A VICTOR HUGO
I iK roi Witlaw le chauve, exarque de Finlande, Est triste ; il a pourtant sur la côte normande Trois cents vaisseaux d'érable, à la poupe d'or pur, Qui le font roi du golfe, et neuf îles d'azur, Perles du gouffre amer, étoilent sa couronne. Anolt, Fionie, Helgoland la Saxonne,
Lui paient tribut de cuivre et d'étain, les Œlands Avec le port d'Ascren cher aux vieux rois normands Sont sa part de conquête, et les îles Baltique Font une aube de gloire à son casque héraldique, Que surplomple au cimier l'aigle noir d'Imanus.
II a Mona pour trône et la vieille Aarhus,
Dont les bleus horizons sont pleins de campanile Et de mâts frissonnants dans l'espace, est sa ville.
Debout parmi les flots et bravant leur effort, Vingt colosses de marbre en observent le port, Ressuscitant chacun les héros de la race Dont Witlaw est le fils, et, quand, à la terrasse, Witlaw, roi des Saxons, vient s'accouder, les soirs, Au milieu des parfums mourants des encensoirs, Il a pour horizon dans la splendeur du rêve, Vaste échiquier de pierre oublié sur la grève, Aarhus endormie aux pieds des rois géants.
Pourtant Witlaw est triste ; assis parmi ses grands,
Il est là qui se tait, lourd de pourpre et d'hermine
Et sa barbe neigeuse inonde sa poitrine
Toute blanche ; il soupire, il ne peut oublier
Qu'il a quatre-vingts ans et n'a point d'héritier,
Que sa race finit à Bertrade la blonde,
Que Bertrade est mourante et qu'il n'a qu'elle au monde
Pour relever le nom ; il songe qu'il est seul,
Les doigts noirs des valets lui coudront son linceul
Et de son ht de mort il verra, blanc fantôme,
Aux mains des fiers vassaux s'en aller son royaume,
Sa ville, sa couronne, et son nom dans l'oubli
S'éteindra, nimbe d'or entre ses doigts pâli,
Emportant avec lui la splendide épopée
Des aïeux, désormais, la main sur leur épée,
Ecroulés dans l'oubli du repos éternel.
Or un soir qu'il songeait, plus triste et solennel Que la veille, affaissé contre la balustrade De la haute terrasse et le nom de Bertrade
Aux lèvres, le vieux sire, au fauve et lent rayon Du couchant qui tombait, eut cette vision : L'ombre des rois géants, s'allongeant sur la grève, Montait dans la stupeur effrayante du rêve Aux balustres de pierre, où Witlaw, chaque soir, Venait pleurer, et là, formaient un grand pan noir De ténèbre, où soudain dans la clarté des songes Un spectre, un être affreux d'horreur et de mensonges, Se dégageait livide, inouï, surhumain, Dieu tenant à la fois du géant et du nain, Géant aux bras noueux, nain grêle au front difforme. Un casque d'or verdâtre, ailé d'or mat, énorme, Ceignait sa tempe humide, où couraient des lueurs. Glauque et verte, sa peau moite avait des sueurs Pâles, d'où s'exhalait une acre odeur marine Et des crânes humains jouaient sur sa poitrine En lourds colliers.
Les bras croisés et les yeux clos, D'une voix lente et qui semblait sortir des flots, Le nain prit la parole et dit au roi stupide :
« Sigur, fils de Wotan, fils d'Ymer, fils d'Enide,
« Fut grand et fort ; son glaive et son casque étaient d'or.
« En deux ans il soumit les peuplades d'Arvor
« Et mourut ; après lui vint Cédric le rigide ;
<( Son bras était d'acier, et sa barque rapide
« Aborda la première au rivage breton.
« Les vieux harpeurs gallois ont conservé son nom.
