RUPTURE DE L'ÉQUILIBRE PHYSIOLOGIQUE
La fibrine augmente, en général, dans les processus aigus, fébriles, inÛammatoires, en particulier dans la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, de sorte que l'étude de la coagulation du sang et l'appréciation de la quantité de fibrine peuvent servir au diagnostic de ces affections.
Ce sont les leucocytes qui subissent dans les maladies aiguës les modifications les plus importantes. Celles-ci portent d'abord sur la quantité des leucocytes.
La plupart "des maladies aiguës augmentent le nombre des leucocytes, produisent de V kyperleucocijtose : le chiffre des globulesblancs s'élève de 6000 a 13000 ou 30000, quelquefois même beaucoup plus. Tel est surtout le cas des maladies franchement inflammatoires, des suppurations chaudes, de la pneumonie, du rhumatisme articulaire aigu, de l'érysipèle, de la scarlatine, delà blennorragie, etc.
Au contraire, les maladies chroniques, la tuberculose, la syphilis, le cancer, augmentent relativement peu le nombre des leucocytes. L'hyperleucocytose se montre surtout au moment desi poussées aiguës ou à la suite d'infections secoa4^ daires.
Cependant il y a quelques exceptions ; cerlainea maladies aiguës, comme la fièvre typhoïde, la fièvre paludéenne, s'accompagnent d'une dimi-
HUPTUHE DB L'ÉQUILIBRE PHYSIOLOGIQUE. 6:i
Dutioa des leucocytes, d'une liypoleucocytose ; la rougeole à sa période d'iHal est caractérisée par un nombre normal de leucocytes. D'autres maladies, comme la diphtérie, les septicémies, peuvent donner, dans les cas très graves, tantôt une liyperleucocjlose excessive, tantôt une iiypoleucocytose.
Les modifications de la leucocylose peuvent être interprétées comme des réactions favorables destinées à assurer la défense de l'organisme par le mécanisme de la phagocytose et de la bactériolyse.
L'byperleucocytoso résulte d'une excitation intense des oi^anes hématopoïétiques, d'un besoin énergique de défense en rapport avec la gravité delà maladie. L'hypoleiicocytose tient, tantôt à la sidéralion des organes hémalopoïétiqucs par une infection ou une intoxication brutale; tantôt ti la nature de certains germes qui, comme le bacille d'Eberth, l'hématozoaire de Laveran, n'ont pas la faculté d'éveiller la Jeucocytosc.
Les processus morbides ne modifient pas seulement le nombre total des leucocytes; ils changent les proportions relatives des diverses formes de globules blancs et troublent l'équilibre leucocytaire dans un sens déterminé.
Ainsi les infections suppuratives, les maladies inflammatoires qui donnent del'hyperleucocytose produisent aussi une augmentation relative du nombre des leucocytes polynucléaires, une poly-
RUPTURE DE L'ÉQUlLlllHE PHYSIOLOGIQUE.
nucléose. Dans les suppurations, par exemple, le chiÊFre des polynucléaires atteint 7S à 83 p. 100 ; dans la pneumonie, il varie de 80 à 90 p. 100 et arrive môme à 93 p. 100 dans les cas mortels.
Certaines maladies, comme la fièvre typlioïde, la malaria, la coqueluche, la variole, la varicelle, le cancer au début, provoquent au contraire une augmentation relative du nombre des leucocytes mononucléaires, une inonomicléose. Celle-ci se complique, dans quelques cas, de l'apparition de formes leucocytaires anormales dans le sang.
Ainsi, dans la variole, le chiiïre des mononucléaires s'élève à 60 p. 100; parmi ceux-ci, on compte des leucocytes mononucléaires granuleux, neutrophiles ou éosinopliiles, des plasmazellen et des cellules de Tûrck.
Les parasites animaux {vers intestinaux, écliinocoques, trichine), les alï'ections cutanées, surtout les affectionsbuUcusos, comme la maladiede Duhring, déterminent en général une augmentation relative des leucocytes éoslnopbiles, une éosinophilie .
On a cherché à simplifier ces règles générales en disant que les infections par les microbes saprophytes (pneumonie, érysipèlc, etc.) se traduisent par «ne polynucléose, tandis que les infections par les microbes spc'cifiques (variole, fièvre typhoïde, etc.) se traduisent parune mononucléose; mais cette classification présente de nombreuses ex-
RUPTURE DE I/ÉQUILlBaE PHYSIOLOGIQUE. 65
ceptions et, à l'heure actuelle, il nous paraît impossible de résumer en une seule loi les modifications de la formule leucocytaire apportées par rinfection.
Dans ce court aperçu des modifications pathologiques de l'équilibre leucocytaire, je n'ai pas eu la prétention d'exposer en détail les formules leucocytaires de chaque maladie. Je veux seulement faire remarquer : 1° la spécificité de ces réactions sanguines qui sont en rapport avec la nature de la maladie, de sorle que leur étude peut être utilisée pour le diagnostic des maladies infectieuses, toxiques, parasitaires, etc., et en particulier pour caractériser les leucémies.
2° Le rapport qui existe entre la nature et le degré de la leucocytose d'une part, l'intensité de l'infection et la puissance réaclionnelle de l'organisme d'autre part, si bien que l'interprétation de la formule leucocytaire peut servir au pronostic.
