È LA LANGUE C HALDE EN NE
Mon opinion sur l’origine des Chaldéens est la même ({ue sur l’origine des. Assyriens. .*• * En Babylonie, comme en Assyrie, j’admets que la nation aborigène ait été sémitique, comme le langage qu’elle parlait ou l’araméen, mais je reconnais en même temps qu’une peuplade
• indo-européenne portant le nom de Chaldéens , venue Irès-anciennenfent de l’Orient, s’implanta au-dessus des indigènes qu’elle avait conquis et
• subjugués. Cette opinioivsemble avoir été adoptée
récemment par un savant allemand, Boetticher, dans une dissertation intitulée : Horae Aramaicae que je n’ai pu encore me procurer, l’ayant fait envain rechercher à Vienne. ’ . •
• «Les restes de là langue ehaldéènne sont à •vrai dire plus nombreux que ceux de l'assyrienne, l’historien babylonien Bérose ayant conservé beaucoup de noms propres de divinités et de rois, sur l’authenticité desquels on ne peut
1 Journ. Asiatique 1847. II. 158.
élever le moindre doute. Mai 5- comme les livres de Bérose ne sont pas parvenus jusqu ! à nous, en entier et dans leur état primitif, mais seulement en extraits épars çà et là dans les auteurs grecs, il est très-difficile de choisir entre les deux, trois ou quelquefois quatre leçons qui se présentent pour le même nom chez divers auteurs, et entre les différentes étymologies auxquelles ces leçons peuvent se plier.
Mon but étant celui de prouyer qu’on par- .
lait en Ghaldée par les maîtres du pays un langage indo-européen, par l’analyse philologique de quelques mots chaldéens; j’ai cru devoir sacrifier à ce but tout* scientifique, le désir égoïste d’étaler des étymologies dont le résultat ne peut pas être certain. C’est pourquoi, quoique j’aie préparé ces étymologies, je les laisse reposer dans mes cartons, et je ne* présente aux lecteurs que celles qui n’ont laissé dans mon esprit, après de longs examens, le moindre doute sur leur exactitude. *’* „ .* * ?
Presque tous les noms ehaldéess étant com- * posés avec le nom d’on des trois dieux Nabô, Mrodak et Néregal, je partage cette appendice en trois paragraphes, dont chacun expliquera le nom d'une de ces trois divinités, et les noms de personne qui en sont dérivés.
Après quoi, je finirai par l’anal} se de quelques autres mots chaldéens qui ne sont pas de noms propres.
• .■ 133 Nebo Nstj3u Nabb. .
NeJ>o, Nabo ou Nabu est le nom d’un dieu chaldéén. Ni la Bible , ni les auteurs jpecs ne nous apprennent rien de positif au sujet de la place occupée par ce dieu dans le Panthéon chah déen. Pour obtenir quelques renseignements à cet égard il nous faut avoir recours auv livres des Sabiens ou Mandéeus-, autrement appelés chrétiëhs de St. Jean , dont la religion -est un mélaiige de christianisme et de l’ancienne religion chaldéeirae. Voici donc ce que nous apprennent ces livres sur le culte- de Nabo 4 .
Nabo. est toujours environné du. feu qui est son vêtement, il est le plus grand des dieux, et il possède entr’autres titres ceux de docte et de savant. • •
Ce sont probablement ces titres qui ont fait croire qiie Nabo fût le même qu’Hermès ou Mercure.
Nabo comprenait certainement entre ses attributs celui de dieu de la science , mais ce n’était là qu’un "accessoire .de son rôle , et non l’essentiel, comme c’est le cas pour le dieu per- san Ormuzd dont le notn même Mazda signifie le grand savant. Nabo était comme ce dernier, le premier et le plus grand des dieux , le créa-
i Liber Adami ed. Xorberg.
flfl
leur, et en même tems le dieu qui savait tout , l’omniscient.
Cela posé ; tombe l’étymologié proposée pour Nabo par Gésénius 1 qui y voit le mot hébreu Nabi prophète ou - interprète dès dieu? , titre -qui, dit-.il, convient à Hermès ou Mercure.
