‹ Le SaturnismeChapitre 7 sur 33 · VR1ER · texte numérisé non relu

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Comme matière colorante noire, le sulfure de plomb est employé à la teinture du crin, du fil ou de la soie à coudre, de F alpaga anglais (Réveil). On a observé des intoxications chez les cardeurs de crin (Studien ûber Bleivergifîung, von Ed. Hitzig, Berlin, 1868); chez les tailleurs et les couturières Potain.)

D. — Intoxication par les sels de plomb proprement dits : céruse, chromate, acétate, silicates, etc.

d') Carbonate ou céruse. — Syn. : blanc d'argent, blanc de Hollande, blanc de Clichy, etc.

La fabrication de la céruse et son emploi dans les arts causent encore la plupart descas d'intoxication saturnine observés de nos jours. La fabrication, réglementée dans les grandes agglomérations industrielles, échappe à, toute surveillance dans certaines usines de province qui recrutent leur personnel parmi les miséreux sortis des dépôts de mendicité (voir Intoxication professionnelle).

Causes plus rarement observées :

Falsification de la farine, du beurre et divers autres aliments par la céruse employée dans le but d'aviver la couleur et d'augmenter le poids (Gmelin, Apparatus medicaminum, t. 1, 1760. — Gaubius, Hamb. Magazin, t. XVI. — Christison, Atreatise on poisons, p. 477, Edimbourg, 1832).

Fabrication et emploi des papiers couchés (glacés) au carbonate de plomb, cartes de visite, boîtesen carton (Gaz. Hôp., 1854 ; d'après El Heraldo Medico, Madrid).

Peinture des formes à sucre.

Apprêt pour dorure sur bois.

Emploi d'un poncif à base de céruse et de résine par les dessinateurs en broderies (application dites point de Bruxelles) (Thibault, Paris, 1856. — Chevallier, Ann* d'Hygiène, 1847. — Blanchet, Acad. Se, 6 déc. 1847, et

Gaz. Hôp., 7 oct. 1852. — Duputel, Thèse de Paris, 1873).

Blanchiment des dentelles par battage entre deux feuilles de papier garnies de céruse (Duputel, loc. cit.).

Apprêt de divers textiles.

Fards et cosmétiques h base de céruse (Jeumont, Gaz. méd. 9 Paris, 1855. — Med. Times and Gazette, 10 sept. 1864, p. 279). — Cas de nourrices se servant de fards et ayant intoxiqué leurs nourrissons (Loewy, Wiener med. Presse, 1883. — Archiv.f. Kind., 1886. — Observations de Siredey).

Papiers peints, ruguçux, mats, perdant par frottement une quantité notable de céruse (voir Soc. med. Hôp , 20 nov. 1891, et Thomas, Brit. med. journal, 1887, II, p. 349). — Les accidents catalogués sous la rubrique « intoxication par les logements récemment réparés » étaient généralement dus à ce fait que les papiers mats présentaient l'inconvénient de s'effriter au moment des déménagements, réparations ou nettoyages au plumeau ou à la tête de loup.

Intoxication par les travaux à la gouache (Observation de Siredey et Duquesnel, de Florand). — Accidents fréquents chez les jeunes filles (voir Hygiène scolaire).

Intoxication par le cuir blanc verni garnissant l'intérieur des chaussures (A. Gautier); par les coiffes de chapeau (Meillêre).

Accidents provoqués par le sertissage des perles au moyen d'une colle composée de céruse et de gomme arabique (Appert, Soc. méd. Hôp., février 1903).

Blanchiment des gants à la céruse.

d") Intoxication par le chromate de plomb. — Syn. : jaune de Paris, de chrome, de Vérone; plomb rouge de Sibérie, etc. (voir thèse H. Bourgeois, Lyon, 1894, n° 952).

Le chromate de plomb possède une belle couleur modifiable à l'infini par des artifices de préparation ou des mélanges. C'est de plus un comburant très énergique.

La préparation du chromate de plomb se faisait autrefois par réaction du chromate de potasse sur la céruse dans un liquide brassé à la main pour délayer les grumeaux : une technique aussi défectueuse exposait aux intoxications.

Papiers au chromate. Papier vert mousse employé par les fleuristes pour garnir les tiges de fleurs artificielles.

