CHAUFFAGE AU MOYEN DU GAZ
On a songé, dans ces derniers temps, à utiliser le gaz de l'éclairage pour le chauffage des habitations. L'emploi du gaz comme combustible pour remplacer le bois ou le charbon, rencontre en France des difficultés qui tiennent surtout à la cherté de ce moyen de chauffage. Essayons pourtant de tracer le tableau des avantages qui résulteraient de la substitution du gaz à tout autre combustible.
On serait débarrassé avec le gaz, des ennuis de l’emmagasinage du bois ou du charbon, de leur transport journalier par les domestiques, des vols, etc. On serait dispensé de l’ennui d'allumer le feu et de l’ennui de l’éteindre. Pour procéder à ces deux opérations, il suflirait d'ouvrir ou de fermer un robinet, On pourrait, sans autre dépense ni embarras que le jeu de ce robinet, transporter son chauffage de la salle à manger au salon, du cabinet de travail à la chambre à coucher, etc.
Avec le gaz, plus de fumée qui salit les rideaux, qui fane les meubles, qui noircit les papiers et les livres, qui altère et salit nos poumons, chose plus difficile à nettoyer.
Avec le chauffage par le gaz, la construction des maisons serait singulièrement améliorée. Des appareils plus élégants remplaceraient nos lourdes cheminées; plus de ces énormes conduites plaquées le long des murs, et qui occupent un espace si précieux.
Le désir, le besoin de voir le feu, ce bon et joyeux compagnon, pourrait d’ailleurs être facilement satisfait. On placerait dans le foyer où brûle le gaz une de ces büches incombustibles faites avec des brins d'amiante entrelacés, et qui répandent le plus vif éclat sous les flammes du gaz.
À cette série d'avantages, auxquels donnerait lieu l'emploi du gaz dans le chauffage domestique, ajoutons cette dernière
circonstance que les maisons pourraient se louer avec le feu, comme on les loue aujourd’hui avec la lumière et l’eau, comme on les louera un jour avec la télégraphie pour les communications d'étage en étage, et avec les cadrans électriques pour la distribution commune et simultanée des heures.
Le chauffage au moyen du gaz est établi et fonctionne depuis quelque temps en Allemagne, en Angleterre et en France, où il est encore néanmoins peu répandu par suite de son prix trop élevé. Faisons connaître les dispositions que l’on donne généralement aux appareils qui servent à utiliser le gaz comme agent de chauffage.
Le mode général de distribution du gaz dans ces appareils, consiste à faire dégager le fluide gazeux par une lame métallique criblée d’une infinité de trous, et formant une sorte de tamis métallique. Le poêle à gaz pour le chauffage des appartements est représentée sur la figure 154, se compose d’un simple tuyau cylindrique en tôle, qui enveloppe de toutes parts la flamme du gaz, S'échappant elle-même d’un tube circulaire persillé de trous. L’air chaud se dégage dans l’appartement, il y persiste sans trouver d’issue au dehors ; de cette manière, la température du lieu s'élève promptement et se maintient constante , puisque les gaz chauds n’emportent pas le calorique au dehors, comme il arrive avec les tuyaux des cheminées ordinaires. L’expérience a montré que cette combustion du gaz dans l’intérieur des appartements, sans qu’il existe de communication permanente avec l'air extérieur pour le dégagement de l'acide carbonique, n'offre aucun inconvénient pour la santé des personnes
Fig. 154. Poêle à gaz.
séjournant dans cet espace. Les communications accidentelles qui.s’établissent forcément avec l'air extérieur, dans une pièce chauflée, suffisent pour rendre tout à fait inoffensive la quantité d'acide carbonique provenant de la combustion du gaz, et qui est faible, d’ailleurs, en raison du petit volume de gaz qu’il faut dépenser pour le chauffage d’une chambre fermée. Un peu d'attention et de surveillance suffit pour écarter tout le danger de ce mode de chauffage. |
Le gaz est également employé comme combustible dans diverses industries, et même pour la cuisine. Le fourneau de cuisine à gaz, dont on se sert en Angleterre et en Allemagne,
Fig. 155. Fourneau à gaz pour l usage industriel,
est en tout semblable à ceux qui sont en usage dans nos ménages, et où l’on brüie de la houille. Il consiste en une sorte de caisse de fer rectangulaire, sur laquelle on a pratiqué diverses cavités circulaires, occupées par une lame métallique , persillée de trous, pour livrer passage au gaz. Enflammé sur ce tamis métallique, le gaz sert à toutes les opérations de la cuisine.
La boite à rôti, qui ne fait pas partie de ce fourneau, mérite d'être décrite à part. Le gaz y sort, à l’intérieur, par quatre Jets disposés longitudinalement sur chaque face de la boîte. On suspend entre ces quatre jets de gaz, la pièce à rôtir, qui n’a pas besoin d’être retournée, puisqu'elle est soumise à l’action du feu de tous les côtés à la fois.
Le gaz extrait de la houille est le seul qu’on ait employé jusqu'ici dans les appareils du chauffage au moyen du gaz. Mais celui qui nous semble préférable, comme agent de calorique, serait le gaz provenant de la décomposition de l’eau. En effet, l'hydrogène est de tous les gaz celui dont la puissance caloritique est la plus élevée. Comme il ne donne naissance, en brüûlant, qu’à de la vapeur d’eau; il ne répandrait dans l’atmosphère aucun produit dangereux; bien plus, en y déversant de l’eau en vapeur provenant de sa combustion, il rendrait à l’air desséché par la chaleur du foyer, son humidité normale. Il serait donc à désirer que l’on substituât le gaz hydrogène pur au gaz hydrogène bicarboné, c’est-à-dire au gaz de l'éclairage, pour le cas spécial du chauffage.
