‹ Le Sault-au-Récollet [microforme]Chapitre 9 sur 92 · ET RARES LE · texte numérisé non relu

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les premières gloires religieuses. C'est en effet sur les bords de notre rivière, que des pères Récollets ont célébré leur première messe, et plus tard, le Père Nicolas Viel, du même ordre religieux, périt dans ses flots.

Désormais, il y aura union entre le Sault et l’ordre du séraphique saint François. Remontons à l’origine de cette noble parenté.

Elle naît comme une fleur à Pombre d’un pieux couvent. Transportée sur nos bords, elle s'est épanouie en exhalant un parfum de zèle et d’héroïsme. Plus loin, nous entrerons dans les détails du drame émouvant où le principal acteur fut un humble religieux. En mourant dans les flots, il a légué son nom au rivage voisin, appelé depuis Saultau-Récollet,

On s’étonnera peut-être de voir en tête de cet ouvrage une date aussi ancienne: en voici l’explication. La jolie rivière qui longe la paroisse du Sault porte le nom d’un jeune navigateur de Saint-Malo, le sieur des Prairies, qui apparaît sur la scène historique vers Pan 1610. Le Père Barthélemy Vimont écrivit À ce sujet dans sa relation de 1640 (page 34): “ Quand on arrive au premier sault qui se rencontre dans le grand fleuve

Saint-Laurent, que nous appelons le sault Saint-

Louis, on trouve un autre fleuve, nommé la rivière

des Prairies. Ce fleuve se nomme ainsi, pour ce qu'un certain Français nommé des Prairies, ayant charge de conduire une barque au sault Saint- Louis, quand il vint à cet affour ou rencontre de ces deux fleuves, au lieu de tirer du côté sud, où est le sault Saint-Louis, il tira au nord vers cet autre fleuve qui n'avait pas encore de nom français, et qui, depuis ce temps-là, fut appelé la rivière des Prairies ”?,

Le découvreur de notre rivière est le même dont parle Champlain dans la relation de ses voyages. et auquel il adresse des éloges pour son intrépidité (Champlain, 1610, pp. 363-4).

Voici à quelle occasion : Champlain rapporte qu'il quitta Québee, le 14 juin 1610, pour secourir les sauvages alliés dans leur guerre contre les Iroquois. Ces alliés étaient, d’après ses propres paroles, les Montagnets, les Algouméquins et les Achatéguins. Le rendez-vous était à l'entrée de la rivière des Iroquois, aujourd’hui le Richelieu.

Les descriptions de l’héroïque Champlain ont le cachet de la loyauté et de la vertu. On le suit avec attention, avec intérêt, parce que tout ce qu’il raconte a le charme de la candeur. Il y a chez lui de ces naïvetés qui vous montrent son Âme toujours pleine de bons propos. Certaines tournures fraîches

et hardies décrivent des actes merveilleux de

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courage, sans que jamais vous puissiez découvrir la plus petite pointe de vanité, Après un haut fait d'armes, une parole tombe de la bouche du héros renvoyant l'honneur à Dieu, source de sa force et de son espérance,

Voilà Champlain, comme aussi voilà des Prairies, quoique à un degré beaucoup moins éclatant.

Écoutons le récit de ee second engagement avec les [roquois, car le premier avait eu lieu au lac Champlain, l'année précédente, et nous verrons se révéler les belles qualités du commandant et du soldat.

Champlain arrive aux Trois-Rivières au temps

voulu. Iavait déjà gagné l'affection dan grand nombre d’Indiens. Son ami Iroquet, un de leurs chefs, était accouru, et plusieurs sauvages avaient déjà goûté les douceurs de sa barque. * Is se mirent, écrit-il, dedans ma barque, où je leur fis faire bonne chère ?,

Le 17 de juin, Champlain se mit en route avec ses alliés. Is vont stationner dans une île à l'entrée de la rivière des Froquois,

Pendant que les Montagnais faisaient un abatis pour se livrer à leurs danses de guerre, l'ennemi ayant été découvert, l'alarme est donnée ; tout de suite Champlain se lance avec quatre braves, * moi

cinquième,” écrit-il.

[ laisse le pilote la Routte à son poste, propose aux autres de le suivre ; “aucune des barques n'y voulut aller avec les sauvages, hormis le capitaine Thibault, qui vint avee moi, dit Champlain :" les sauvages criaient À ceux qui restaient, qu'ils avaient des cœurs de femmes, et ne savaient faire autre chose que la guerre à leurs pelleteries.” IT v a dansees paroles tout un enseignement, Elles font voir la disposition d'esprit de ces sauvages qui connaissaient depuis longtemps les sentiments, les menées, les roucries de tous ces trafiquants de fourrures. Comme ils sont loin de voir en eux des clvilisateurs, des aides pour sortir de leur état d'abjection et travailler à leur bonheur ! Champlain profite de la circonstance pour prouver à ses alliés, par son courage, qu'il avait autre chose en vue que la recherche des métaux et des relleteries,

Il est certain que si les nobles sentiments de Champlain enssent été plus répandus parmi les membres des compagnies marchandes, les farouches Indiens eussent été plus facilement apaisés. Les colons n’auraient pas tant souffert de leurs descentes furieuses, de leurs surprises effroyables et de leurs barbares supplices.