Tanquerel rapporte une épidémie survenue en Saxe à la suite de l'emploi d'un papier au chromate (Schmidt's Jahrb„ 503, p. 230 ; — Linstow, Viertel Jahr. f. Gericht méd., 1874 i n° 1. — J.-B. Charcot et Y von, Archives de neurologie, 17 mai 1897. — Layêt, art. « fleuristes », in Diction . encyclop. se. méd.).

Tissus colorés au chromate (Leopold, Phil. med., News*, 1887, et Viertel Jahr. f. Gericht. M. 1877. — Observation de Siredey et Duquesnel sur les tissus à waterproof. Obs. inédite).

Confiseries colorées au chromate (Stewart, Phil. met/. News, 1887 : Babas glacés. — Bourgeois, thèse de Lyon, 1874. —Gaz. Hôp. y 1879, p. 1.117. — Galippe, Ac. méd, oct. 1879).

Mèches de briquet colorées et rendues combustibles par te chromate de plomb (Lancereaux,. Congrès Ass. avant. Sciences, 1875. — Malherbe (de Nantes), 1881, Union met/. — Cas de Sevestre : Fumeur qui abandonnait à la combla tton dans le fourneau de sa pipe le morceau de mèche au chromate qui avait servi à allumer le tabac. — Cas inédit d<> Launois : Bateleur qui avalait de Tétoupe enflammée à l'aï ! d'une mèche au chromate et introduisait ainsi journellement dans son estomac les cendres fournies par 30 à 50 centimètres de mèche chromatée).

Jouets colorés au chromate (Von Linstow, Viertel Jahresb. f. Gerichtl. M., 1874).

Pains à cacheter colorés (Marguerite, Revue d'Hygiène^ I, p. 880).

dl") Intoxication par l'acétate de plomb (Sel ou sucre de Saturne, sel ou sucre de plomb).

Emploi thérapeutique des sels de plomb (voir Intoxication d * origine médicamenteuse).

Autres causes signalées :

Décoloration, défécation des vins, du sucre de canne (procédé Scoffern), des liqueurs, des sirops au moven de l'acétate

de plomb (Cadet de Gassicourt, Bull, ph., t. I, et Société méd. Paris, 1812. — Boudet, Journal général de médecine, t. XLIV, p. 321).

Tissus et soies à coudre chargés à, l'acétate de plomb (Vannier, /. méd. de V. et R., 1764, t. XX. — Dlputel, thèse, 1873).

Papiers et cartons moirés à l'acétate cristallisé : boîtes à dragées, cartes de visite, etc.

Teinture en noir, en jaune et en vert (peu usité).

d"") Nitrate de plomb. — Intoxications chez les ouvrières employées dans les fabriques de « braise chimique », braise imprégnée de nitrate de plomb [Gérin-Rose (1885), Troisier (1887), Société médicale des Hôpitaux].

d"") Intoxication par les Silicates (40 à 60% de plomb). — Les silicates de plomb constituent les diverses variétés de cristal et les émaux communs qui revêtent les poteries. Le cristal et les émaux peuvent être nocifs au moment de leur préparation (manipulation du minium et de la litharge), de leur taille, de leur polissage ou de leur pulvérisation et de leur tamisage sur les pièces à émailler. Les émaux cuits à basse température sont en outre facilement attaqués par les liquides acides, ce qui explique les accidents causés par les poteries communes.

Cette source d'intoxication, autrefois méconnue, a dû être un des principaux facteurs étiologiques des coliques décrites par Nicandre et Dioscoride, de la colique pestilentielle de Paul d'Egine, de la colique scorbutique de Schenke et des coliques de Poitou végétales. De tous temps, les cultivateurs ont préparé des piquettes dans des récipients en terre. La fabrication de ces vases n'a subi aucune modification malgré les conseils réitérés des hygiénistes (voir Hygiène, prophylaxie, législation). Il est donc rationnel d'admettre que les accidents observés de nos jours ont dû être très fréquents autrefois. Mais si l'on connaissait parfaitement la colique des potiers, on ne songeait pas à attribuer aux poteries les coliques végétales observées de tous côtés. Lind annonça le premier, en 1754, que l'émail des poteries pouvait être attaqué

par les boissons acides. Il raconte qu'un médecin faisant évaporer du jus de citron dans un pot de terre, trouva au fond du sucre de Saturne. La première relation authentique d'un cas d'empoisonnement est due à Hohbaum (1827) (vinaigre ayant séjourné dans un vase en terre). Observations diverses : Revue Médicale, 1849, t. II; Lemenant du Chesnais, à Nantes.