C'est qu'en effet la leucocytose n'a pas seulement la valeur d'une simple réaction ou altération sanguine; sa signification est beaucoup plus générale : elle traduit la réaction de l'organisme tout entier et indique les efforts dont il est capable pour se débarrasser d'un corps étranger nuisible, infectant ou intoxiquant.
Elle résume l'état des organes hématopoïétiques, leur puissance ou leur insuffisance, leur mode ou leur degré d'irritation.
Marcel Labbé. — Le Sang. 5
ee RUPTURE DE L'ÉQUILlCilE PHYSIOLOGIQUE.
Liiypcrleucocylose indique une excitation de riiiîmalopoïèse; intense, elle caractdrise une forte irritation en même temps qu'une forte réaction de l'organisme; modérée, elle dévoile une irritation de moyenne intensité à laquelle l'organisme répond par une réaction modérée.
En dehors de quelques cas particuliers, comme la dothiéuentérie et la malaria qui n'éveillent pas volontiers les sympathies leucocytaires, l'hypoleucocytose, coïncidant avec un élat général grave, indique une absence de réaction hématopoïétique, soit parce que le poison morbide est si violent qu'il a annihilé dès l'abord les réactions de défense, soit parce que l'infection s'est produite sur un organisme débilité, incapable de réagir ; dans les deux cas, le résultat est le mCmo : l'organisme se défend d'une façon insufllsante.
La formule leucocytaire permet de préciser la nature des organes hématopuïétiques qui prennent part h la réaction : la polynucléose indique une rfaclion des organes myéloïdes (moelle osseuse, rate), producteurs de cette variété de leucocytes; la mononucléose révèle une irritation des organes lymplioïdes (ganglions, follicules clos, rate, etc.).
La leucocytose extériorise et fait pour ainsi dire apparaître l'état des viscères, dont la réaction locale est, ainsi que l'ont bien établi Acbard et Lœper, de mûrac sens, de môme nature et de
HUPTUBE IiE L'ÊOUILIDRE PUYSIOLOGIQUE. 07
même degré que la réaclion gi^nérale sanguine.
Constater une polynucléose, c'est en inférer qu'il existe quelque part dans l'organisme un foyer morbide au niveau duquel la défense est elFectuée par les leucocytes polynucléaires. La pneumonie, les abcès nous offrent des exemples frappants de celte concordance entre la réaction locale et générale.
Observer une mononucléose, c'est en conclure que la réaction des organes se fait par le moyen des leucocytes mononucléaires. Ainsi dans la variole, où la mononucléose hématique correspond à une mononucléose des pustules.
Cette réaction est parfois si sensible qu'elle permet de dépister un foyer de suppuration latente que ne traduisait aucun aulre mode de réaction clinique, ni la tièvre, ni la douleur, etc. Ainsi, chez un sujet atteint anciennement de dysenterie ou souffrant d'accidents hépatiques, la constatation d'une hyperleucocytose intense avec polynucléose pourrait, suivant Boinet, permettre de diagnostiquer un abcès du l'oie.
La formule hémoleucocytaire est, en résumé, la projection, la traduction de la réaction qui se passe dans les organes ; elle nous affirme, une fois de plus, la relation intime qui existe entre le trouble local et le trouble général, entre l'altération organique et l'altération humorale.
Les organes préposijs à la fiibiicalion des éléments du sang ont été bien i5tudiés depuis quelques années ; grâce au perfectionnement des leclmiques cytoiogiques, on a pu suivre les transformations des cellules snnguines et comprendre, au moins dans ses grandes lignes, la genèse du sang.
Globules rouges. — L'origine des globules rouges est encore entourée d'une certaine obscurité. 11 est d'ailleurs probable que cette origine résulte de processus divers, et qu'elle ne se fait pas de la môme façon aux différents âges.
Chez le fœtus et chez les jeunes animaux. — Vraisemblablement diffuse chez le fœtus, où la spécialisation des organes n'est pas encore établie, la genèse des globules rougesse ferait surtoutàcctte époque au moyen des éléments vaso-formateurs (fig. S); ces grandes cellules à noyaux multiples, ramifiées et munies de pointes d'accroissement, que Ranvier a décrites au niveau des taches laiteuses, Je l'épiploon du lapin, donnent naissance i fois aux vaisseaux et à leur contenu. Leur
périphérie se différencie en une lame de protoplasma garnie de noyaux qui représente la paroi d'un capillaire ; leur partie centrale forme, en se divisant, une série de globules rouges sans noyau. En même temps, la moelle osseuse, la rate, le foie, et peut-être encore d'autres organes.
çfoh. scuiar.
Fig. 5. — Cellule vaso-formative (d'après Ranvier).
produisent aussi des hématies par un processus analogue à celui qu'on observe après la naissance. La formation est, à cette époque de la vie, particulièrement active dans le foie. Neumann, KôUiker y ont vu des hématies nucléées et des éléments cellulaires semblables à ceux de la moelle osseuse. Van der Stricht, Renaut ont décrit minutieusement le processus d'hématopoïèse hé-
patique-; il se fait au moyen de grandes cellules vaso-formatives, rondes, doQdes de mouvements amiboïdes, qui, amenées par les vaisseaux sanguins, se fixent dans les travées hépatiques et conslituent des îlots vasculo-sanguins.
Ces îlots vasculo-sanguins ne diiTèrent des cal- ' Iules vaso-formatives de l'épiploon que parce que les globules rouges adulles n'y sont pas produits directement, mais sont précéiMs par la formation de globules rouges à noyau.