(( Hastings, qui fut son fils, lui, ramena des rives « Des Saxons tout un peuple en larmes de captives,
a Si nombreux, que chacun des jarls en avait trois
« Pour leur servir à boire et les bâtards du roi
« Pullulaient plus serrés que les sables des grèves.
i Wilfrid, après mille ans, étonne encore les rêves
« Des soldats attardés aux nocturnes récits.
« Harold, Yniol, Gérain furent grands, ses deux fils
« En valaient trente ; Otto derrière ses armées
c Traînait, pieds et poings liés, les pâles renommées.
« Macumer fut terrible et dur, les rois du Nord
(.( Se couchaient à plat ventre en entendant son cor
t Appeler la famine et l'effroi dans les landes.
c Le grand Kanut emplit à lui seul vingt légendes.
« Quand, les soirs de bataille, il passait dans les rangs
c Des morts restés debout, ses genoux durs et blancs
c Luisaient et son cheval avait le poitrail rouge.
« Avant Héric le noir, l'Irlande était un bouge.
«c Héric vint et prenant le barbare aux talons,
c Lui rompit la cervelle ; Edryn aux cheveux blonds
& Etait un gars farouche et terrible aux puceïles.
« Des femmes se tordaient entre ses mains cruelles.
c En dix mois il força vingt villes et viola
« Douze filles de rois, dont celle de Bêla,
» Roi de Spire, et qui fut depuis duchesse en Flandre.
f Comme un bois de sapins au vent froid de décembre,
<* Les harpes de granit des vieux scaldes chrétiens
* Se brisaient au seul nom d'Odrus, rois des païens ;
a Car le glaive d'Odrus faisait fleurir les plaines,
« Toujours humide et frais du sang pur de ses veines,
<i Et les corbeaux volaient autour de son cimier.
a Enfin de tout ces rois le fils et le dernier,
« Erdors vint, digne encor de ces races hautaines ;
des monts neigeux et des îles lointaines nagent dans le ciel et les gouffres amers, rdors pour échiquier avait l'azur des mers les rois, noirs bergers, entre ses mains dociles, itant son pied posé sur leurs nuques serviles, gré de ses dix doigts bouleversaient l'univers, fut tout.
Tous ces rois, fils de rois, durs et fiers, leur cimier tragique épouvantant l'histoire, îplendissent si haut dans l'aurore et la gloire,
leur crime à travers les siècles entrevus leurs fronts rayonnants fait une aube de plus, mrquoi ?
C'est qu'à travers l'âpre horreur des mêlées, meurtres et les cris des vierges violées, psi Wiking, fidèle au culte des aïeux, renia jamais le nom des anciens dieux, [l'essieu de leur char Odin et ses prêtresses ichaient la Victoire avec leurs longues tresses celle qui se plaît aux sublimes efforts mâles se heurtant dans l'ombre avec les forts, blanche Walkyrie, amante des batailles, ît là, du sang bleu sorti de leurs entrailles mt pour les combats et les meurtres futurs ritre d'autres fils aux membres blancs et durs.
i splendeur d'une race est dans la foi gardée aïeux ; mais depuis que le dieu de Judée . Lêlé son sang chrême au sang bleu des Wikings is Witlaw le maudit, honte et remords d'Hastings, idieux ont détourné leur front de notre race.
« O roi, voilà pourquoi, les soirs, à la terrasse
i Du vieux palais, bâti par les vieux rois païens,
i Tu viens pleurer dans l'ombre et le dieu des chrétiens
« Ne peut rendre, enfermé dans l'or de son ciboire,
t Ni la vie aux mourants ni l'éclat à ta gloire !
« Tu triomphais.... Christus t'avait entre les forts
i Sacré roi de la terre et tu bravais les morts,
i Quand voilà que la mort, montant du passé sombre,
f Prend ta fille à la gorge et la couche dans l'ombre.
f Tes parjures, Witlaw, ont filé son linceul.
i Or toi, père et vieillard, désormais triste et seul,
« Moi l'esprit de ta race, envoyé pour maudire,
i Par pitié je veux bien, vieillard, encor te dire
f Un seul mot... : ton salut.