Selon moi Nabo est formé de la prépositron négative sanscrite na, non, et du mot bha, paraissant ou splendide (Voir ci-dessus p. 32); et il' signifie : non clarus, non apparens , non visus , c’est-à-dire invisible Il'y a en sanscrit un mot presqu identique qui est na*-bhas , de rïâ et de bhâs =ï= bha, qui signifie littéralement non splendide, et par métaphore, nuage, ciel 2 .
.. Le titre d’invisible ne sied-il pas bien au Deus Maxumiis des chaldéens ? — Mais* Nabo a aussi un autre nom .ou adjectif; c’est celui de Samgar, qiii paraît daus le nom- propre du Général chaldéen Samgarnebo, dont la première partie, si la syntaxe de ce nom est sanscri tique, doit être un adjectif relatif à Nabo,* dont le nom séra devenu, comme celui de tant d’autres 'dieux, celui d’nne personne. Samgar me semblé trèslacile à expliquer.
Je le dérive de la préposition sam et de la racine sanscrite grî ou d jri (gâr ou djar) sonum edere* sonare, canere 3 , avec le suffixe a omis
1 Thésaurus. 839.
2 Bopp. Gl* 190. b.
3 Id. ibid 107-8. Westergaard. 74. b.
par les hébreux, et je lui donne le sens de: celui qui parle, ou qui chante.* • .
. Cet adjectif .s’applique très-bien selon moi à Nabo le créarteur. On sait en effet que les peTsans regardaient la création et le monde entier comme la parole sortie d’Ormuzd le créateur.
Or en identifiant , comme je fais, Nabo à Ormuzd -, et le système religieux dès -chaldéens à celui dès persans (ên suivant =en cela le savant mythographe Lajard), ne pourrai-je supposer que la création étant considérée par les chaldéens comme la parole de Nabo, eehri-ci fut appelé par antonomase « celui qui parle r c’est-àdi'ré le créateur ?
«- Nebuchazban , chef des eunuques. Gésénius identifie justement chazban au persan tchespan, adhaerens, assecla \ car ’chaz est analogue, avec la mutation usuelle en zend du dj en z 1 2 à la racine sanscrite sandj ou sadj figere , adhaerere, dont le participe passé sak-ta signifie deditus, addictus 3 * ; et ban est le suffixe sanscrit van *. Le sens de Nebuchazban est donc: serviteur ou adolateur de Nabo.
Nebuzaradan, chef-bourreau. Gésénius identifie zar 5 à l’hébreu sar, prince, et adan à l’bé-
1 Thésaurus 840.
2 Bopp. Vergl. Gram. § 5&
3 Bopp. 365. Westergaard 122. b..
A Bopp. Gram. Sansk. § 575. u. 58.
5 Thésaurus 839.
breu adon, seigneur. Pour moi je vois dans zaradan les deux mots zara et dana , dont l’un est le sanscrit hara, rapiens, ^vec la permutation zende du h en z 1 ; et l'autre dâna abscissor, • du radical dô abscindere, et du suftixe ana,.mot qui Fait partie du nom d’un roi indien appelé Dana pâla dêva 2 . Je traduis en conséquence Nebuzaradana par ravisseur, coupeur, de Nabo, ou comme le dit bien Gésénius, protégé par Nabo ; et ce nom me semble convenir au guerrier que la Bible qualifie Praefectus Carnificum (0*11313 3*1).
Nabunita, dernier roi chaldéen, appelé. par les grecs Nabonnedus, Labynetus, Nabonnidus, Nabonadios. La première forme est tirée de l’nu scription de Darius à Behistun 3 , monument plus . ancien et plus digne de foi que tous les historiens grecs.
•Nita est le sanscrit nîtha dux, conducteur *: qui signifie ici probablement roi ou seigneur, de manière que Nabunita doit se traduire: roi protégé par Nabo.
