‹ Le Sang: physiologie généraleChapitre 4 sur 18 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

OÙ je mets en relief tout Tintérêt que présente cette étude, tant au point de vue spéculatif de la Médecine générale, qu'au point de vue pratique du diagnostic et du pronostic des maladies.

C'était d'ailleurs le but que je devais me proposer dans les deux leçons-programme que j'ai professées à la clinique médicale de Thôpital Laënnec, sous la direction du professeur Landouzy,. au début d'un cours d'hématoscopie clinique.

Ce livre reproduisant, mutatis mutandiSy les notions exposées dans ces leçons, il me semble que rien ne guidera mieux le lecteur que de lui en mettre d'abord sous les yeux l'argument :

1® Importance du rôle que joue dans l'organisme le sang, considéré comme intermédiaire des échanges vitaux et comme vecteur des éléments nutritifs.

2** Composition chimique et histologique du sang. Remarquable équilibre physiologique de cette composition. Modifications apportées à cet équilibre par les états pathologiques.

3** Processus qui président à la naissance et à la mort du sang; activité considérable de ces processus.

- ROLE COMPLEXE DU SANG DANS L'ORGANISfAE

Après avoir été orgamciste pendant la plus grande partie du xix' siècle, la Médecine tend aujourd'liuî à devenir de plus en plus humoriste. « Vous ne vous étounerez point, disait le professeur Landouzy dans sa leçon d'ouverture du cours de clinique médicale à l'hôpital LaËnnec, si les doctrines qui mèneront mon enseignement se réclament de l'humorisme et du vitalisme nouveaux. Mieux que tous les autres systèmes, l'humorisme et le vitalisme modernes ne fournissentils pas à la Clinique la révélation de quelques-uns des comment, de quelques-uns des mécanismes et des procédés instrumentaux mis au service de l'économie pour que celle-ci conquière la guérison, l'atténuation, comme l'immunité temporaire ou définitive des maladies '.' »

Les doctrines modernes attribuent à l'état du milieu humoral (sang, lymphe, sérosités) une grande part dans le bon ou le mauvais fonctionnement des organes.

La vie cellulaire est en effet inconcevable sans celle du sang et des humeurs; comme h

rhomme serait impossible sans l'atmosphère qui l'entoure et sans les éléments dont il tire les matériaux nécessaires à son entretien et à son développement.

Les éléments anatomiques sont plongés dans une sorte de « milieu intérieur » qui établit un lien naturel entre les divers organes et qui explique leur synergie, leur simultanéité de réaction et d'altération.

« C'est par les nerfs et par les vaisseaux, disait Bichat, que TafiFection d'une partie se communique à une autre ; c'est par eux que toutes les parties du corps sont solidaires en santé comme en maladie^ et c'est sur l'action des uns ou des autres que reposera toujours, en dernière analyse, tout système général de pathologie. »

Pour bien comprendre comment le sang établit un lien étroit entre les organes les plus éloignés et fait que la lésion d'une cellule retentit inévitablement sur les autres cellules du corps, il faut se représenter la rapidité de la circulation. En vingtquatre secondes, un globule sanguin ou un corps étranger embolisé a parcouru la grande et la petite circulation; il est revenu à son point de départ, ou bien il a pu se fixer en un point quelconque de l'économie, ou encore s'éliminer. En un espace de temps très court, un foyer microbien a pu disséminer ses microbes et ses toxines dans tout

l'organisme, infecter et intoxiquer tous les tissus. La toxine produite dans un foyer morbide, en môme temps qu'elle agit sur les cellules voisines de ce foyer, imprègne à distance, par l'intermédiaire de la cii'culation, les cellules des organes (iloignés. 11 ne fautque l'espace d'un instant pour produire une infection et une intoxication générales ; de sorte que le trouble local se fait en même temps ressentir en tous les points de l'organisme et que chaque cellulede l'économie est pour ainsi dire unie à la cellule du foyer originel par l'intermédiaire de la circulation sanguine, qui établit une sorte de contact à distance.