Dominici a retrouvé dans le foie des jeunes ' animaux, outre ces cellules vaso-formatives, tous les éléments cellulaires du tissu myéloïde.
Le foie joue encore dans l'hématopoïèseun rôle indirect. C'est lui qui accumule une grande partie du fer retenu dans l'organisme et destiné à servir h la formation de l'hémoglobine des hématies. Le foie du fœtus contient des réserves abondantes de fer provenant de la mère, destinées à être utilisées par le nourrisson, auquel l'alimentalion lactée ■ n'apporte pas assez de fer pour suflire à la production globulaire.
Le foie conserve ce rôle durant toute l'existence. Chez l'adulte, il accumule, sous forme d'hydrate ferrique {pigment ocre) et de combinaison organique, le fer provenant de la destruction hémalique et le fer provenant de l'alimentation. Dans les cas pathologiques, s'il y a destruction d'une grande quantité J
k1(>))u1on
; t, k''}''"'" l'uugo
d'hémoglobine dans Poi^anîsme, le foie retient encore une bonne partie du fer ; ainsi se produiseut les cirrhoses -^ ^^
bronzées. W (5 (^
Le foie conlient donc des réserves de fer qui pourront ôtre utilisées pour la réno- , vation globulaire.
Chez le nouveauné. — Chez le nouveau-né, la formation
des globules rouges, en rapport avec lo développement du corps, est très active. Elle s'opôro dans le tissu myéloïde, qui est représenté principalement par la moelle des os, mais qui, à cette époque de la vie, est très disséminé et se retrouve aussi dans le foie, la rate, les ganglions, 1 épiploon (fig. 7). „,„.„, „,,.„^ ,,,„|,^^,
Le premier stade for- ixirniiiin) matif est constitué par „,^- J't.'î^'"''''' **''' *'"''"'" le globule rouge nucléé,
qui, pour paiHHer à l'état adulte, expulse «on noyau. Ce dernier, devenu libre, s'entoure à
nouveau de protoplasma qui se charge d'hémoglobine, et reproduit un nouveau globule nucléé ; celui-ci se débarrasse ensuite de son noyau par le même mécanisme, (fig. 6). Ainsi, un même noyau peut donner naissance successivement à un très grand nombre d'hématies (Rindfleisch, Ehrlich).
Mais la production est tellement hâtive que certains éléments passent dans la circulation avant leur complet achèvement ; à Tétat normal, pendant les premiers jours qui suivent la naissance, on trouve dans le sang des hématies nucléées ; en outre, celles-ci reparaissent avec une très grande facilité au cours des infections chez Tenfant.
Il est possible aussi que la naissance des hématies dans les cellules vaso-formatives persiste encore à cet âge, ainsi qu'il i;ésulte des observations de Weil (1), dans deux cas de cyanose congénitale.
Chez l'adulte. — Chez l'adulte, les hématies naissent dans le tissu myéloïde par le même processus que chez l'enfant. Mais ici l'extension du tissu myéloïde est moins considérable ; à l'état normal, la moelle des os seule en est formée ; cependant Lowitt, Demoor, Delamare, Retterer auraient vu des hématies nucléées dans les ganglions lymphatiques ; il y en aurait aussi quelquesunes dans la rate (Dominici).
(1) E. Weil. — Soc. de biologie, 29 juin 1901,
Dans certains états pathologiques, le besoin de rénovation sanguine fait réapparaître du tissu myéloïde dans les organes lymphoïdes, comme la rate et le ganglion lymphatique ; de sorte que les hématies peuvent naître aussi dans ces organes.
Dominici a vu des hématies nucléées dans la rate des animaux soumis à des saignées répétées ; F. Bezançon et M. Labbé (1), Dominici (2) en ont observé dans la rate des varioleux. Dominici a vu, chez des adultes atteints de tuberculose chronique avec purpura, des globules rouges nucléés apparaître même dans le foie.
Globules blancs. — La distinction que nous avons établie entre les leucocytes mononucléaires non granuleux et les leucocytes polynucléaires granuleux correspond à une différence d'origine : suivant Ebrlich, il faut distinguer deux groupes d'organes hématopoïétiques :
1° Les organes lymphoïdes^ représentés par les ganglions lymphatiques, la rate, les amygdales, les productions lymphoïdes disséminées du tube digestif.
Les travaux de Flemming, de F. Bezançon et
(1) F. Bezançon et M. Labbé. — Réactions et lésions histologiques de la rate dans les infections aiguës [XIII^ Congrès international de médecine, Paris, 1900. Section d'anatomie pathologique, p. 306).
(2) Dominici. — Sur les réactions de la rate au cours des états anémiques et infectieux (Ibid., p. 589).
NAISSAiNGE ET MOttT DU SANG.,
M. Labbé ( 1 ) ont établi Texistence dans ces organes d'une spécialisation fonctionnelle aboutissant à la multiplication cellulaire. Le tissu lymphoïde s'y arrange sous forme de follicules clos dont le centre est occupé par de gros leucocytes mononucléaires en karyokinèse ; la multiplication des
Fig. 8. — Développement du leucocyte polynucléaire
(d'après Dominici).
a, b, Leucocytes mononucléaires à granulations neutrophiles ; c, forme de transition ; rf, e, leucocytes polynucléaires à granulations neutrophiles.
cellules dans ces centres germinatifs donne naissance à de nombreux leucocytes jeunes ou lymphocytes qui grossissent, se transforment en leucocytes mononucléaires adultes, passent dans la lymphe, et avec elle se déversent dans le sang.
