PRÉFACE XIX
à quoi s'en tenir sur le pouvoir plus ou moins occulte dont ils disposent.
Et, je le répète, une fois encore, ceux qui devraient suivre ces pistes les négligent ; nous nous bornerions donc à soupeser des conjectures, si, çà et là, quelques renseignements exacts ne nous étaient donnés par des personnes mêlées à ces affaires ; si, par des vérifications, renouvelées, incessantes, sûres, nous ne savions qu'il existe, en effet, certains prêtres qui ont formé des cercles dans lesquels ils célèbrent la Messe noire.
Tel ce chanoine Docre dont le profil apparaît qulequefois dans la vitrine d'un photographe qui fait le coin de la rue de Sèvres et de la place de la Croix-Rougc. Celui-ci a constitué, en Belgique, un clan démoniaque de jeunes gens. Il les attire par la curiosité d'expériences qui ont pour but de rechercher « les forces ignorées de la nature » — car, c'est réternelle réponse des gens acculés, pris en flagrant délit de Satanisme; puis il les retient par l'appât de femmes qu'il hypnotise et par l'attrait de plantureux repas ; et, peu à peu, il les corrompt et les perturbe avec des aphrodisiaques qu'ils absorbent, sous forme de noix confites, au dessert ; enfin quand le néophyte est mûr, lié et sali par de réciproques sévices, il le lance en plein sabbat, le mêle à la troupe de ses horribles ouailles.
Il faut croire pourtant que cette ignoble apostolat ne rend pas ceux qui le pratiquent heureux, car l'une des victimes de Docre me racontait Taffolement de ce prêtre tremblant d'angoisses, criant, certains soirs : J'ai peur,
XX PRÉFACE
î^ai peur ! ne parvenant à se rassurer, à se reprendre qu'en s'entourant de lumières, en vociférant des invocations diaboliques, en commettant avec TEucharistie des sacrilèges.
J'en cite un, et combien d'abbés Verbicides et de dévotes proditrices des choses saintes! — Mais laissons cela. — Pour en revenir à la question du Satanisme, une étude d'ensemble, une étude sérieuse, documentée, sur ses origines, ses filiations, sa vie dans les temps reculés, son infiltration dans les campagnes, son expansion dans les villes, à notre époque, devenait nécessaire.
C'est cette étude que Jules Bois a tentée, dans "ce volume qui est certainement le plus consciencieux, le plus complet, le mieux renseigné que Ton ait encore écrit sur Tau-delà du Mal.
Jules Bois qui, s'il ne professe pas les idées catholiques orthodoxes est, du moins, un spiritualiste ardent et un écrivain convaincu, a laissé aux explorateurs de rÉglise le soin de reconnaître les contrées Lucifériennes, de frayer les pays découverts des Palladistes, et, se dirigeant d'un autre côté, il s'est résolument avancé sur les territoires à peine connus du Satanisme.
Il les a parcourus dans tous les sens, visitant leurs ruines, suivant leur histoire à travers les âges, la rejoignant à notre siècle et c'est le résultat de ces studieuses excursions, le produit de ces immenses lectures qu'il nous apporte, criblé en un fin tamis d'art, dans ce volume qu'il intitule : « Le Satanisme et la Magie. »