GrAce à la vitesse de la circulation, une quantité considérable de sang arrive à traverser les organes dans un court espace de temps. En vingtquatre heures, 20 000 litres de sang traversent le poumon, 130 litres passent à travers les reins. Ainsi un nombre immense de molécules de sang, avec toutes les substances qu'elles véhiculent (aliments, toxines, microbes, etc.), sont offertes aux organes, qui y puisent, avec une sorte d'élection, ce dont ils ont besoin pour leur nutrition ou ce qu'ils sont chargés de détruire.

Bien que la quantité d'urée soit très peu différente dans la veine et dans l'artère rénale, le rein n'en élimine pas moins, chez un adulte, 35 grammes d'urée par jour; c'est que ces 35 grammes

sont pria aux 430 litres de sang qui ont traversé le rein durant ce temps. C'est ainsi qu'un léger excès de glycose dans le sang (3 p. 1000 au lieu de la quantité normale 2 p. 1 000) va fournir aux reins l'occasion d'éliminer en un jour 130 grammes de sucre.

On comprend ainsi combien multipliée peut être l'action d'une petite dose de toxine élaborée incessamment par un foyer palliologique, et que, malgré les moyens de défense dont dispose l'organisme, les cellules puissent Ctre, à cause de ce circiilus continuel, plongées constamment dans un milieu nocif.

Dès qu'un organe est lésé, tous le sont, et fonctionnent anormalement parce que le malfonctionnement du premier retentit sur le milieu humoral, dont la viciation apporte aux autres organes des éléments nuisibles.

Ainsi il ne peut y avoir de réaction qui reste purement locale. Tout foyer morbide, en un point quelconque du corps, produit des modificationsqui se répercutent dans l'économie entière par dilîérenls moyens : synergie fonctionnelle des organes, continuité des organes, connexions nerveuses, et surtout connexions vasculaires qui permettent aux microbes et aux toxines d'être transportées à travers toute l'économie et de se localiser à distance.

Les tissus mêmes qui, comme le cartilage, les

ROLE COMPLETE DU SASG DANS L'ORGANISME. Il

productions épidermiques, la cornée, etc., sont normalement dépourvus de vaisseanx sanguins, n'en sont pas moins sous la dépendance indirecte du sang par l'intermédiaire du plasma interstitiel, qui arrive par imbibilion jusqu'à eux et leur apporte la vie avec les matériaux nutritifs émanés du sang.

D'ailleurs, la privation de vaisseaux rend inférieure la vitalité de ces tissus; leur nutrition est ralentie, ils se défendent mal contre les infections et se réparent difficilement. Suffisante pourtant à l'état physiologique, leur nutrition devient insuffisante quand ils sont le siège d'un processus morbide, et l'on y voit alors apparaître des vaisseaux qui apportent avec le sang des renforts énergiques pour la défense contre l'infection.

Aucune cellule ne peut fonctionner sans les matériaux nourrissants et excitants à la fois que lui apporte le sang. Empêcher l'arrivée du sang dans un organe, c'est abolir sa fonction. Ainsi on paralyse un membre en liant son artère princiïle; lîrown-Séquard, en liant les artères qui se rendent à la IHe d'un chien, a montré le spectacle curieux d'une tête morte sur un corps plein de vie; puis, en permettant de nouveau le cours du sang dans les artères, il a rendu peu à peu la vie à cette tête inanimée.

Ces faits prouvent surabondamment que la vitalité d'un tissu et l'activité d'un organe sont en rapport avec la vascularisation.

Grâce à la généralité des phénomènes d'osmose, les éléments anatomiques sont en rapport intime avec le sang ou avec les humeurs qui en dérivent. Cette variété de lymphe encore imparfaite qui constitue le plasma intercellulaire et qui sert d'intermédiaire aux échanges osmo tiques qui se font continuellement entre le plasma sanguin et les protoplasmas cellulaires, à travers les membranes semi-perméables que représentent les parois des vaisseaux et les enveloppes des cellules, établit un véritable contact entre le sang et les cellules.

C'est par cette voie que se font les échanges cellulaires, que se produisent les phénomènes d'assimilation et de désassimilation dont l'ensemble représente la fonction de nutrition.