— Lefèvre, Gaz. Hôp., 1858. — Desmedt, Gaz. Hôp. % 14 octobre 18S8. — Journal de chimie méd., 1849 : D r Marchand, empoisonnement par des cornichons. — Gaz. Hôp., 1859. — Annales d'Hygiène, t. XV, 1861 : D r Quesnel. — Ibid., t. XV, 1861, Lefèvre. — D r Prudhomme, de Pithiviers : Empoisonnements causés par les poteries de Nibelle (Loiret). Cons. d'Hygiène de Pithiviers, 1864. — Schœnbrod, Empoisonnement par le vinaigre : Schmidt's Jahrb., t. LVII1, p. 241. — Pleischt, Schmidt's Jahr., t. CIH, p. 230. — Bergeron et Lhote, Acad. Sciences, 17 juin 1874 : Petite épidémie en Seine-et-Marne, causée par du beurre conservé dans la saumure. — Thèse H. Pillaud, 1893, n° 153 (Observations personnelles de Pillaud recueillies en Vendée). Considérations sur différents cas d'intoxication saturnine causés par le vernis des poteries communes. — Raumer et Spaeth d'Erlangen, Chemische centralblatt, 1902, t. I, p. 1413. — Buchners, Rep. f. Pharm., t. XIX; Med. Ctb., 1869, p. 400.

— Colique de Madrid : Hernandez, 1737; Jacob, th., 1815. Autres causes d'intoxication saturnine imputables à l'emploi industriel des silicates de plomb.

Controxy dation du fer (Ladreit de la Charrière, Archives de Méd., déc. 1853. — Mémoire d'Archambault, Arch. gèn. méd., t. XVIII, 1861, p. 129. — Rapport du prof. Potain à la Soc. méd. de Hôp., 22 juin 1861. — Union médicale, 1869, p. 24).

Poudrage des porcelaines camaïeu, impression à la décalque (Thouvenet, Limousin médical, 1897, 1898, 1899, et Thèse Mazin, Paris, 1900. — Thèse de Manouvrier, Observation n° 16).

Poudrage ou diamantage des fleurs artificielles (Thèse de Pichardie, Paris, 1901).

Fabrication du verre mousseline au moyen de la poussière d'émail (Hillairet, Acad. méd., 7 mars 1865. — Gallard, Ann. d'hygiène et de méd. lég., 1865. — Rapport au conseil de salubrité de MM. Combes, Bouchardat ; Poggiale, rapporteur).

Polissage des fausses perles sur des meules d'acier (E. Gaucher et H. Bernard, Presse Méd., 22 fév. 1902).

Vitrification des étiquettes des flacons ou bocaux (Beaugrand. — Observations d'AcHARD, 1903).

Email des ustensiles en fer et en fonte (Silicoborate de plomb) (Duchenne, 20 août 1851, Acad. méd. — Rapport de Briquet, 8 oct. 1861. — Alfred Jean, Intoxication par l'emploi de vases émaillés : Assoc. franc, pour l'avancement des sciences , Ajaccio, 1901. — Prof. Garnier de Nancy, Intoxication par l'émail d'un hache-viande : Congrès des Soc. Savantes , Nancy, 1901).

d'"") Intoxication par les savons de plomb (masses emplastiques, emplâtre simple, emplâtre diachylon, emplâtre de minium, etc.) (Taufflieb, de Barr, Intoxication par le diachylon : Gaz. méd., 1838. — Althaus, Brit. med. Journ., 16 mai 1874 : même sujet). — Cinq cas d'intoxication aiguë résultant de l'usage du diachylon comme abortif (Wrangham, Brit. med. journ., 13 juillet 1901).

Cas dans lesquels la composition du dérivé plom bique n'est pas nettement établie (encres, vernis, matières colorantes complexes, enduits, compositions diverses, caoutchouc manufacturé), etc.

Noir d'imprimerie; fabrication; emploi par les typographes; intoxication par les journaux ou autres imprimés (observation deL. Fornaca, Gaz. Hebd., 1896. 1243, d'après Riforma med., 15-3, 1896, 699).