M. De-Saulcy en oubliant le Nabunita de Behistun vient de proposer pour Nabonnedos une étymologie sémitique. «Nous avons, dit - )) il 5 , les radicaux ma nadà fluxit,il s’est écoulé,
« liberalis fuit, "ÏHJ nahad, eminens, pulcher fuit,
» dont le second me semble devoir être considé- » ré comme le véritable élément du nom de no-
1 Bopp. Vergl. Gram. § 57.
2 Journ. Asiatique 1845. 1. 196.
3 Rawlinsop. pag. V. cln. I. 79. etc.
4 Bopp. Gl. 201.
5 Annales de Philosophie chrétienne. 1849. p. 134.
» tre dernier roi babylonien. Ce nom qui 6igni- * fiait: Nabou est éminent, se prononçait Nabou- )> nahed. » •
Nadios ou Nitaest à lui seul, le nom dnn roi cbaldéen dans le Canon de Ptolémée , où l’on trouve aussi Aparanadios, dans lequel je reçonnaîs le titre nita précédé de l’adjectif para « excellent, ou grand » qui nous’ est- connu’ par le nom assyrien Osnapara (p. 38.).
Nabüqudratchara, roi ehaldéen. Il est appelé dans la Bible Nebucadnetzar et Nebucadret'zar ; cette dernière en est la forme primitive, comme cela est prouvé par le Nabucodrossor de Bérose 1 2 et par le Nabüqudratchara de l’inscription de Behistun, où, ce nom est écrit avec les caractères cunéiformes persans suivants:
ï3cq<îr<T<rîr ^Tîr^v
Le passage de la liquide r en la liquide n explique la forme de Nebucadnetzar. Le- tzar (IX)* de la Bible représente le tchara de 1* inscription de Behistun. M. Rawlinson observe à l’appui de cette substitution que les juifs de la Perse en écrivant le persan en caractères hébraïques emploient fréquemment le X pour la palatale teh 3 .
1 Berosus ed. Richter. Lipsiae 1825. p. 65. n. a- et p. 68
2 Rawl. pl. III. 79 et passim.
3 pag. 95.
La forme primitive du nom que nous devons analyser retrouvée dans Nabuqu (ou : ca)~ dratchara, son explication sera très-facile. Nabo est. le nom du dieu çhaldéen ainsi appelé. Qudra est écrit à Behistun avec ce caractère cunéiforme persan lequel répond selon M. Burnouf au q zend, dérivant dun s sanscrit suivi d’un v (sv). Ce q est très-fréquemment suivi d'un a, et alors il répond étymologiquement à la syllabe s va sanscrite que le persan moderne transcrit par qu l . J’admets en conséquence que le qu . de Qudra et le ca de Cadra remplacent étymologiquement la syllabe sva sanscrite comme en zend et en persan, en supposant que le cbaldéén possédât dans le même temps les deux formes zende et persane pour la syllabe sanscrite sva. Or sva est le proncm personnel de la troisièm e personne, au commencement des composés, et signifie ipse, sûi , sibi, se etc., p. e. dans 6vabhû, per se ipsum existens, existant par lui même, de sva et de bhû, être, exister ((£>iw, fui 2 ) j en conséquence je crois que qudra ou cadra ( qadra ) est un composé dont la première partie, qu , représente sva, et doit signifier: per se ipsum, par lui-même.
La seconde partie de ce composé : dra, est selon moi, le radical sanscrit dbri, en zend dere, contenir , dont elle est probablement la for-
t Burnouf. mémoire sur deux inscriptions cunéiformes ». 65. 173. . c- : . ....
2 Bopp. Gl, 394. a 393.,
me primitive, le ri sanscrit dérivant de la syllabe ra pu ar.
Du radical dhri ou dere viennent , comme l’a montré M. Burnouf , le nom de Darius , qui signifie, comme le dit Hérodote, coercitor, répresseur, et le titre persan darâ, Souverain l . (Cf. le titre : modérateur des modérateurs, porté par les rois d’ Egypte dans les inscriptions hiéroglyphiques, et qui équivaut au roi des rois, des souverains de l’Asie.) Or le Chaldeen dra étant identique au radical sanscrit dhri, je crois qu’il signifie à la fin du composé qu-dra, en recevant le sens de participe présent actif, répresseur, modérateur ou souverain, et que ce composé ait le sens dei celui qui reprime, modeie ou commande , par lui même , c’est-à-dire mot-a-mot : autocrate (Cf. Cyaxare , à Behistun uva-khçhatra 2 , en sanscrit svakchatra. dont le nom correspond au grec ai TOxpxTup, car khehatra roi npxTctp, par la mutation du groupe kheh en xp
et cr en grec et en latin 3 ).