Retourne aux anciens dieux, i Abandonne le Christ et son culte odieux ; c Comme autrefois Hastings, extermine ses prêtres « Et relève Irmenseul ; le courroux des ancêtres, i Prêt à s'appesantir, est sur ton front maudit. « Adore en moi leur gloire et Bertrade revit, « Adore et, remontant les degrés de l'histoire. « Tu fleuris dans ta race et renais dans la gloire. » Et "Witlaw face à face englobant le démon, Se signa lentement et lui répondit :
« Non, « Christus est Dieu, va-t-en ! »
Et la face accablée Dans ses mains, le vieux roi pleura.
L'ombre étoilée Palpitait sur sa tête et, quand il la leva, La nuit des rois géants, le nain n'étaient plus là : La lune blanchissait la terrasse isolée.
Seulement près de lui, calme et de blanc voilée, Moins qu'une ombre, une forme au vague et pur profil Se tenait appuyée à la rampe.
Au péril Le roi fixa les yeux et reconnut Bertrade.
Or lui, qui la savait moribonde et malade Dans un cloître éloigné, ne comprit pas d'abord Comment, les bras en croix, sous ses longs cheveu* d'or, Bertrade avait quitté l'enclos du cloître austère Et, traversant le mont et le val solitaire, Se trouvait près de lui souriante et debout.
« La très sainte Marie et l'Esprit qui sait tout
« Vers vous m'ont envoyée en hâte, mon doux père,
Dit-elle d'une voix si douce, que la terre
Frémissait, tant le ciel était dans cette voix,
« Car Jésus, qui voit l'ombre au fond du cœur des rois,
« Sait pourquoi chaque soir à la haute terrasse
« Vous venez vous asseoir pensif. Non, votre race
« N'est point morte avec vous, car vous avez dit : « Non »
« Au Maudit, et Christus a vaincu le démon.
« J'ai maintenant aussi mon excuse à vous faire ;
« Père, j'ai mérité votre auguste colère
« Royale en refusant obstinément l'époux
« Que vous me destiniez : j'ai vécu loin de vous
« A l'heure où, s'affaissant lentement vers la tombe,
« L'aigle royal avait besoin de la colombe.
« J'ai fui, lâche, évitant le calice de fiel
« Pour m' enfermer vivante et ravie en plein ciel
« Au cloître ; et le fait est, mon père, que les filles
« Ne sont pas ce qu'il faut aux anciennes familles :
« La femme, esclave et proie, est la part de l'époux.
« Mais un fils au regard ferme et clair, au poil roux
« Est le digne soutien qui siad aux nobles races.
« La robe est pour la femme, aux hommes les cuirasses,
« Aux rois le sceptre d'or, aux reines le fuseau. »
— « Le Seigneur m'a courbé, plié comme un roseau, Pensait le roi Witlaw en écoutant Bertrade. « Comment aurais- je un fils ? je suis vieux et malade. « Les nonnes ont tourné la tête à cette enfant. »
Et Bertrade sourit dans l'ombre en poursuivant : « Un miracle est possible à tout âge, mon père, « Quand le Seigneur le veut ; une vierge fut mère, « Abraham eut d'Agar un fils à cent dix ans ! » Et lui. haussant l'épaule: « Ou j'ai perdu le sens Murmurait le vieux sire, ou cette enfant est folle. » Sans voir, le pauvre roi, qu'une chaude auréole Sur le front de Bertrade errait, cercle de feux.
Posant alors sa main pâle entre les cheveux Argentés du vieillard, elle dit à voix basse : « Père, reportez-vous dans le nombre et l'espace « Au temps, où votre barbe et vos cils étaient d'or. « Reportez- vous, mon père, aux falaises d'Arvor, « La journée où Witlaw emporta la victoire.