(1) F. Bezançon et M. Labbé. — Anatomie et physiologie des ganglions lymphatiques {Soc. anatomique, 27 mai 1898).
2** La moelle osseuse^ où naissent les leucocytes polynucléaires granuleux (1). Ceux-ci se forment, suivant Dominici (2), aux dépens de lymphocytes qui se transforment en leucocytes mononucléaires à protoplasma basophile ; puis le protoplasma de ces leucocytes s'infiltre de granulations neutrophiles ou de granulations acidopbiles, leur noyau se divise, et ainsi se constituent les leucocytes polynucléaires à granulations neutrophiles et à granulations éosinophiles (fig. 8). Dans les conditions physiologiques, ce n'est que quand la cellule est achevée, qu'elle quitte la moelle osseuse pour émigrer dans le sang (3).
Cette schématisation est trop absolue. Les recherches de Dominici (4) et celles de F. Bezançon et M. Labbé (5) ont montré que le tissu lymphoïde pouvait donner naiss^ce à quelques éléments du tissu myéloïde, et que le tissu myéloïde lui-même contenait des éléments lymphoïdes.
(1) Roger et JosuÉ. — La moelle osseuse à l'état normal et dans les infections (L'Œuvre médico-chirurgical).
(2) Dominici. — Des éléments basophiles de la moelle osseuse [Soc. de biologie, ^^ juillet 1899).
(3) Les recherches de Letulle et Natta x-Larrier [Soc. de biologie, 31 mai 1902) ont montré que le thymus devait être aussi considéré comme un organe myéloïde.
(4) Dominici. — Sur le plan de structure du système hémaiopoïélique des mammifères [Arch. de médecine expérimentale, juillet 1901).
(5) F. Bezançon et M. Labbk. — Loco citato.
Il y a même, chez l'adulte, une intrication des deux espèces de tissus habituellement peu perceptible, mais que certaines conditions peuvent rendre apparente. Cette intrication est un reliquat, un souvenir de l'état embryonnaire. Suivons enelTct les transformations de l'hématopoïèse aux différents âges. Chez les fœtus et chez les très jeunes animaux où la spécialisation n'est pas encore faite, la genèse des cellules du sang et de la lymphe se fait un peu dans tous les organes ; les leucocytes polynucléaires granuleux et les hématies nucléées, éléments du tissu myéloïde, naissent à côté des leucocytes mononucléaires non granuleux, éléments du tissu lymphoïde.
Quand l'individu vieillit, ses organes se spécialisent progressivement pour remplir un rôle déterminé. Le foie cesse de former du sang. La genèse des cellules sanguines et lymphatiques se résume dans les organes hématopoïéliques (ganglions, rate, moelle osseuse). Ceux-ci môme se spécialisent encore et se subdivisent, ainsi que Ta démontré Ehrlich, en deux groupes :
1° Lesffangh'ons et la rate, où le tissu lymphoïde représenté par les follicules clos avec leurs centres germinatifs persiste, tandis que le tissu myéloïde régresse et disparaît presque complètement.
2° La moelle osseuse, d'où le tissu lymphoïde disparait pour ne plus laisser que le tissu myé-
loïde constitué par : les leucocytes mononucléaires granuleux, stades élémentaires des leucocytes polynucléaires adultes ; les hématies nucléées, stades élémentaires des hématies adultes, et les cellules à noyau bourgeonnant.
Cependant il reste encore des traces de tissu myéloïde dans les organes lymphoïdes ; du tissu lymphoïde dans la moelle des os. Ces traces, invisibles à Tétat normal, peuvent redevenir apparentes dans certaines conditions déterminées : les saignées répétées produisent une reviviscence du tissu myéloïde au sein des organes lymphoïdes, en particulier dans la rate (Dominici); la variole et quelques autres infections réveillent des fonctions myéloïdes endormies de la rate (Dominici, Bezançon et Labbé), des ganglions lymphatiques (Roger et Weil), et Ton voit apparaître dans ces organes des myélocytes granuleux et des hématies nucléées. Le foie lui-même peut reprendre les fonctions hématopoïétiques, ainsi que Dominici et Nattan-Larrier Font observé dans un cas de tuberculose viscérale avec purpura infectieux.
Mais ce réveil d'une fonction endormie peut dépasser le but.
Dans la leucémie, il ne s'agit plus seulement de réapparition d'un tissu en régression et d'intrication des tissus lymphoïde et myéloïde, comme aux premiers jours de Texistence. La prolifération
de l'un des deux tissus est tellement intense qu'elle I a étouffé complètement l'autre et envahi tous les I Gitanes liématopoïétiques.
Dans la leucémie lymphogène, le tissu lym-sj phoïde a subi une hypergenèse considérable eaJ tous les points où il existe normalement; il l reparu au niveau du foie et fait disparaître leJ tissu myéloïde de la moelle des os môme Dans la leucémie myélogène, c'est au contraire l tissu myéloïde qui a proliféré au sein des organes I lymphoïdes et y a étouffé les éléments ordinairei de ce tissu. Il y a désorientation complète.