Le mot tchara qui termine plusieurs noms chaldécns, vient de la. racine. sanscrite tchar, ire, incedcre , amhulare , et au causal ambulare facit 4 , plus le suffixe a; et signifie celui qui fait aller, ou conducteur ; et par extension , maître ou seigneur. C’est vrai que tchara a en sanscrit
1 Mëmpire etc. pag. 68.
2 Benfey. 1. c. p. 67.
3 Bopp. Gl. 91. 93.
4 ld ibid. 119. Westergaard 242. b.
le sens de celui qui va 1 , non pas celui de conducteur; mais il a pu posséder -aussi ce dernier sens en assyrien, comme le mot Safitchâraka dux, conducteur, en sanscrit, qui vient de la racine tcliar r précédée de la préposition sam (avec laquelle elle eoriserve le sens d’ incedere) y et suivie du suffixe aka 2 .
Eu résumé Nabuqu (ou: ca) dratchara signifie : conducteur ou seigneur , qui commande . par lui-même, de Nabo, ou protégé par Nabo.
Selon Gésénius 3 cadra serait une transformation du sanscrit et zend khchalra ,* roi ; mais nous ne .voyons jamais dans les différentes transformations. subies par le groupe de lettres sanscrites kheh dans les différentes langues sanscritiques parlées en deçà de l’Indus, que la sifilante disparaisse et la gutturale reste; c’est au contraire la première qui se conserve toujours, tandis que la dernière s’évanouit.
Gésénius voit dans tzar l’hébreu sar, prince, ou le persan sar chef. On dirait qu’il cherchait exprès à se contredire, car le premier de ces mots avait déjà été identifié par lui aux mots assyriens sar et char, et le second aux mots assyriens escr et char. \
Voici üne étymologie sémilique pourNebucadratzar proposée par Simon, si toutefois on peut donner le nom d’étymologie au galimatias suivant.
1 Bopp. Gl. 121.
2 Id. ibid. 364. b.
3 Thésaurus p. 840.
"IXfc* “HU “1133 Nebuk de Nebu avec la formative k qui n’existe pas en hébreu ; adar de l’hébreu eder, splendeur (?); atzar du .persan azar feu, auquel on donne (je ne sais pas sur quelle autorité) le sens de dieu ; et Nebukadratzar forme un composé qui doit signifier: Nebo est un dieu splendide, ce qui est- contraire à la syntaxe sémitique par la position de l’adjectif adar splendide au devant du substantif atzar , dieu. On a fait dériver aussi Nabucadratzara des mots slaves Nebugodnoizar « caelo dignus princeps ».
Risum teneatis amici! Il est possible pourtant, si le czar ou tzar des slaves ne vient du Caesar romain, qu’il soit frère du tchara chaldéen.
Nabopalatchara, pçre de Nabuqudratchara, appelé Nabopolassar par Ptolémée, et Nabopalasar par Flavius, Eusèbe etSyncelle, signifie: conducteur, ou seigneur et roi, protégé par Nabo; car il est formé dù nom du dieu, Nabo, de pala, roi, que nous avons trouvé dans Sardanapale, et de tchara, conducteur ou seigneur, analysé cidessus.
Nabotchara, autre roi chaldéen : conducteur ou seigneur protégé par Nabo, est appelé Nabonassar par. Ptolémée, avec l’épenthèse d’un n inorganique , qui a lieu dans Tiglat pileser , qu’on trouve écrit une fois dans les Paralypomènes (II. 28. 20.) Tilgat pil-n-eser.
•ma Mrodak. - * •
Mrodak, qu'on trouve écrit une fois Bro-dak 1113 avec le changement de l’m en h, était le nom du dieu de la guerre et de la mort chez les ehaldéens, comme cela résulte de l'étymologie de son nom découverte par Bohlen t . Il fait dériver Mrodak de mrod ou mord, égal au. sanscrit marta , mort ou mortel , en persan et en grec mard,eti3j09TOs (pour* ^u/îoto s*) homme; et d’ak, forme primitive du radical sanscrit aç, manger; il le traduit: mangeur d’hommes; titTe qui, chacun le voit, ne peut convenir qu’au dieu de la mort et de la guerre.