« Les morts et les chevaux jonchent la grève noire
« Et le champ de bataille, où lente vient la nuit,
« Se tait ; vainqueurs, vaincus, prisonniers, tout a fui.
« Seul, oublié dans l'ombre à travers la déroute,
« Un traînard, un blessé, s'agite sur la route.
« il tire par la bride un cheval et son sang...
— « Je le vois, dit Witlaw, la blessure est au flanc
« Droit, ouverte..
— « Et son sang s'échappe goutte à goutte « De la plaie : il s'arrête et se penche, il écoute.... « Pas un souffle ; au lointain pas un appel de cor. « Partout la grève immense et déserte d'Arvor. « Seulement vers le Sud, sous le ciel bas et terne, « Comme auprès d'un écueil une louche lanterne « De corne, affreux signal des nauf rageurs de nuit. « Au pied de la falaise un feu vacille et luit. « Le blessé, l'œil tendu sur la flamme incertaine, « Se traîne sur la grève....
Et le roi sans haleine Interrompit : « Je vois, c'est bâtie en galets, « Une cabane obscure, où sèchent des filets « De pêcheur.,..
Et, d'un geste interrompant son père, Bertrade dit : « Voyez au fond de la chaumière.
« Un homme est étendu sur du varech ; il dort.
« Debout à son chevet, levant avec effort
« Pour le voir respirer une lampe de cuivre,
« Une femme est auprès, son œil pur est comme ivre
« Et l'on voit dans la nuit palpiter son sein nu.
« Elle admire en sueur et pâle l'inconnu.
« Cette femme attentive est la femme de l'hôte.
« Lui, l'époux, depuis l'aube est voguant sous la côte ;
« Car, au lieu de deux corps à nourrir, ils sont trois
« Dans la hutte, où le serf héberge un fils de rois.
« Mais quel souffle brutal a soufflé la lumière ?
« La femme avec un cri s'est jetée en arrière. . .
« O honte ! l'inconnu, père, ne dormait pas
« Et, saisie, enlacée, étreinte entre ses bras,
« La femme est là qui tremble, effrayée et farouche.
<( Près du guerrier assise au rebord de sa couche,
« Effroyable baiser, double complicité
« Violant la foi jurée et l'hospitalité. . .
« Ce traître envers son hôte et cet homme adultère
« Connaissez- vous son nom ?
Et, fermant sa paupière Pour retenir un pleur, Witlaw dit : « Je le sais. »
— « Dix-neuf ans sont passés ; la cabane aux filets
« Est toujours là debout sur la grève isolée. ,
« Le guerrier est parti, la femme, elle, est restée
« Avec son repentir ; la faute et le remord
« Ont fleuri, le pêcheur, homme probe, en est mort
« Et l'enfant calme et rose a grandi, comme un rêve,
« Renié par son père, adopté par la grève,
a Rarement caressé par la mère aux yeux lourds ;
« Puis un soir de clémence, après bien des longs jours,
« La mort est revenue heurter à l'humble porte,
« Dans l'ombre, où l'attendait depuis quinze ans la morte.
« Et l'enfant orphelin est resté seul, au soin
« De la grève nourrice, allant de loin en loin
« Voir, perdu comme lui dans l'âpre solitude,
« Un vieux moine,uiî saint homme au cœur pur,au front rude.
« L'enfant auprès de lui sculpte des croix de bois
« Que le moine va vendre et le fils de nos rois
« Vit de la charité d'un prêtre centenaire,
« Du produit de ses doigts, ignoré de son père
« Aujourd'hui sans enfant, comme il est, lui, sans pains. »
Et "Witlaw, le front moite, ayant joint ses deux mains, Se leva tout debout et dit : « Est-ce possible ?
— « Dieu juste prend le cœur des rois hautains pour cible.
« Or, si grand est le nombre affreux de leur forfait
« Que, courbé sous sa main, nul d'entre eux tous ne sait
« Quel crime ineffacé de leur vie ils expient. . . .