L'opinion qui atlribue la genèse des polynucl<5aires au tissu myéloïde seul est aussi trop exclusive. La transformation des mononucléaires en polynucléaires paraît aussi se faire, ainsi que J Ouskow l'avait admis en 1890, dans le sang de la \ circulation générale. LiJwitt, Biondi, Metchnikoff, etc., sont de cet avis. Everard , Massart et Demoor (1) ont figuré tous les termes de passage observés dans le sang entre le mononucléaire et ' le polynucléaire. Ehrlich admet la transformation I dans le sang du grand mononucléaire à noyau 1 incurvé pourvu de granulations rares, qui con- I slilue la forme de transition, en leucocyte polynucléaire k granulations neulrophiles ; mais, pour J
(I) EvGiiAHU, Maesaht el DsMaoB. — Annales de l'Institut Pot-] teur, 1883, p. 163.
lui, ce leucocyte mononucléaire représente une forme spéciale dérivant de la moelle des os, de sorte qu'en définitive tout leucocyte polynucléaire a sa souche dans le tissu myéloïde. Dominici a admis aussi plus récemment que le polynucléaire à granulations neutrophiles pouvait se faire aux dépens des lymphocytes, par incurvation du noyau, augmentation du protoplasma et apparition de granulations, sans passer par le stade de myélocyte (1).
J'ai déjà suffisamment insisté sur le mode de formation du sérum sanguin au moyen des échanges osmotiques avec les tissus, et aux dépens des ferments des leucocytes qui se détruisent, pour n'y plus revenir ici.
Pour conclure cette étude sur la formation du sang et caractériser son processus génétique, on peut dire que le sang est une sorte de sécrétion des organes hématopoïé tiques. Ce qui distingue cette sécrétion des sécrétions glandulaires que nous sommes habitués à considérer dans l'économie, c'est qu'ici l'appareil sécrétant est extrêmement diffus.
Il me paraît plus juste de considérer le sang comme une sécrétion, que de lui donner le nom de tissu. En effet, l'étude physiologique et patho-
(l)DoMiNici. — Les origines du polynucléaire du sang (Soc, de biologie^ 19 octobre 1901).
logii^ue montre que le sang, coasidéré à part desJ organes h émalopoïé tiques, n'a pas d'individualité. ■ Le vrai tissu sanguin, ce sont les organes héma- ] topoïé tiques.
Pas plus que le suc gastrique, la bile ou la sérosité pleurale, le sang ne constitue un tissu. Pas plus que ces sécrétions, il n'est susceptible d'Ctre atteint lui-même d'une aiïection. Ainsi la leucémie n'est pas, comme on l'a dit, le cancer 1 du sang : elle serait plutôt une espèce de cancer d organes h ématopoïé tiques.
De môme qu'il n'y a pas d'aiïectîons du suc gastrique, de la bile ou do la sérosité pleurale, mais des affeclions de l'estomac, de la vésicule biliaire ou de la plèvre, de mCmc il n'y a pas Je processus pathologique propre au sang ; il n'y a que des affections ou des maladies portant sur les organes hématopoïé tiques et amenant la formation d'un sang anormal.
Donc le sang ne doit jamais ôtre considéré J indépendamment des organes hématopoïétiques, et ] toute altération do ce liquide doit l'aire aussitôt | penser à une altération des tissus qui le sécrètent.
Le sang se détruit un peu partout dans l'orga--; nisme.
Les GLOBULES RocoES extravasés deviennent de j
véritables corps étrangers qui ne rentrent plus dans la circulation, et sont détruits progressivement par les phagocytes : Toxyliémoglobine subit une série de transformations qui aboutissent à rhématine, au pigment ocre, etc.
Les hématies vieillies ou malades meurent rare-
c de
Fig. 9. — Phagocytose à l'intérieur des ganglions lymphatiques.
a, Phagocyte entouré de globules rouges ; ô, phagocyte ayant absorbé les globules rouges ; c, d, destruction de globules rouges et blancs à l'intérieur d'un phagocyte; e, phagocyte renfermant des débris cellulaires.
ment dans le sang de la circulation générale. Elles se détruisent généralement dans les organes, et en particulier dans les organes hématopoïétiques : cette destruction se fait surtout dans la rate, puis dans les ganglions, la moelle osseuse, le foie, etc. Les leucocytes phagocytaires, abondants dans les organes hématopoïétiques, absorbent les hématies,
Marcel Labbé. — Le Sang. 6
digèrent leur stroma et transforment l'hémoglobine en pigment ocre : nous avons pu suivre facilement les divers stades de ces modifications dans la rate et les ganglions (fig. 9).
On y voit des macrophages, entourés d'abord de globules rouges, les englober dans leur protoplasma et les digérer : l'hématie perd peu à peu son hémoglobine, son stroma devient incolore, puis se détruit, et bientôt il ne reste plus qu'un macrophage bourré de granulations protoplasmiques informes et de pigment ocre. Nous avons interprété ces aspects dans le sens de la destruction hématique, parce que nous les voyions toujours coïncider avec d'autres processus de destruction cellulaire et bactérienne ; ce sont les mêmes aspects que certains auteurs ont considérés au contraire comme représentant une néoproduction de globules rouges, et sur lesquels ils se sont basés pour admettre la genèse des hématies dans le ganglion lymphatique et dans la rate à l'état normal.
Le fer, mis en liberté à l'état de pigment ocre, et sans doute aussi de combinaisons organiques, est repris par les globules Jeunes qui l'assimilent et l'utilisent pour la fabrication de l'hémoglobine; de sorte que la genèse des nouveaux globules se fait à côté et aux dépens des globules anciens.
