‹ Le sauveur comedie en trois actesChapitre 32 sur 48 · NORBLIN, ANTINOUS, ARTHUR, DE LU SS AN · texte numérisé non relu

NORBLIN, ANTINOUS, ARTHUR, DE LU SS AN

nobblin , d part. Yalenline et Léonie semblent bien émue».-, qu’cst-ce que cela signifie ?

ARTHUR. // relit ce que vient de lui écrire ï.eonie et couvre les tablettes de ses baisers.

antinoûs. remarquant ce mouvement. Mais il outrage les bienséances.

ue uussas. Ah 1 mon Dieu !.. quelle joie 1.. C’est singulier; quoique mon rirai, il m’intéresse.

nobilin. El moi aussi.

ANTnrous. Et moi aussi.

Arthur s’est retiré au fond du salon , otl il regarde des tableaux.

NoaatiN. Voyons, M. Antinoûs, tous qui avez fait une étude si appfôfundie du geste, tous qui n’arei pas oublié Totre profession d’ancien mime, Tons derriet nous serrir d’interprète et nous aider à parlera ce jeune homme.

Antinous. Rien de plus facile...

nobblin. Vous pourriei , par exemple , l’interroger sur Valentine. . .

de lussan. Fi donc!., surprendre scs secrets!., ce serait mal!., moi je m’y oppose.

nobblin. Toujours tos scrupules !.. Eh I bien , Antinous , faites-lui une question importante... une question gra»e... qui le mette à même de déployer son intelligence !

ANTINOUS. Attendez... {Après avoir réfléchi.) Je vais lui demander s’il aime le melon. .

de lussan Eh! non...

Antinous. Laissez donc.. .

Il va chercher Arthur , qui est toujours au fond du salon , «I l’amène sur U deeant de la scène. Il traitait sa question par gestes , en figurant un melon, qu’il semble couper par tranches; puis il coupe une tranche en morceaux, semble en savourer le parfum, et en offre à Arthur.

arthuk, impatienté, lui tourne le dos en se moquant, et va regarder les gravures du salon.

ns LUSJAN. Vous Toycx bien qu’il ne tous entend pas.

antinoûs. C’est qu’il n’aime pas le melon.

dk lussan. Je rais lui écrire une question. {Il demande A Arthur Us tablettes que celui-ci a gardées d sa main. Arthur les lui donne ; de Lussan écrit : ) • Pourriex-Toué, n Monsieur, par le seul secours des gestes, » exprimer toutes tos pensées? »

Il fait tire ces mots d Arthur, Aaiaoa. Il prend le croyon d son tour 1 1

«7Ïf,

DK lusses , lisant ce qu’ Arthur lui présente. ■ Toutes , jusqu'aux pensées les plus » abstraites. •

ehtisous. C’est bien abstrait.

soirlis. Ahl par exemple, c’est un peu fort... Je voudrais bien savoir comment il prendrait part à une conversation... sur la politique, maintenant qu'elle se fourre partout... Faites-lui déGnir, par exemple, ces trois formes de gouvernement : U roi absolu , le roi constitutionnel , et le p.ésident d’une république; je l’en défie I. .

estisous. C'est très-abstrait.

de lusses. Ah ! parbleu , nous allons voir! .[Il écrit.) Je lui exprime le désir que nous éprouvons de lui voir faire ces trois déGnitious.

Il montre tes tablettes d Arthur.

erthur. Après avoir lu, U répond qu’il va se rendre a ce désir.

Ils s'asseyent.

dk lusses . Voyons d’abord le roi absolut Comment s'en tirera-t-il?. .

Il montre de nouveau les tablettes i Arthur.

Arthur. Il exprime par sa pantomime la royauté absolue : Il désigne une couronne, un grand cordon, une physionomie sombreel soupçonneuse. Traçant des caractères sur l’une de ses mains qu’il élire , il fait ensuite un signe négatif, pour indiquer qu’il n’y a point de lois. Puis il indique te front pour annoncer que , dans la volonté d’un seul, réside ta souveraineté. 1 1 fait ensuite un geste de commandement, de menace : on le supplie, on l’implore les mains jointes; il refuse, il s’emporte... Arthur termine le tableau en figurant le gibet et les menottes.

sorrlix. Bravo!.. c’est effrayant de vérité !..

de lusses. C’est très-éloquent.

ESTisous. C'est inûnimenl éloquent. . .

Mais, moi, j'aurais fait quelque chose de i plus simple... Le rui absolut..