« Tous tombent à genoux alors, tous ils s'écrient :
« Mon cœur est innocent ; qu'ai-je donc fait, Seigneur ?
« Witlaw a dérobé la femme du pécheur.
« David au brave Urie a volé Betsabée »
"Witlaw alors se tut, la tête encor courbée Plus bas que tout à l'heure, atone, épouvanté, Plus blême à cette voix pleine de vérité Qu'à l'aspect monstrueux de l'esprit de sa race.
L'Aurore se levait sur la blanche terrasse, Eclairant vaguement les rampes d'escaliers. Witlaw alors, levant ses regards humiliés, Vit que Bertrade avait les lèvres violettes
Et que ses pieds, serrés d'étroites bandelettes, Comme dans l'air errants, ne touchaient pas le sol. Elle semblait dormir immobile en son vol, Comme une feuille d'or qu'un vent léger emporte, Et lui comprit alors que sa fille était morte Et s'écria : « Bertrade ! ». . . Elle avait disparu.
A cette heure un courrier entrait dans Aarhu,
Annonçant que Bertrade, abbesse au mont Saint-Edme,
Avait passé la veille et Witlaw, le jour même,
Se rendit à cheval aux falaises d' Arvor,
Trouva l'enfant sculptant auprès du moine, au bord
Des flots et, sur son front ayant mis la couronne
De Sigur et d'Hastings, fit en langue saxonne
Aux Saxons, en danoise aux Norvégiens, l'aveu
De sa faute, du rêve et, devant le ciel bleu
Ayant fait reconnaître à tous roi de Finlande
Son fils Herber, mourut. Ainsi, dit la légende
Fut fondé en l'an mil et vingt après le Christ
(Gerbert a consigné le fait dans un écrit)
L'ère des rois chrétiens, "Witlaw, Herber, Etienne,
Qui furent grands après ceux de l'ère païenne
Commencée à Sigur et close au fils d'Erdors.
Que le ciel ait leur âme et le tombeau leurs corps.
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A THÉODORE DE BANVILLE
TRAVERS les récits épiques Et les combats retentissants On voit passer au vent des piques Des femmes aux seins pâlissants.
Sous leur paupière humiliée Leur regard haineux garde encor Le reflet de Troie incendiée, Croulant au son brutal du cor.
Leur torse a des splendeurs de nacres Sous leurs mouvants cheveux dor clair Et la rouge horreur des massacres S'allume aux clartés de leur chair.
Sous leur ceinture ciselée Et les anneaux de leurs bras ronds Leur beauté triste et résignée D'Eros a bu tous les affronts.
Présent fatal d'Er os aux braves
Et par les braves dédaigné,
Leur beau corps du maître aux esclaves
Passe tour à tour outragé.
Aussi leur chair indifférente, Lasse de fatigue et d'amour, A chaque amant plus transparente, Se fane et pâlit chaque jour.
Ces pâleurs de fleurs maladives, L'éclat de ces yeux sans sommeil Sont votre parure, ô captives, Filles de fange et de soleil.
La chair de vos blanches poitrines, Meurtrie aux caresses d'Eros, A gardé des saveurs divines Où revit l'âme des héros.
Puisse cette saveur de crime, Exhalée entre vos seins blancs Captives, imprégner mon rythme De leurs parfums chauds et troublants.
RISEIS a seize ans : son front veiné d'iris A la douce pâleur des aubes matinales Et ses pieds transparents aux doigts cerclés d\ Font rêver au calice étincelant des lys.
Elle songe au Scamandre où, dans les joncs fie» Elle se baignait nue, au temple aux larges dalle Où ses pieds bondissaient au son clair des crota Ses pieds nus, aujourd'hui de lourds joyaux mertris.