Evil mrodak, nom du fils de Nabuqudratcliara, dans la Bible, est- formé de Mrodak précédé de l’adjectif evil, ou ahila selon la forme de ce nom dans Flavius. Ahila est selon moi le sanscrit âbhîla, terrible 1 2 . Abilamrodak signifie donc : le terrible Mrodâk ; et a dû cire avant de devenir le nom d’un roi, un des titres ou noms de ce dieu.
• Mesesemordàk. C’est un autre nom de Mrodak porté par un roi chaldéen ,. que l’on trouve daus Ptolémée. Mcsese peut dériver du radical.
1 Gesenii, Tliesauru*. p. 9 13*.
SLBopp. Ql, 3£„ *
«inscrit macîi ferire , occidere , hiedêre , à. l’aide du suffixe icha 1 , et être traduit par tueur ou guerrier. Maehicha Mrodak signifierait alors : le tueur ou le guerrier Mrodak.
Mrodak Baladan, nom d’un roi chaldéen dans la Bible. Baladan est un composé possessif de bala, force, et de dhana, richesse, lequel signifie : roboremet divitias habens. Le nom entier signifie: le fort et le riche protégé par' Mrodak.
Selon Gésénius Baladan vient de bal , le sémitique baal dieu, et de l’hébreu adon, seigneur dieu.
Mardokempad, nom d’un roi chaldéen dans Ptolémée, que l’on a identifié erronément au précédent, par une simple ressemblance de son qui passe entre les deux noms , qui ont pourtant une différente étymologie . Car Mardokempad vient selon moi de Mardok corruption grecque de Mrodak, suivi d’un m euphonique placé entre le k et le p. de pad; mot que j’identifie à la racine' sanscrite des Vêdas, pat, pot-entem esse, dominari 2 , dont le t final s’est affaibli en d, comme cela a lieu fréquemment en persan, et qui reçoit, à la fin du composé Mardokempad, le sens du participe présent, potens vel dominans. Mardokempad ou Mrodak-pad signifie -donc : le roi protégé par Mrodak.
1 Id. iLid. 260 -b. Gram. Sansk. § 575. n. 26.
2 Bopp. Gl. 206 f .
*?jn: Néregal.
Déité chaldéenne qui ne diffère point de Mrodak , ainsi que le démontre son étymologie donnée par JBohlen 1 . Il le dérive du sanscrit nri et zend nere (en grec avtp ) homme, et du radical, également sanscrit et zend, gar, avaler, dévorer, qui a . dû être primitivement gai, com- ‘ me c’est prouvé par ses dérivés, gala , col , en sanscrit, collum et gula en latin, hais et kehle . en allemand 2 . Eu conséquence Néregal signifie, comme Mrodak : celui qui dévore les . hommes . Je trouve dans le célèbre hymne à Homa du Zend-Avesta le mot nérégal, dans l’accusatif singulier nérégarem que M. Burnouf traduit précisément par : celui qui dévore les hommes 3 .
Néregaltchara, nom d’un roi ehaldéen qu’ Eusèbe et Syncelle* appellent exactement Neriglisar, Neriglasar, Niriglesar et Nireglesar.- Flavius et Ptolémée l’appellent fautivement-, l’un Niglisar et l’autre Nericasolassar. Tchara, signifie, avons-nous dit: conducteur ou seigneur ; Neregaltchara signifiera donc : le conducteur ou lé seigneur, protégé par Néregal.
Néregal charètzer , nom d’un officier à la
1 Gesen. Thés. 913.
2 Bopp. Gl. *02. 103. 107.
3 Journal Asiatique 1845. 1. 269. •
cour chaldéenne, dans la Bible, que l’on a identifié erronément avec le précédant, dont il diffère par la finale etzer. Charetzer est aussi le nom d’un prince assyrien que j’ai déjà expliqué, et auquel j’ai donné le sens d’archer. Néregal charetzer signifie donc selon moi : l’archer protégé par Néregal.