La destruction du sang ne se fait pas de la môme façon dans le foie. Tandis que la rate et les
organes lymphoïdes président à la destruction des hématies et à la mise en liberté de l'hémoglobine, dont une partie seulement se transforme en pigment ocre, le foie n'a qu'une faible action sur les globules entiers et a surtout pour rôle de transformer l'hémoglobine en pigment biliaire. Les expériences de Pugliese et Puzzati mettent bien en relief le rôle différent et l'accouplement nécessaire du foie et de la rate pour la destruction et la transformation du sang : chez les chiens splénectomisés, la pyrodine, poison fortement déglobulisant, ne provoque ni hémoglobinurie, ni urobilinurie, comme elle le faisait chez les chiens normaux; en outre, les chiens splénectomisés produisent alors une bile beaucoup moins riche en pigments biliaires que les chiens porteurs de leur rate, mais l'élimination des pigments biliaires dure plus longtemps. C'est que la rate, à l'état normal, détruit le sang et met en liberté l'hémoglobine, que la veine porte amène au foie pour y servir à la fabrication de la bile. Lorsque la rate est enlevée, le sang se détruit dans les autres organes hématopoïé tiques, qui transmettent plus indirectement et plus lentement que la rate leur hémoglobine au foie.
La destruction des hématies, continue etmodérée à l'état physiologique, s'accentue dans les états pathologiques ; elle devient considérable dans les
empoisonnements par des substances toxiques \ pour le sang, comme l'hydrogène arsénit? ; alors de -j grandes quantités de pigment ocre s'accumulent 1 dans les organes hématopoiétïques et surtoutdans j la rate, qui représente une véritable tumeur h spo- ■] dogène " (ïtcoSo;, scorie). Si le processus de destruc- J tion sanguine est intense, généralisé et persistant, tous les organes, à des degrés divers, s'infiltrent d pigment ocre, et il en résulte un état particulier que Recklinghausen a désigné sous le nom d'hémochromatose et dont le diabète bronzé n'est qu'une variété.
L'hémoglobine n'est pas seulement transformée en pigment ocre dans les organes hématopoïétiques, en pigment biliaire dans le foie; au contact des autres cellules de l'organisme, elle donne naissance à d'autres variétés de pigment ; de sorte que tous les pigments de l'organisme dérivent en réalité du sang.
Les r.LOBDLEs DL4NCS meureut de diverses façons :
i" Dans les foyers inflammatoires, ils sont transformés en globules du pus, en cellules épithélioïdes, en cellules géantes, etc. ; ils subissent les dégénérescences vitreuse, granulo-graisseuse, amyloïde, easéeuse, etc.
2° A l'état physiologique, les leucocytes vieillis sont détruits peu à peu.
Dans lo sang de la circulation générale, on
trouve toujours des formes dégénérées, à protoplasma déchiqueté ou éclaté, à granulations éparpillées, des cellules privées de noyaux, ou des noyaux dépourvus de protoplasma. Ces formes, peu nombreuses à Tétat de santé (1 à 2 p. 100 du nombre total des leucocytes), le deviennent beaucoup plus à l'état de maladie. Gumprecht a étudié ce mode de dégénérescence dans la leucémie : la membrane nucléaire meurt, le contenu du noyau se mêle au protoplasma, et le leucocyte forme une masse homogène qui se gonfle, se vacuolise et se dissout (1).
Les leucocytes dégénérés sont englobés par les cellules douées de propriétés phagocytaires qui en débarrassent la circulation. On voit par exemple, après l'inoculation de bactéridie charbonneuse dans le sang, les leucocytes polynucléaires qui ont absorbé les bactéridies être eux-mêmes englobés par les cellules endothéliales des capillaires du foie (2).
Mais c'est surtout aux organes hématopoïétiques qu'est dévolue cette fonction ; on voit dans les ganglions lymphatiques, dans la rate, de gros phagocytes qui ont absorbé des leucocytes et des hématies altérés, des microbes, etc., et qui les digèrent et les transforment en de petits corps
(1) Gumprecht. — Deut. Arch. f. klin, Med., 1896.
(2) Werigo.'— Annales de V Institut Pa5/eM?\ janvier 1894.
réfringents, fortement teintés par les couleurs basiques [tingible K'ùrper de Flemming). Ces résidus de la digestion protoplasmique servent peut-être à la régénération des nouveaux leucocytes.
En se détruisant, les leucocytes mettent en liberté dans le plasma les ferments qu'ils contenaient. Ces substances existent toujours en faibt^J proportion dans le plasma normal à cause de \sM destruction continuelle des leucocytes, mais on ' conçoit que leur quantité augmente considérablement dans les cas pathologiques.
La mort du plasma sa>guin est marquée par la précipitation de la fibrine qui résulte de l'action sur la matière fibrinogène de la plasmase. Celte précipitation ne paraît se faire qu'à l'cSlat pathologique, lorsqu'une irritation locale détermine la mise en œuvre des divers procédés de défense organique. La librine elle-même est à son tour digérée et détruite par les leucocytes, qui sécrètent un ferment fibrinolytique capable de dissoudre lai fibrine el d'en faciliter Tabsorption.
Quant aux sels du plasma, ils ne se détruisent pas comme les éléments vivants ; ils ne s'usent pas, mais ils se combinent entre eux, subissent des échanges avec ceux des tissus, et sont élimt-- ; nés par les urines et les diverses sécrétions.
