SCÈNE PRKMIÉRB
SUZANNE
Tu en aimais un autre?
BERTHE, gaiement.
Oui, un jeune homme fatal, sombre, énergique ?... C'est mon lot, à moi, paraît-il, les hommes éaergiques!... J'avais seize ans et je sortais do pension, lorsque, par un beau soir d'été, nous échangeâmes les serments les plus solennels!... « Si jamais voui en épousez un autre, me dit-il, je le tuerai » !...
SUZANNE
Rien que celai
BERTHE
« Et moi, lui répondis-je simplement, si vous aimez une autre femme, je n'y survivrai pas 1 »
SUZANNE, riant.
Ah ! Ah ? Ah ! c'est charmantl
BERTHE
Est-on bête, mon Dieu, quand on est jeune î
SUZANNE
Tu ne m'as jamais parlé de ce petit romaa I
BERTHE
A quoi bon? Peu de temps après, le pauvre gar- <:on perdait à la fois son père et toute sa fortune; puis il s'embarquait pour l'Amérique:... Nous reçûmes de lui deux lettres, datées de Buenos-Ayres... Et ce fut tout!... Voilà huit ans de cela î Qu'est-il devenu?
SUZANNE, gaiement.
Peut-être rêve-t-il toujours à toi, là-bas, dansless pampas ?
BERTHE
C'est peu probable ! En tous cas...
SUZANNE
Tu ne penses plus à lui?
BERTHE
Non, certes, et depuis longtemps!... Monsieur de Malbois me rend heureuse et, de mon côté, je ne cherche qu'à lui plaire, en toutes choses. Aussi, aije accepté avec joie l'invitation, que tu nous as faite, de venir passer quelques jours auprès de toi, dans ton château de l'Argonne. Je savais que Georges trouverait ici son plaisir favori. Nous ne sommes arrivés que d'hier et, dès ce matin, botté, sanglé, le fusil sur l'épaule, il partait joyeux pour chasser
SUZANNE
En compagnie de mon pacifique soupirant!... C'est à madame de Morange, ma voisine, qu'est venue l'idée rie cette battue, destinée à purger le pays d'un insupportable solitaire, qui s'amuse, chaque nuit, à retourner champs et jardins. Elle a profité, pour cela, de la présence, chez elle, d'une bande de parisiens, dont nous ferons la connaissance ce soir, à dîner.
BERTHE
Gomment... nous allons dîner chez madame de Morange ?