On sait qu’il y avait à Babylone une déité qui portait le nom de Bel , mot qu on dit être le même que le Baal des Phéniciens et d’autres peuples sémitiques. Je ne vois rien dans ce fait ■qui puisse contredire à mon opinion sur l’origine des conquérants de la Babylonie ou des Chaldéens; car en admettant, comme je le fais, que les indigènes de ce pays étaient des sémites et qu’ils parlaient une langue sémitique, rien n’est si naturel que de trouver chez eux une déité dont le nom appartenait à cette langue , nom donné par d’autres sémites à leur dieu principal. 11 est possible aussi que ce nom servît à former d’autres noms de personne, comme ceux des dieus ehaldéens Nabo, Mrodak et Néregal.
Il y a dans la Bible quelques-uns de ces noms.
Ce sont Beltechatzar, surnom de Daniel, et Belchatzar nom d’un roi chaldéen, dont la dernière partie est le chaldéen tchara conducteur. C’est difficile d’établir si les autres parties de ces . noms, techa et cha, sont sanscritiques ou sémitiques: car c’est également possible que le Dieu des sémites Bel ait été adoré aussi par les chah
déens qui en auront formé - des noms dans - leur langage sanscrit ique ; et que les sémites aient terminé quelques-uns de leurs noms propres par le titre tchara pris à la langue des chaldéens.
C’est pourquoi je m’abstiens de rien proposer relativement à l’étymologie de ces noms.
Je joins aux noms de personne chaldeens formés avec ceux d’une déité, d’autres qu on trouve dans la Bible, et qui ne sont formés avec le nom d’aucune déité.
Ce sont ceux d’Aclipenaz , Arjok , Chechbatzar.
‘ Achpenaz (TJSî^&î Daniel I. 3*) yiont selon, moi du mot zend acpa, cheval, qui répond au sanscrit aeva id., et du sanscrit nas (pour nasa) nez, qui paraît à la fin des composés 1 . C’est un composé possessif signifiant : celui qui a un nez de cheval.
Aryoil Dan. II. i 4.), que Gésénius
dérive de l’hébreu .ari, lion , me semble être le mot sanscrit arja,. venerandus, nobilis, generosus 2 (qui est le nom de la race sanscritique de l’Inde et de la Perse) , plus le suffixe ka qiii s’unit quelquefois à des adjectifs ou substantifs sans en changer là signification.
Chechbatzar Esdras V. 1 4.) vient
de chechba et de tchara. Chechba dérive proprobablement du radical sanscrit evi crescere ,
1 Burnouf . Joum. des Savants • 1833. p. 426. Bopp. Gl. 192.
2 Id. ibid. 33.
qui avec réduplication de la syllabe initiale forme l’adjectif çûçuva, qui crescit , turgklus , magnus , auquel notre chechba est identique , sauf la mutation du v.enb i . Chechbatzar a donc le sens de : conducteur ou seigneur grand.
Je vais analyser maintenant quelques sub- • stantifs cbaldéens heureusement arrivés jusqu’à nous.
Sakùa. Bérose parle d’une fête qui se célébrait à Babylone pendant trois jours , et qùi ressemblait fort aux saturnales des Bomains, .car tant qu’elle durait, les maîtres obéissaient aux serviteurs, lesquels se paraient à leur tour dés riches habits de leurs maîtres. Le nom de cette fête était celui de rrxyu'ct Sakéa 2 , qu’on a voulu dériver du verbe araméen cheka potayit, pour lui donner le sens- de: jour où l’on boit beaucoup , c’est-à-dire , jour de fête. Mais ce sens me semble être trop vague , et en l’admettant , le nom de Sakéa pourrait s’appliquer indifféremment à toute fête, tandis qu’il est évident que Bérose donne ce mot comme le nom particulier de la fête , où toute distinction de classe et de rang était abolie momentanément à Babylone. En partant de l’idée que le nota Sakéa possède iin sens qui doit convenir au caractère particulier de la fête qui le portait, j’y trouve le mot sakhyâ, dérivé du substantif
1 Id. ibid. 360.
2 Riclrter. pag. 51. 73.
sanscrit sakhi 1 ami, avecle suffixe yâ, qui forme des. noms féminins abstraits,, et donne par conséquent à notre sakhyà le sens d’amitié, fraternité, qui me semble convenir très-bien au nom de la fête où tout le monde devenaient égaux.