Dans ce rapide exposd des faits, j'ai cherché à montrer comment le sang naissait et comment il mourait. Il est intéressant de remarquer que les phénomènes qui président à la naissance et à la mort du sang se passent au sein des mêmes tissus, que les organes hématopoïétiques (de a'.[/.a, sang et ttoit^g'.;, fabrication) sont en môme temps des organes hématolytiqiœs (de a'.[;,a, sang et Xuji;, destruction).
Les produits de destruction mis en liberté par la mort des globules du sang sont assimilés et remaniés par les tissus, servent à la nutrition des globules jeunes et à la reformation du sang.
Ainsi les énergies vitales passent des uns aux autres, sans se perdre. En d'autres termes, nous assistons, en ce point de l'organisme, au phénomène qui se produit dans toute la nature et qui de la mort fait sortir la vie.
Malheureusement, les études anatomiques ne nous donnent pas de renseignements précis sur l'intensité et la rapidité des processus de destruction et de rénovation sanguines. En examinant Jes
organes hématopo'ietiques, nous saisissons bien les diFférentes étapes par lesquelles passe un globule rouge ou un globule blanc pour arriver à l'état adulte, mais nous n'avons pas d'idée sur la ' rapidité avec laquelle sont parcourues ces étapes; nous pouvons constater l'abondance plus ou moins grande des karyokinèses ou des divisions directes qui nous indiquent les néoproductions cellulaires, mais nous ne savons pas en combien de temps ■[ elles s'elTectueni. Enfin nous ne possédons aucune notion sur la durée de l'existence d'un globule rouge ou d'un globule blanc, sur la rapidité et l'abondance de leur destruction.
C'est que précisément la rapidité des phénomènes de destruction et de réparation sanguines en rendent l'observation très délicate. Ehrlich(l}a montré que les altérations hématiques provoquées par les toxiques du sang, -comme la loluylènediamine, sont souvent très difficiles à apercevoir: le sang se débarrasse avec une extrême rapidité des produits de la globulolyse, et quand, averti par l'hénioglobinurie, on vient à examiner le sang, souvent il est déjà trop tard : l'hémoglobinémie a disparu, le sang s'est en partie réparé, et l'intoxication ne se traduit plus que par une légère anémie.
|1) LmHL-s. — Alt ujid T/ierapie du Nutliuujjel.
jii Sfiecïelle l'ut/ioloifie
DESTRUCTION ET ItÉKOVS.TI0N SANGUINES. 89
Un certain nombre d'observations et d'expériences mettent bien en relief l'activité fonctionnelle considérable des organes héraatopoïétiques. 1° Les leucocyloses expérimentales prevoquées par l'injeclion de nucléines se produisent avec une grande rapidité, sont souvent considérables et indiquent une hypergenèse très intense des leucocytes.
11 en est deraêmepourles leucocyloses observées dans les maladies. Au début de la pneumonie, par exemple, nous voyons, en même temps que la fièvre s'allume, dès le stade de frisson, le nombre des leucocytes s'élever pour atteindre en quelques heures un chiffre qui est souvent trois ou quatre fois plus élevé que le chiffre normal. De 6 000, il s'élève à 18 000 ou 24 000: sous l'influence du processus morbide, il s'est fait une multiplication énorme et subite des leucocytes.
Par contre, au moment de la défervescence, en môme temps que la chute brusque de la température, il se fait une diminution considérable du nombre des leucocytes, qui reviennent à la normale en moins de vingt-quatre heures.
Un très grand nombre de leucocytes ont donc été détruits dans ce laps de temps très court. La formule leucocytaire d'ailleurs a changé ; ce ne sont plus les mêmes variétés leucocytaires qu'on observe à ce momeat : tandis qu'à la période
DESTRUCTION ET RÉNOVATION SANGUmES.
d'état il y avait une polynucléose excessive (80 à 90 p. 100), Ji la convalescence, l'équilibre leucocytaire est redevenu normal; il y a môrae parfois une mononucléose relative, et surtout une apparition de leucocytes éosinophiles, qui, dans certaines maladies, comme la scarlatine, se montrent en très grand nombre. En même temps que la destruction des polynucléaires, il y a donc bypergenèse de certaines formes leucocytaires. Rien ne prouve mieux Tactivité de la formation et de la destruction concomitantes du sang dans les organes hématopoïéliques.
2° Les observations qui ont été faites le 21 novembre 1901, au cours d'ascensions aérostaliques, nous montrent de même la rapidité avec laquelle se produit l'hypergenèse des globules rouges et de l'hémoglobine. En deux heures et demie, sous l'influence d'une ascension à i4rj0 mètres, JoUy a vu le chifl're des hématies s'élever de 4 760 000 à 3 330000; Jolly (1), Ueymond ont vu l'oxyhémoglobine augmenter dans des proportions analogues (2).
Des modifications aussi intenses ne peuvent li£tre attribuées ni au travail effectué, ni àl'évapo-
. (1) J. JoLLï. — Examens hiatuloBîqufis du aany au fiuurs d'unu <D en bollun (Soc. de iiologie, 30 novembre iSDl). S) HÉNOCQUE. — Étude de l'aclivild do la riiducUon de l'osyhéubino dans les nscensiuna on ballon [Soc. de biologie, ivombi'c lyoi),
ration ; elles indiquent une genèse extrêmement rapide du sang, en rapport avec les besoins nouveaux de l'organisme plongé dans une atmosphère où l'oxygène est raréfié. En effet, les divers moyens d'observation (étude des échanges respiratoires, étude de l'activité de la réduction de l'hémoglobine dans les tissus suivant la méthode de notre Maître, M. Hénocque) prouvant que tous les échanges organiques sont excités, augmentés sous l'influence de l'altitude, et que l'intensité de l'hématopoïèse n'est qu'un des termes de l'activité des échanges nutritifs.