Cuir verni et toile vernie des voitures d'enfants (A. Gautier, et Gaz. Hop., 1879, p. 1148).

Nappes « de famille » sorte de toile cirée caoutchoutée imprégnée de céruse et imitant le linge damassé ; 330 grammes de plomb par mètre carré, d'après A. Gautier.

Tissu lustré dit « overland cloth » pour valises et portemanteaux (G. Johson, The Britih med. Journ., London, 24 septembre 4870).

Papiers peints, mats (voir Céruse), papiers veloutés : préparation, pose, contact journalier dans un appartement.

Imperméabilisation des bâches par des composés cupriques et plombiques (Trousseau, Gaz. Hôp. % 1856, p. 325).

Fabrication des meubles et ustensiles laqués (Ann. d'Hygiène et de méd. leg., 2 e série, t. XII, 235 : Mesnil).

Polissage et ponçage des meubles en bois teints ou imprégnés; imitation de vieux bois.

Intoxications observées chez les coloristes et dues à diverses causes: habitude d'essorer le pinceau entre les lèvres, diamantage ou poudrage des enluminures, etc.

Poudrage de la porcelaine camaïeu (voir Cristal).

Biberons en caoutchouc, 13 % de carbonate de plomb (Eulenberg, Monats f. Sanitatspolizei, II, 8 et 9, p. 257, 1861, et Schmidt's Jahrbiich, 1862, t. H4j.

Intoxication par lés boîtes de • couleurs avec lesquelles jouent les enfants. [Journal de Chimie méd., 1843).

Empoisonnement par les pains à cacheter (minium, chromate).

Intoxication chez les ouvriers tapissiers, selliers etc., employant les ce pointes à damas s> (les ouvriers gardent dans leur bouche des clous qu'ils renouvellent à mesure qu'ils les emploient) (Observation VII de la Thèse de Vianay. Paris, 1902).

Fabrication et fixation sur les glaces des magasins de lettres en cristal et en émail blanc (Meillère).

Teinture de la corne par une solution d'oxyde de plomb dans la lessive de soude. Teinture des peaux par les chapeliers et les fourreurs, et les apprêteurs de peaux.

Emploi de papier parchemin pour envelopper les produits alimentaires ; ce papier peut contenir 0,27 % de plomb (G. Pouchet).

Emploi de laques colorantes préparées avec un sel d'étain. plombifère (voir Stannisme).

Fabrication du pain d'épices avec des farines avariées traitées au chlorure d'étain plombifëre (voir Stannisme).

Etiologie envisagée & un point de vue particulier.

Nous étudierons successivement :

1° Le Saturnisme d'origine professionnelle ; , 2° Le Saturnisme d origine alimentaire ;

3° Le Saturnisme d? origine médicamenteuse ;

4° \J Intoxication saturnine chez la femme ;

5° L'Intoxication saturnine chez l'enfant;

6° Le Saturnisme dans V hygiène domestique ;

7° Rapports du Saturnisme avec Vhygiène navale.

L'extension que nous avons donnée à la première partie de cette étude étiologiquenous permettra d'esquisser simplement la seconde en renvoyant à l'Etiologie générale pour la plupart des indications bibliographiques.

Intoxication saturnine d'origine professionnelle. — La liste des professions susceptibles d'exposer ceux qui les exercent à des accidents saturnins a été établie à plusieurs reprises. Tanquerel, Manouvrier, J. Renaut, Proust et A. Gautier en particulier ont donné dans leurs ouvrages ou dans les rapports dont ils ont été chargés une énumération détaillée des professions dangereuses à cet égard.

On a pu se convaincre, en lisant le chapitre précédent, que peu de professions échappaient aux dangers du saturnisme.

Une liste est donc forcément incomplète et n'a de valeur que pour l'époque où elle est a été établie. Telle cause de saturnisme, par exemple la fabrication de la céruse, qui faisait autrefois chaque année des centaines de victimes, voit sa morbidité s'atténuer de plus en plus, grâce aux progrès de l'hygiène industrielle, tandis que certaines professoins, nées d'hier comme la fabrication des accumulateurs, fournissent à l'heure actuelle un fort contingent de saturnins.

Le tableau suivant, dû au professeur Gautier, donne une évaluation moyenne de la morbidité saturnine dans les

principales professions employant des substances plombifères.

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