IBotpos , N epoç et Soatros, Saros, Neros .et Sossos. iJérose compte par sbros les années de règne des dix rois, qui ont régné selon les chaldéens avant le déluge (dont ils avaient aussi connaissance ) dans la Babylonie. Eusèbe cite dans sa chronique les trois mots Saros, Neros et Sossos tirés de Bérose, et il dit que le premier comprenait 3600 ans, le second 600 et le troisième 30 2 . Selon moi ces mots ne signifient autre chose qu’année, mois et jour; çe qui n’empêche pas du tout qu’ils indiquassent aussi les nombres d’années que dit Eusèbe, et cela dans la grande ann'ée ou dans l’année divine que les chaldéens. possédaient probablement, avec d’autres peuples de l’antiquité, et d’après laquelle ils auront compté les années des rois antédiluviens.
Voici les étymologies par lesquelles je crois * possible de prouver que Saros, Neros -et Sossos signifient année, mois et jour. . .
J’identifie Saros ail mot persan Sal année 3 , qui signifie littéralement un cours de temps, comme Saros, car ils viennent des racines sanscrites
1 Bopp. GI. 3G3.
Ÿ Richter p. 53.
3 Castelli. Lexicon. P. II. cln. 323.
sar, et sal ire i , qui probablement n’en formaient primitivement qu’une seule. :
Néros est identique au mot sanscrit mas ou mâsâ 2 lune et mois (ü’où vient le latin mensis) avec la permutation de l’m en ri et de l’s en r , comme dans le latin naris pour nasis etc. 3 .
Sossos vient du radical sanscrit euch ou suc. arescere, siccari 4 , d’où dérive en la même langue le mot çuchma, soleil.
C’ést à ce dernier mot que j’identifie le chai- • déen Sossos qui n’en diffère que par le suffixe, lequel au lieu d’être ma est a, ou qui peut-être n’existait inêmé pas, la racine seule çuch étant considérée comme un substantif, ainsi que nous en«avons vu d’autres exemples. Sossos ou Çuch possédant le 'sens dé Soleil, c’est plus que probable à mon avis qu’il ait reçu en chaldéen celui de jour, par la même raison que mas lune a reçu celui de mois.
Je vais terminer l’analyse des restes de la langue cïraldéenne , par le nom même du peuple qui parlait cette langue, les Chaldéens, conquérants de la Baby Ionie. Nous avons vu dans l’analyse du. nom de T Assyrie,, qu’il dérive de celui du peuple assyrien;, nous verrons maintenant au contraire le nom des Chaldéens dériver de celui de la Chaldée. Ce pays est ap-
1 Bopp. 61. 371. b.
2 Id. ibid. p. 263.
3 Id. ibid. 194.
4 Id. ibid. 352.
pelé par les auteurs arabes Sjvad l , mot qui eu est selon moi le nom primitif. Le nom biblique des chaldéens est , comme on sait , Casdim OHÎPD. Le nom moderne Chaldéens dérive de la forme grecque ’j^x'K^caot.
Le nom arabe Svad est identique à la racine sanscrite svad, qui signifie: jueunde sapere, jucundi, suavi saporis esse, être doux 2 , Or l’on sait que les èaux du grand fleuve de la Chaldée ou de la Babylonie, l’Euphrate, sont fort 'douces et ont toujours été célébrées à cause de cette qualité 3 . N’est-il donc pas tout naturel de supposer que le nom arabe de la chaldée, svad, est la racine sanserite svâd, considérée comme un adjectif, ayant le sens de doux , et qu’il était primitivement le nom chaldéen de FEuphrate, qui sera devenu par la suite celui du pays même qu’il arrose, et de la nation qui 1 habitait ?
Nous savons par le livre d’fliob (I. \ 7.) qu’une partie des chaldéens étaient des nomades qui faisaient des incursions en Arabie. C’est" .possible en conséquence que quelqu’une de ces tribus nomades ait conservé dans son dialecte particulier la forme primitive du nom de la Chaldée et qii’ elle l’ait communiquée aux Arabes ; ce qui explique pourquoi eux seuls no.us l’ont conservée.
t Journal Asiatique 1842. II: 357. et D’Herbélot. Bibliothèque orientale art. Souad.
