Ad Gaiurn, 23 Mang., II, p. 568 : tvjV rJç^oLv xoÛ Ttpspscj; 7COTa[j.oij [xsyaÂrjV -rj; 'Ptô[ji.Yi; àTC0T0[JL7]'v, r]v ou/ riyvos'. xaT£-/o(j.£vriv xai or/.outjLÉvyiv r.pô; 'louBattuv. Ces Juifs avaient leur synagogue au pied du Janicule, leurs catacombes près de la Porta Portese. Cf. Bosio, R. S., p. 152 et suiv. ; Nuovo Bullett. diarch. crkt., 1904, p. 271, et 1905, p. 306 ; Lanciani, Forma Urhis iîomae, pl. 39, Campus Judaeorum ; Jordan-Huelsen, Topographie, lU, p. 628, note 17, avec la bibliographie.
3. /. G. ad R. /?., I, p. 57, n» 132. Dans les catacombes de San- Pancrazio, l'on a découvert récemment plusieurs épitaphes d'Apaniéens, qui viennent s'ajouter à celles de même provenance qui figurent déjà dans le Recueil de Boldetti.
temps des Anlonins et des Sévères, tout le Panthéon syrien avait élu domicile sur les bords du Tibre. Belos \ Malachbelos ~, Belleparos ^, Agliholos ^ Jaribolos -, Astarté^\ Adados'', Alagabalos^^ Jupiter Sabazius '\ Jupiter Damascenus , Jupiter Heliopolitanus Jupiter Maleciabrudis Jupiter Hammon et ses prêtenoms grec et latin Zeus Keraunios et Silvanus ^ la
1. C. /. L., VI, 50 et 51 =: Kaibel, /. G. S. L, 969 =^ 7. G. ad B. R., I, p. 26, n» 43 ; p. 27, n° 44 ; ibld., p. 27, n» 46 — Kaibel, 7. G. 6'. /., 972. Voir plus haut la dédicace n° 5.
2. C. /. L., VI, 51 ^ /. G. 3(7 7Î. 7?., ibid., 44 ; G. 7. G., III, 6015 et p. 524= /. G. ac/ 7?. 7?., I, p. 27, n°45.
3. C. /. L., VI, 30934, via Porluense prope Pozzo Pantaleo, c'est-àdire à 4 kilomètres environ de la porte Portese. C'est le Baal local de Ifry : C. R. Acad. Inscr., 1904, p. 329 et suiv. Sur le sens de cette dédicace, cf. Franz Cumont, loc. laud., p. 288, n° 44, avec la bibliographie.
4. C. 7. G., III, 6015 et p. 824 — 7. G. ad R. R., I, p. 27, n» 45.
5. Kaibel, I. G. S. /., 972 = 1. G. ad R. R., I, p. 27, n« 46.
6. Ibid. Déesse phénicienne, souvent confondue avec la syrienne A targatis.