Champlain partit donc bravement avec les quatre premiers compagnon, “ lui cinquième,” et le capitaine Thibault, qu’il ne faut pas oublier. Puisque

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Champlain sétait arrêté dans une île à quelque demi-lieue de l'entrée de la rivière des Iroquois, ce devait être dans une des îles de Sorel, ou, d’après Benjamin Sulte, dans l’île de Saint-[enace (Hist. iles Canadiens, t. X, p. 98).

Voilà que, en mettant pied à terre, tous les sauvages qui accompagnaient Champlain s’'enfuirent dans les bois, “ de telle facon, dit Champlain, que nous les eûmes bientôt perdus de vue, et nous laissèrent cinq que nous étions sans guides. Cela nous apporta du déplaisir ?.

C'est ici que le courage du vaillant se révèle. Vovez comme c'est raconté : ‘Comme nous eûmes tait environ une demi-lieue par lPépais des bois dans des pallus et marécages, toujours l’eau jusques aux wenoux, armés chacun d'une corcolet de piquier qui nous importunait beaucoup, et aussi la quantité de mousequites, qui étaient si épaisses qu’elles ne nous permettaient point presque de reprendre notre haleine tant elles nous persécutaient, et si cruellement que c'était chose étrange ; nous ne savions plus où nous étions, sans deux sauvages que nous aperçûmes traversant le bois, lesquels nous appelâmes, et leur dy qu'il était nécessaire qu'ils passent avee nous pour nous guider et conduire où étaient

les Iroquois, et qu’autrement nous wy pourrions

aller, et que nous nous égarerions ‘ans Îles bois ”.

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Enfin, voilà les six héros rendus au poste, sur ce champ de bataille si ét ange rempli de pièges d'autant plus dangereux que tout est nouveau pour ces guerriers européens. D'uncoupd’æil, Champlain a saisi la tactique, les points faibles et la facilité du succès pour lui. % Lors nous commençämes À tirer force coups d’arquebuses À travers les pouillards d'autant que nous ne les pouvions voir, comme eux, nous ?.

Avant de donner le signal à ses compagnons, 1l avait observé la barricade dans tous ses détails ; le dessin qu’il en a tracé prouve bien qu'il a tout vu, tout remarqué malgré la préoccupation du moment. Son croquis à été fait après COUP, mais combien de guerriers ne se seraient pas souvenus de tous ces petits détails qu’il a légués à la postérité. Voilà une preuve de l'équilibre de cette intelligence d'élite. Et puis il est blessé d’une façon sérieuse sur le bord de la barricade qu’il fera bientôt détruire ; c’est luimême qui le raconte avec la simplicité du vrai soldat chrétien et francais, causant pour ainsi dire avec la mort, et riant de ses coups. ‘Je fus blessé en tirant le premier coup sur le bord de leur barricade, d’un coup de flèche qui me fendit le bout de l'oreille et entra dans le col. Je prins la flèche qui me tenait encore au col, et l’arrachai, elle était

serrée par le bout d’une pierre bien aigue.

Un autre de mes compagnons en même temps fut aussi blessé au bras d’une autre flèche que je lui arrachai. Néanmoins ma blessure ne m'empècha pas de faire le devoir; et nos sauvages aussi de leur part, et pareillement les ennemis, tellement qu'on voyait voler les flèches d’une part et d’autre, menu comme grèle ?”.

Il aurait bien pu taire le fait de ses compagnons et ne parler que de sa blessure. Sa charité augmente avec sa bravoure, afin d'accomplir Île devoir % de sa tâche” sans faiblesse ni orgueil. Voici venir un second héros. il est resté de l'arrière, e’est qu’il était indispensable à un autre poste comme le pilote La Route. Champlain en parle avec éloge, comme de quelqu'un digne de combattre À ses côtés. ‘“ Et comme on était e train de parachever, les barques qui étaient à une lieue et demie de nous, nous entendaient battre par l’écho de nos arquebuses qui résonnaient jusques à eux, qui fit qu’un jeune homme de Saint-Malo plein de courage, appelé des Prairies, qui avait sa barque comme Îles autres pour la traite de pelleteries, dit à tous ceux qui restaient, que c'était une “ grande honte à eux de me voir battre de la facon avec des sauvages sans qu'ils me vinssent secourir, et que pour lui il avait

trop l’honneur en recommendation, et qu’il ne

voulait point qu’on lui put faire ce reproche ; et sur

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cela se delibéra de me venir trouver dans une chaloupe avec quelques siens compagnons et des miens qu'il emmena avec lui. Aussitôt qu'il fut arrivé, il alla vers le fort des Iroquois, qui était sur le bord de la Rivière, où il mit pied à terre, et me vint chercher. Comme je le vis, je fis cesser nos sauvages qui rompaient la forteresse, afin .que les nouveaux venus eussent leur part au plaisir ” (Voyages de Charaplain, 1610, p. 216.)

