ACTE II, SCÈNE X
vaiJ... je les ai cherchés vainement, et aujourd’hui je m’arrête et je me dis : faut-il aller plus loin?..
PAPILLON
S’il faut aller!., mais vous deviendrez un grand médecin...
ÉTIENNE
Oui... Et en attendant la renommée c’est la misère... toujours la misère!., (a part.) Quand l’argent pourrait me rapprocher d’elle!., de Flora!..
Eh bien! j’ai là de quoi la taquiner votre misère...
ÉTIENNE
Que dis-tu?..
PAPILLON
J’ai de l'argent à vous remettre... Vous savez bien les consultations que je vous ai demandées pour mon cousin, ma tante et la mère Simonne de chez nous...
ÉTIENNE, distrait.
Oui, oui, je sais.
PAPILLON, à part.
Ça prend!.. (Haut.) Eh bien, j’ai reçu des réponses aujourd’hui d’eux tous et, avec, le montant de votre dù...
ÉTIENNE
Comment... ces pauvres gens...
PAPILLON
Ils sont encore bien heureux que vous vous soyez occupé d’eux... ils n’ont qu’un vétérinaire dans le village. Tenez, voilà d’abord un petit écu du père Thomas, mon oncle... avec sa lettre qui me dit que son frère trotte à présent comme s’il n’avait jamais été question de rien. Idem, deux écus de la mère Simonne, qu’est privée de sa coqueluche, et trois autres de la tante Gaudin, qu’est guérite de son érysipèle.
ÉTIENNE
Comment?., elle est guérie déjà!..
PAPILLON
Tout à fait guérite, (a part.) Il y a deux ans qu’elle est morte. Total : six écus que je vas vous solder.
ÉTIENNE^ qui est resté pensif pendant tout ce temps, prend machinalement les lettres des mains de Papillon.
Mais ces lettres sont toutes de la même main!..
PAPILLON, troublé.
Ali bah!., delà même main?.. Tiens, pardienne! si vous croyez que Ton sait écrire chez nous... n’y a que le magister qu’écrit pour tout le monde, (u lui remet les six écus.) Tenez, monsieur le docteur, voilà le prix du travail... et dîtes encore qu’il ne rapporte pas!..
ÉTIENNE, tristement et comme à lui-même.
Pauvres gens, voilà qui leur coule bien cher, cl qui me donnera bien peu à moi.
LE SAVETIER UE LA HUE (JUINC VMPOlX.
PAPILLON, tout déconcerte.
Oh!., et moi qui croyais si bien le rendre* heureux... (il s’eu ra tristement à sou échoppé, puis revient précipitamment.) Voyons, monsieur Étienne, parlez-moi franchement : combien qu’il vous faudrait pour faire votre bonheur?.. C'est- y une grosse somme qui vous manque?.. S’agit-il de cent écus ?..
ÉTIENNE
Ne parlons pas de cela. Papillon , et pardonne-moi une tristesse que je devrais avoir la force de cacher à un brave cœur tel que le tien.
PAPILLON, rudement.
Des mots!., je vous dois bien plus que vous ne me devrez jamais. Voyons, est-ce deux cents?.. (Le regardant avec auxiété.) Cinq cents... mille écus peut-être?..
ÉTIENNE
Ah! si j’avais seulement...
PAPILLON
C’est ça... c’est mille écus qu’il vous faudrait. Mais il me semble que sur votre avenir et sur ma probité on pourrait trouver ça.
ÉTIENNE
Et chez qui? •
PAPILLON
Chez qui? mais j’ai de belles connaissances, sans en avoir l’air... des grands seigneurs que j’ai ressemelés.
ÉTIENNE
Tu es fou... et je fais de sots rêves... Tiens!.. (Faisant sauter dans sa main les six écus que Papillon lui a donnés.; Voilà lu vérité! la seule à laquelle il me soit permis de croire ! voilà du pain, de l’eau pour un mois... (Avec une émotion mol déguisée.) et vivent les six écus !.. (il serre la main de Fapillon et s’en va en disant d’une voix entrecoupée et comme à lui-même.) Si ju UC UlClirs pas de taini, je mourrai bien de chagrin. Et c’est toujours en tinir...