PAPILLON, BERNARD
PAPILLON
A nous deux, monsieur Bernard...
BERNARD
Que diriez-vous. Papillon, si je vous faisais louer votre échoppe?
PAPILLON
Hein ! comment, louer mon échoppe?
BERNARD
Oui...
PAPILLON
Et à qui donc, s’il vous plaît?
BERNARD
A des spéculateurs qui en ont besoin pour établir un lm-
reau, et qui, ne pouvant trouver une place aussi favorable, vous en donneraient une bonne somme...
PAPILLON
Eh bien? où donc que je travaillerais, moi?
UF.HNARD.
Vous ne travailleriez plus, vous seriez riche...
PAPILLON
Ah çà! voyons, c’est pour me dire ces bètises-là que vous prenez la peine de rester là ?
BERNARD
Vous n’aimez donc pas l’argeut?
PAPILLON
D’abord, je ne le connais pas assez pour l’aimer beaucoup.
BERNARD
Eh bien ! vous ferez connaissance et vous verrez que c’est un bon vivant; vous jeterez à la rue la poix et le tire-pied, et avec le produit de la location que je vous placerai en belles et bonnes actions de la Compagnie des Indes, vous deviendrez riche, très-riche. Ab! c'est qu’on va vite!... On parle d'une nouvelle émission que l’on doit faire prochainement, et à l’aide de laquelle on va faire monter les anciennes actions. Je loue votre échoppe, avec le produit, j’achète, et votre fortune est faite.
PAPILLON
Landerirette ! vous me faites bien rire, allez, tous avec vos spéculations... Si vous saviez comme je suis heureux dans e’t’ échoppe, vous n’ess averiez pas de me la faire quitter... Tous ces gens qui se remuent autour de moi font leur métier, vous ne me ferez pas abandonner le mien... ils aiment l’argent, j’aime le travail...
BERNARD
Mais puisque je vous dis...
• PAPILLON
Assez, monsieur Bernard, je sais tout ce que vous pourrez me dire... j’ serais aussi bête, avec de l’argent, qu’un laquais de M. de Conti, dont l’histoire nous a bien fait rire hier... 11 a joué... il a fait fortune... il a .acheté un carrosse et il se fait conduire à son tour. Seulement, hier, en sortant de la rue Quincampoix. au lieu de remonter dans son carrosse, voilà que, par habitude, il est remonté derrière,
BERNARD
Ainsi...
PAPILLON
Ainsi, c’est entendu... merci de vos bonnes intentions, et au revoir, monsieur Bernard; rncqi iranchet m’appelle, et il n’est pas habitué à attendre...
BERNARD
Bah ! vous réfléchirez, et bientôt je reviendrai savoir votre dernier mot.