« Toutes les fonctions de l'économie animale, avait dit Cuvier, paraissent se réduire à des transformations de fluides, et c'est dans la manière dont ces transformations s'opèrent que gît le véritable secret de cette admirable économie. »

L'importance primordiale du rôle joué par le sang et les humeurs dans l'organisme n'avait pas échappé aux anciens anatomistes. Ils avaient prévu, deviné pour ainsi dire, les fonctions du

sang, transportant la vie à travers l'ëconomie, distribuant l'éucrgie, l'ournissant les aliments aux tissus, formant, suivant le mot de Bordeu, comme une sorte de « chair coulante ».

Mais l'insuffisance des notions chimiques et biologiques ne permettait encore que de soupçonner la généralité des fonctions du sang.

Aujourd'hui, bien que beaucoup de points soient encore obscurs, on a cependant, grâce au perfectionnement des techniques et au développement des sciences biologiques, pu préciser un certain nombre de notions sur la nature des fonctions sanguines.

Par sa circulation continuelle, le sang établit ua rapport, un contact entre les organes les plus éloignés, il apporte à chacun ce qui lui est nécessaire et remporte les matériaux devenus inutiles ou nuisibles. II est la voie de transport des substances nutritives, des ferments, des déchets, des toxiques, des microbes, etc. Il est l'intermédiaire obligé des échanges qui se font entre les tissus, ou entre les tissus et le monde extérieur.

Tout ce qui est introduit par une voie quelconque dans l'économie doit toujours traverser la circulation sanguine, avant de se fixer sur un tissu, et l'on peut dire qu'il n'y a pas un élément constituant de nos organes qui n'ait auparavant passé par le sang.

Considérons, en effet, la nutrition élémenlaire d'une cellule : elle a besoin pour vivre d'oxygène, de matières azotées et hydrocarbonées, et souvent de produits plus complexes, phosphores, iodés, arséniés, ferrugineux, etc., qu'elle digère et transforme de façon à renouveler son protoplasma.

Les matériaux de cette digestion cellulaire sont empruntés au sang; les produits de déchet qui en résultent repassent ensuite dans le sang pour être éliminés par les éraonctoires.

Mais une cellule animale ne se contente pas de puiser dans le plasma les matières nécessaires à son exislence, ce serait vivre en parasite; dans une société cellulaire bien administrée, comme celle que représente l'organisme normal, toute cellule est spécialisée et remplit une fonction de sécrétion interne ou externe qui a son utilité dans l'économie. Tels sont les ferments produits par les glandes digestives et les sécrétions des glandes vasculaires sanguines comme le corps thyroïde, le thymus, la capsule surrénale, le pancréas, etc.

Si nous ajoutons à ces produits de la vie cellulaire les nombreuses substances utiles ou nuisibles, comme les minéraux, les sels, les matières organiques, qui sont absorbées à chaque instant, consciemment ou non, par les voies digestives, par les voies respiratoires, par la peau, par le tissu conjonctif sous-cutané: si nous y ajoutons

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encore les microbes qui, de la surface de la peau et des muqueuses, ont pénétré dans l'organisme, les toxines qu'ils y ont sécrétées, les produits de réaction ou de destruction cellulaire élaborés à leur contact, nous arrivons à concevoir la multitude des substances qui passent dans la circulation sanguine, Tinfinie complexité de la composition du sang et l'intérêt qu'offrent les actes élémentaires de la nutrition envisagés dans le plasma, parce que là se trouve en quelque sorte le résumé de tous les autres actes de ce genre se passant dans les diverses parties du corps (Robin).

Dans le sang s'accumulent toutes les énergies nécessaires à la vie, énergies venant du dehors, énergies nées des combinaisons intra-organiques ; c'est lui qui, par son cours incessant, que règle le système nerveux, répartit ces forces dans l'économie, au prorata des besoins de chaque portion de l'organisme.

Ce rapide aperçu des fonctions du sang suffit à montrer l'intérêt que présente son étude. En passant en revue les fonctions des divers éléments qui le constituent, nous pénétrerons plus avant dans le détail des actes vitaux.

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