Les cheminées et les poêles dont nous venons de parler, sont des appareils qui appartienent à l’économie domestique, et que chacun doit bien connaître, puisqu'il s’en sert à chaque instant. Les autres modes de chauffage que nous avons à étudier, c’esti-dire les calorifères, ont uu autre rôle. Ce ne sont plus des appareils d'économie privée; destinés au chauffage des grands édifices, des monuments, des églises, des théâtres, des divers lieux de réunion publique, ils ne sont que rarement adaptés au chauffage d’un appartement, ou du moins d’une pièce isolée. C’est une distinction que nous devons établir avant d'entrer dans la description de ce nouveau système de chauffage.
On appelle généralement calorifères les appareils destinés à chauffer avec un seul foyer, plusieurs pièces d'un édifice ou d’une maison. Il existe trois genres distincts de calorifères : 1° Le calorifère à air chaud; 2° le calorifère à eau liquide; 3° le calorifère à vapeur d’eau.
CALORIFÉRE A AIR CHAUD.
Le calorifère à air chaud est un appareil destiné à échauffer de l’air, et à le transmettre ensuite dans les salles qu'il faut maintenir à une température déterminée. Le calorifère n’est point, comme le poêle, placé dans la salle même qu'il doit
échauffer, c’est à distance qu'est établi le foyer, et bien qu'il n'utilise point la chaleur due au rayonnement du combustible, il est encore de beaucoup le moyen de chauffage le plus économique qui existe.
Il y a deux parties à considérer dans un calorifère à air chaud : celle qui sert à échauffer de l’air, et celle qui amène à l’intérieur des pièces de l’appartement, au moyen d’une série de tuyaux, cet air échauffé.
L'enveloppe extérieure du corps du calorifère proprement dit, c’est-à-dire de l’appareil qui sert à échauffer l’air, est construite en briques épaisses, de manière à laisser perdre le moins de chaleur possible par le rayonnement. Les parois du foyer sont en fonte. Les produits de la combustion de la houille s’échappent au-dessus de la maison, par un tuyau ordinaire de cheminée. Une large prise d’air du dehors, vient circuler autour des parois extérieures de ce foyer, et s’échauffe à ce contact, pour être ensuite dirigée dans les pièces à chauffer. Il ne faut pas cependant que le foyer élève la température de ces parois jusqu'au rouge, afin que l’air qui vient les lécher ne soit pas brülé, comme on le dit, c’est-à-dire privé de son humidité, et imprégné d’une mauvaise odeur provenant de la décomposition de certains corpuscules organiques qui sont toujours contenus dans l’air.
Le calorifère à air chaud est toujours placé dans une cave ou dans un lieu quelconque placé plus bas que l’enceinte à échauffer, de telle sorte que la marche de l’air chaud soit toujours ascendante. Les tuyaux de distribution de cet air sont en brique ou en tôle. Leur section est assez considérable. Ils rampent sous le parquet ou dans l'épaisseur des murs: il faut les isoler de la maçonnerie par des espaces vides, que l’on remplit de plâtre et de substances peu conductrices de la chaleur. Ils s’ouvrent, dans les pièces à échauffer, par de larges bouches munies de coulisses, qui peuvent s'ouvrir ou se fermer plus ou moins. Dans les pièces ainsi chauffées, on doit ménager un appel suffisant pour favoriser l’écoulement constant de l’air chaud a travers la pièce. Cet appel se fait au moyen de vasistas pratiqués à la fenêtre, ou par un peu de feu allumé dans la dernière pièce de l’appartement.
Les calorifères à air chaud sont des appareils de chauffage
extrêmement avantageux. Ils donnent jusqu’à 75 pour 100 de la chaleur totale dégagée par le combustible. Ils sont en outre très-hygiéniques, en raison du renouvellement constant de l'atmosphère de la pièce, qui se trouve balayée, sans interruption, par un courant d'air. Un calorifère à air chaud chauffe et ventile tout à la fois, ce qui est un avantage inappréciable. La ventilation est tout aussi énergique qu'avec une cheminée; en outre, l’air qui vient balayer l’appartement est chaud au lieu d’être froid, comme dans le cas des cheminées. C'est en un mot, de tous les systèmes, celui qui est de beaucoup préférable, sous le double rapport de l'hygiène et de l’économie.
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Fig. 156. Calorifère à air chaud.
Les deux figures ci-contre donneront une idée de la disposition d'un calorifère à air chaud.
Dans la figure 156, le foyer est placé au bas du cylindre de fonte CG. La flamme et la fumée qui s'élèvent de ce foyer, s’engagent dans l’orifice F, pour suivre un conduit de fonte, qui les ramène dans un large cylindre également en fonte FF” pour se diriger de là dans le tuyau de la cheminée, et s'échapper au dehors. L'air extérieur vient circuler autour du foyer et des tuyaux de fumée CF et FF”, et se dégager en haut par une large ouverture A”. Tout l'appareil est enveloppé dans un grand coffre en brique. L'entrée de l’air se voit en A; cet air circule, comme nous venons de le dire, autour du foyer et des deux cylindres de fonte CF et FF”: chaufté par le contact de cette large surface brülante, il s'échappe par le tube A’ et se rend dans les pièces où il doit être distribué.
Fig. 157. Calorifère anglais à air chaud.
La figure 157 représente un calorifère anglais : il consiste en un foyer dont la flamme et la fumée entourent quatre ran-
gées de tuyaux de fonte AA’, dans lesquels passe l’air destiné à être chauffé; cet air entre en A dans le tuyau inférieur et sort très-fortement échauffé en A’. La fumée et les produits de la combustion du foyer F, se dégagent par le tuyau de la cheminée C.