Elle revoit en rêve au fond des crépuscules
Le chœur plaintif et doux des blanches hiéroales,
Chantant l'hymne du soir sous les cieux solenels
Et, triste au souvenir de ses vœux éternels, Sous ses bras nus d'enfant, serrés de bande, Pour mieux pleurer sa honte, elle voile sa
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IHIyj i jUiir \ \jliVv\U)Ui )/^p3 ■Viue
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V^OMME un beau lys de neige emporté dans des algues Sur la grève, au soleil, vient mourir, desséché, Andromède gémit, debout au bord des vagues, Nue et tordant ses bras aux parois du rocher.
Sous les feux du couchant le sable, ardente lave, Brûle ce torse vierge au rivage attaché Et la dune est déserte et le monstre qui bave S'avance avec le flux et semble s'approcher.
L'œil fixe, elle agonise et râle, inerte, en proie A l'horrible épouvante et son beau cou qui ploie, Se gonfle et se meurtrit au lourd carcan de fer.
Et tandis qu'elle meurt, saignante, échevelée, Formidable et puissant, monte et surgit, dans l'air, Le groupe de Pégase et du divin Persée.
vo:oaa/Y,
/\ssiSE à la clarté tremblante des étoiles, Sur la haute terrasse au palais de Pyrrhus, Andromaque sourit à ceux qui ne sont plus Et la brise des nuits fait palpiter ses voiles.
Une ceinture d'or aux riches ciselures Met une flamme claire autour de ses seins nus, Et dans ses yeux de veuve aux ardentes brûlures Nage le deuil amer des regrets superflus. ■
Son regard suit encore à travers la carrière L'épique tourbillon de gloire et de poussière Où flamboyait jadis le char ailé d'Hector.
Et pensive, inclinant le cou sur sa poitrine. Elle embrasse, elle étreint sur sa gorge divine Le front pâle et charmant d'Astyanax qui dort.
Evvoia
V^UAND elle errait, pareille aux jeunes immortelles,
De son rire sonore exaspérant Paris,
De vagues chaînes d'or sortaient de ses prunelles,
Et ses pieds nus foulaient des corps d'amants meurtris.
Quand la galère grecque aux rivages fleuris De Sparte, ramenait l'épouse criminelle, La même clarté vague, étrange et solennelle Riait sous sa paupière aux yeux des rois surpris.
Depuis elle a dansé sous le porche des bouges, Toute nue et tendant sa bouche aux lèvres rouges Des porte-faix de Rome et des athlètes roux.
Les baisers des Césars ont mordu sa poitrine
Et, dans ses yeux rougis, noirs et meurtris de coups
La clarté rit toujours, éternelle et divine.
Ka
Le cœur gros de sanglots, lasse d'ignominies, Kassandra la prêtresse erre auprès des flots verts. Captive, elle en comprend les sombres harmonies Et se tait, l'œil fixé sur l'infini des mers.
L'horrible amour des rois, les lentes avanies De l'exilée errant loin du foyer désert Et les dédains altiers des reines ennemies Ont fait ses yeux de flamme et son profil amer.
Debout, les bras croisés sur sa robe de soufre, Kassandre est là sans voix ; l'attrait fatal du gouffre Plaît à son regard trouble où nage un deuil puissant.
Ses regrets, comme un crible où goutterait du sang, Grain à grain, dans les flots, laissent tomber leur cendre Et Kassandre avec eux sent son âme descendre.
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JXRESSIDA la Troyenne a le regard pervers. Un désir jeune et fou dilate sa narine, Et dans son œil perfide, aux mobiles éclairs, Rit la verte clarté de la vague marine.
Sous les baisers des rois assoiffés de sa chair, Sa lèvre humide et rouge et sa blanche poitrine Ont pris une saveur troublante, un goût amer, Et son torse a des tons polis de nacre fine.
Les beaux jeunes guerriers de Troie, Hector, Paris,
Troïlus l'ont aimée et fait râler jadis.
Pour chacun d'eux sa bouche avait un fier sourire.
Maintenant Kressida rit au fils de Thétys Et, lascive au murmure attendri d'une lyre, L'enivre de ses yeux clairs et froids d'hétaïre.