Il se lève , prend une pose imposante , et exprime d’une façon burlesque l’idee de domination absolue. Sa pantomime semble dire : • Ahl petit drôle, tu oses te trouver sur mon chemin! ail termine peu- un coup de pied au derrière.

KORtiiiv, riant. Toujours plaisant, Antinous !.. Ahl voyons te roi constitutionnel !

Arthur, ( après que Lussan lui a montré les tablettes.) Il exprime par sa pantomime la royauté constitutionnelle : Il désigne encore une couronne, un grand cordon, mais , indi-

que-t-il. U y a aussi la loi, qu’il figure par la paume de scs mains, sur lesquelles il trace des caructères. I 1 joint et élève ses deux mains , et figure uinsi les tables de la loi, devant lesquelles il s’incline. On vient le supplier ; il semble répondre qu’il n'est rien , que la loi est tout, et tandis qu’une de ses mains te plate sur sa couronne , il courbe cette couronne sous l’autre main qu’il élève, pour annoncer ta suprématie de la toi sur la royauté.

rorblis. Très-bien, la puissance de la loi. . . il se place au-dessous de la loi.

de lusses. Ehl bien, qu’en dites-TOus, Antinoüs ?

ertisous. C’est fort bien. . . mais j’aurais encore fait quelque chose de plus simple pour peindre une monarchie constitutionnelle., .

1 1 fait l’action d’un homme qui e’assiedle plus prés possible à une table richement servie; il flaire les morceaux, il découpe; il fait sauter tes bouchons du Champagne; il verse et boit d plusieurs reprises , puis s’étend sur son fauteuil et s’endort. Voilà le gouvernement représentatif! De I.ussan et Norb lin se mettent d rire. Arthur partage leur gaîté.

sorslis, montrant Arthur. Je l’attends à la république I

de lusses. Oui, voyons le grésident de la république.. .

Il montre encore les tablettes d Arthur , et les lui rend.

Arthur. 1 1 dépeint par sa pantomime le président d une république : il exprime que là il n’y a ni couronne, ni grand cordon , ni crachats, mais que tous sont égaux; il indique le nireau de tous les rangs , puis figure une balance, pour désigner le règne de la justice. Il procède ensuite d une élection : ses regards semblent se fixer sur un personnage (i) qu’il reconnaît un homme de tlte et de c<xur, qualités qu’il indique en plaçant sa main sur son front et sur son cœur; il semble écrire des rotes ; il prend son chapeaupour figurer l’arne du scrutin; il semble y jeter les bulletins; ptûs il les compte , et voit mec joieOque l’homme dont il désirait /’ élection obtient la majorité des suffrages ; il ^ / engage i se placer sur une estrade, qu’il peint par sa pantomime... Puis il s’assied , se couvre, et agite une sonnette comme pour ouvrir une séance Ugitlalive.

(i) L’acteur charge du rôle d'Arthur, pour rendre crtte pantomime plus claire , peut fixer «es regard» sur l'un de» personnages ou «teuc. »ur M. de Lussan.

so

ci lussan. Bravo !.. c’est partant.

Antinous. C’est très-bien, mais, moi, j’aurais encore fuit quelque chose de plus simple... La république 1 Il se live , ta au fond du talon , puis revient, s'approche de Norblin toujours assis, le prend gracieusement par la main , puis lui fait le geste d'aller ailleurs, et s’assied d sa place en marmotant : « Olc-toi de là que je tn’y mette I » Tous rient et se lèvent.

boulin. Eh! bien, Antinotis, cela doit tous encourager. Demandez-lui donc par gestes s’il est sourd-muet de naissance ou par accident.

antivocs. Très-volontiers.

Il essaye de traduire en gestes cette question : après avoir touché ses oreilles et sa bouche pour indiquer l’absence de la parole et de fouie , il approche Cune de ses mains du plancher pour indiquer un petit enfant, et fait le geste de le bercer dans ses bras; ensuite il figure une chute, et reporte sa main à sa bouche et A ses oreilles , comme pour dire : a II ne parle ni n'entend plus, • boulin.’ Qu'est-ce que c’est que ça?

Antinous. C’est l’accident.

ASTHUa. Il hausse les épaules , rit au nez d’Antinous, et dit d Lussan que c’est un homme sans cervelle, ce qu’il désigne en plaçant sa main sur son front, et en indiquant avec ses doigts quelque chose de très-menu.

Il termine en figurant des oreilles d’âne , et sort en riant , après avoir salué Norblin et de Lussan.

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