D'ailleurs, la destruction des globules et de l'hémoglobine se fait avec la même rapidité que leur production, puisque, lorsque les aérpnautes sont redescendus, leur sang a repris exactement la même composition qu'avant l'ascension.
3° Les expériences de Achard et Lœper, que nous avons exposées plus haut, montrent aussi la rapidité avec laquelle le sérum se débarrasse des substances étrangères qu'on y a introduites, pour revenir à l'équilibre de sa composition physiologique.
4'' Mais rien n'est plus frappant que la facilité avec laquelle le sang répare ses pertes après la saignée ou après une hémorragie abondante ; la soustraction de sang par la saignée, loin de produire de l'anémie, paraît au contraire exciter fortement le processus
ya DESTRUCTION ET RÉNOVATION SANGUINES.
sanguiformateur. Il faut admettre une néoformation extrêmement rapide pour comprendre comment l'organisme des liémorroïdaires a pu supporter une perte d'une demi-livre de sang par jour pendant plusieurs mois [Ferdinand), une perte quotidienne de deux livres de sang pendant quarante-cinq jours (Montanus). Même si l'on n'accepte pas sans réserves les chiffres extrêmes cités par les classiques (perte de sang hémorroïdaire de 20 litres en un jour, suivant Hoffmann?), on reste cependant étonné par l'abondance des hémorragies auxquelles un homme sain peut résister, ce qui implique une rénovation sanguine extrêmement intense, presque égale à la destruction.
L'expérimentation prouve aussi l'activité de l'hématopoïèsc.
L'expérience classique de Tolmatschef (!) montre que, sans diminuer la richesse du sang, on peut, dans l'espace d'environ soixante jours, soustraire à un chien, par des saignées successives, une quantité de sang h peu près égale à la masse totale du sang que l'animal possédait au début de TexpérieDce.
La réparation commence pendant la saignée J même. C'est la partie liquide du sang qui se
(I) ToiMATsCHEF. — lloppe Seyler's med. chem. UntersucA. *Tuljmgpii,l8Ce-70.
reproduit le plus vite; il en résulte une diminution de la richesse globulaire et hémoglobinique du sang, qui se manifeste déjà au cours de la saigntSe'; au bout d'une demi-heure, le sang a repris complètement le volume total qu'il avait auparavant (1). La régénération des globules se l'ait ensuite très rapidement et est terminée avani celle de l'hémoglobine (2).
De ce que, à l'état physiologique, le sang possède un équilibre de composition, il ne faudrait pas conclure que sa composition est immuable et qu'il est toujours formé des mêmes éléments en circulation dans les vaisseaux ; ce qui paraît être la continuité d'un état n'est que le résultat d'une série de désintégrations et de réparations incessantes, si rapides qu'elles passent inaperçues et si bien réglées par le mécanisme physiologique que l'équilibre reste le même.
Le sang n'est pas seulement en mouvement clans les vaisseaux; il présente des échanges continuels avec les tissus, il est en état de réaction perpétuelle contre les causes qui tendent à l'offenser ou à le détruire. S'il reste composé des mêmes cellules dans les mCmes proportions, c'est qu'il reçoit des organes hématopoïétiques assez de cellules pour remplacer celles qu'il a perdues
(1) Orro. - PpugerS Avchiv. Bd XXXVI, S. H8, 1883.
(I) VieBOMT. — Àrvh.f.physiol. Heilkunde, !8Bé, Bd XIII. 8. SBD.
dans sa lutte contre les agents morbides, et s'il parait aseptique, c'est qu'il se débarrasse rapidement des microbes qui l'envahissent, car nous savons que le passage des microbes dans le se produit même à l'étal physiologique, au moment de la digestion tout au moins.
De ces actions et réactions continuelles qui constituent la vie du sang, résulte son état d'équilibre physiologique.
Qu'une défaillance passagère se produise dans le saug ou les organes liémalopoïétiques, les agents olfensants vont pouvoir prendre le dessus, et il en résultera nue rupture de l'équilibre physiologique, ce qu'on nomme improprement une » maladie » du sang.
Enfin, quand le sang a perdu la propriété de se renouveler et de se défendre contre les germes envahisseurs, il est véritablement mort.
Par ce court aperçu de la naissance, de la vie, des maladies ot de la mort du sang, on peut juger combien son activité est incessante et considérable. On voit la place importante du sang dans le mouvement entier de l'organisme, dont il résume et synthétise les actes essentiels ; il est comme le raccourci, le schéma naturel de la vie.
Entré dans cette voie, on est certain de ne pas perdre sa peine et d'arriver à des résultats pratiquement et scientifiquement utiles, en étudiant
par des méthodes appropriées les qualités biologiques du sang, les énergies qu'il recèle, puisque, aussi bien, c'est de la somme des énergies accumulées dans l'organisme et véhiculées par le sang que dépendent la valeur physiologique de l'individu vivant et la force de résistance qu'il peut opposer aux causes de «laladie et de mort.