Le noble chef eût bien pu retenir toute la part de l'honneur, Combien de généraux sur des champs de bataille ont tenu avec imprudence aux droits de leur dignité : heureux sils n’ont pas enrayé le char de victoire ! Que de soldats immolés à leurs caprices !

Champlain, général sans peur et sans dol, laisse à ses preux “leur part au plaisir. ‘* Aussitôt, continue Champlain, s’'approchant de la dite barri ‘ade, comme ils avaient fait auparavant, et nous à leur aise pour tirer sur ceux qui les voudraient empêcher de la rompre, ils firent si bien et vertueusement, qu'à la favenr de nos arquebuses, ils y firent ouverture néanmoins difficile à passer, car il y avait encore la hauteur d’un homme pour entrer dedans et des branchages d'arbres abattus qui nuisaient fort. Toutefois, quand je vis l'entrée assez raison-

nable, je dis qu’on ne tirât plus, ce qui fut fait.

Au même instant, quelques vingt ou trente, tant des sauvages que de nous autres, entrâmes dedans l'épée à la main, sans trouver beaucoup de résistance. Aussitôt ce qui restait sain commence à prendre la fuite.

“ Nous primes quelques quinze prisonniers, Île reste tué À coups d’arquebnses, de flèches et d'épée. Quand ce fut fait, il vint une autre chaloupe, et quelques-uns de nos compagnons dedans, qui fat trop tard, toutefois assez À temps pour la dépouille du butin, qui n’était pas grand’chose. Il n’y avait que des robes de castor, des morts pleins de sang, que les sauvages ne voulaient prendre la peine de dépouiller et se moquaient de ceux qui le faisaient, qui furent ceux de la dernière chaloupe, car les autres ne se mirent en ce vilain devoir”? (Champlain, 1610, page 217.)

Champlain termine cette narration par une phrase où sa piété apparaît dans toute sa beauté : “ Voilà donc, avec la grâce de Dieu, la vietoire obtenue, dont ils nous donnèrent beaucoup de louange ”?.

J’ai tenu à citer ce passage de Champlain, car il établit l'esprit de discernement qu’il possédait à un haut degré de perfection. Comme il fait ressortir son courage et sa vertu! Ce qu’il dit du jeune navigateur de Saint-Malo fait voir l’admiration

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qu'il lui accorde, et son dessein de faire passer son nom à la postérité.

Par contre, voyez comme il stigmatise les actions honteuses des gens contenus dans la dernière chaloupe. Les sauvages les avaient méprisés, et Champlain approuve leur critique. La Route et des Prairies devaient rester près d'eux pour les surveiller. Ils montrent tant d'âpreté au gain qu’on peut supposer qu’ils eussent pillé leurs propres compagnons.

Après le dernier coup de feu, ils arrivent, non pour la gloire, trop tard, écrit Champlain, toutefois assez À temps pour le butin ”

Les sauvages eux-mêmes ne voulaient pas se laisser aller À une si mince déprédation, ils se moquaient de ceux qui sy livraient,“qui furent ceux de la dernière chaloupe ”. Et encore si c’eût été réellement la dernière chaloupe renfermant des gens de cette trempe, mais tous les historiens n’ont qu'une voix pour blâmer la conduite des traitants.” Leurs déprédations comme leurs immoralités ont été la cause de cette haïne terrible des enfants de la forêt éclatant à l'ombre des nuits sinistres et leur inspirant les plus effroyables tortures,

Sans doute le fait de voir le sol ravi À leurs courses de chasse entrait pour beaucoup dans leurs

ressentiments, mais on est toujours venu à bout

de calmer ces appréhensions par la prédication évangélique, par la civilisation chrétienne,

Partout où les missionnaires ont pénétré, 1ls sont arrivés à des résultats vraiment merveilleux. [ls ont beaucoup souffert, plusieurs ont été mis à mort dans les plus affreuses tortures, mais une fois soutenus dans leur héroïque sentier, ils ont changé les farouches Indiens en chrétiens paisibles et satisfaits.

“ Sans doute, écrit M. Pabbé Casgrain, que cet adoucissement de mœurs était encore bien rudimentaire, mais il n’en est pas moins réel. Il suffit, pour s'en convainere, de se rappeler les mœurs primitives des Peaux-Rouges, le sort qu’ils réservaient aux prisonniers attachés au poteau, linfernale volupté qu'ils éprouvaient à épuiser sur eux tous les raffinements de la cruauté. A force de réprimandes, de patientes instructions, de prières et d'exemples, les robes noires étaient parvenues À faire pénétrer une étincelle de lumière, un rayon de charité dans la nuit de ces Âmes dégradées”” (Les Sulpiciens et les Prêtres des Missions étrangères en Acadie, page 153).

Lors d’un soulèvement, on à découvert presque toujours l’action de quelques mauvais blancs. Nous aurons occasion de revenir là-dessus quand il s'agira

du fort de la Montagne. Un des motifs de cette

fondation était de soustraire les néophytes à l’in-

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