2 Bopp. Gl. 396.
3 Gesen. Thésaurus, p. 1134.
L’existence même da nom chaldéen svad pour FEuphrate trouve aussi son explication dans la coéxistencc de deux races d’origine diverse en Chaldée qui auront donné toutes deux un nom différent tiré de leur langue au fleuve, sur les bords """ duquel elles vivaient. En effet le nom hébreu de l’Euphrate est Perath, mot d’origine sémitique,, car il vient de la racine arabe Farutha , dulcis fuit aqua, et son nom arabe Forath signifie aussi aqua admodum dulcis , sens qui concorde avec celui que nous avons retrouvé dans svad l .
Il me reste maintenant à montrer comment le mot original sanscrit , svâd , conservé intact dans quelque dialecte chaldéen, s’est changé en d’autres en Casdim et en yoth'$Moi, Rien n’est plus facile que cela, en suivant les règles des permutations des sons propres au zend, avec lequel le chaldéen, comme nous avons vu, a un trèsgrand nombre de rapports. D’abord nous savons que la syllabe Sanscrite sva devient en zend ca ou qa (V. p. 64.): voilà donc expliqué le passage de la syllabe sva de svad en ca dans Casdim et yxKÙxioi.
C’est connu en outre qu’en zend une dentale en rencontrant une lettre du même organe, aime à se changer en sifflante ; ex. qâstra qui figure dans le nom propre de l’Ized du bien-être et des jouissances physiques , que M. Burnouf.
!» Gesen, l.,c..
dérive du sanscrit svâd , en joignant à ce' radical le suffixe tra, et qu’il traduit par « l’instrn- » ment pour goûter, ou le goût » i . Voici comment j’explique en m’appuiant sur ce fait le passage de Svad en Casd-im'. Au radical svad s’est joint le suffixe du participe passé ta, audevant duquel le d de Svad a dû se changer en s; ce qui donne Casta au lieu de Svad , et avec une légère modification dans la dentale qui reste, Casda. •
Par la permutation qui nous est déjà connue de l’s en r, ou ce qui est le même, en 1, casda s’est changé en calda, forme conservée assez exactement dans le grec ’%atôotioi et peutêtre aussi dans le nom moderne des kurdes, qui ont donné leur nom au Kurdistan « pays des » Kurdes » et qui quoique habitant plus au Nord . que la Chaldée, peuvent pourtant être les descendants de quelque tribu nomade des chaldéens.
De cette analyse de quelques noms propres et substantifs chaldéens me semblent résulter les deux principes suivants :
I. La langue parlée par les chaldéens n’était pas d’origine sémitique , mais sanscritique.
II. La langue des chaldéens est fort étroitement liée avec le sanscrit et avec le zend , et son système de la permutation des lettres offre
1 Journ. des Savants 1833. p- 500.
les ressemblances les plus marquées avec celui du zend.
De ces principes il s’ensuit que les inscriptions chaldéennes cunéiformes ne peuvent être déchiffrées qu’à l’aide du sanscrit et du zend. •
Me voilà arrivé au terme du chemin que je m’étais proposé de parcourir. Ai-je réussi à montrer, comme c’était mon intention, que les restes des langues assyrienne et chaldéenne doivent être expliqués par le sanscrit, que ces langues sont en conséquence d’origine sanscritique, et que les inscriptions assyriennes et chaldéennes ne peuvent être lues qu’en s’aidant du sanscrit et des langues ses plus proches parentes ?
C’est, ce qu’il ne m’appartient pas de décider; c’est du ressort de savants tels que Bopp, Burnouf, Lassen, Westergaard etc., qui ont fait des langues sanscritiques une élude plus approfondie et plus vaste que moi , et qui ont élevé dans peu de tems la science philologique au rang de science exacte.
Quel que soit pourtant le mérite intrinsèque de cet ouvrage, j’espère que le désir ardent de faciliter à d’autres plus savants et plus habiles la solution d’un problème qui est le plus important de ceux qui occupent dans ce moment la république des lettres — le déchif-
frement des inscriptions assyriennes — le seul qui ait présidé à sa rédaction , fera pardonner au jeune et inexpert auteur, les erreurs que des ' i yeux plus pénétrants que les siens sauront dé- ’ couvrir dans ces pages de sa vingtième année. ? |*-