ACTE III, SCÈNE II
qu’anjourd’hui c’est un jour qui doit bien compter dans ta vie...
* GENEVIÈVE
Oh! que vous avez l’air sérieux.!..
PAPILLON
Je le suis, petite. 11 s’agit d’un grand secret que j’ai à te révéler.
Un secret!
PAPILLON
Oui, un secret concernant... ta naissance.
GENEVIEVE
Ma liaissance! Qu’est-ce que cela veut dire?
PAPILLON, tremblant.
Ça veut dire, Geneviève, que... tu... n’es pas ma fille.
GENEVIÈVE
Je ne suis pas... Oit! c’est impossible! Est-ce que vous auriez eu pour moi celte affection, celle tendresse si dévouées !.. Voyons, voyons, dites : je suis votre enfant, n’est-ce pas!
PAPILLON
Non, Geneviève.
GENEVIÈVE, pleurant.
Ah! mon Dieu, mou Dieu!..
PAPILLON
Bah ! fille d’un savetier! ce n’est pas une naissance si belle que tu aies beaucoup à la regretter.
GENEVIÈVE
Mais qui est-ce qui m’aimera, maintenant?
PAPILLON
Moi, toujours, toujours, Geneviève.
GENEVIÈVE
Vous me le promettez, n’est-ce pas?
Oui, ma Geneviève, oui, je t’aimerai toujours, et si... ce n’est plus comme un père, ce sera comme un ami, comme un frère, comme un... ‘ »
GENEVIÈVE
Oh! si, si!., toujours comme un père!., vous m’aimiez si bien comme ça!
PAPILLON
Ah ! . . si tu le veux absolument.
GENEVIÈVE
A la bonne heure! A présent, j’ai plus de courage, et je vous écoute.
PAPILLON
Eh ben! je te l’ai dit, mon enfant, je ne suis pas ton père... je t’ai reçue des mains d’une brave femme qui t’élevait et qui allait mourir; quand elle t’a confiée à moi, elle ne m’a dévoilé que le nom de ta mère... Henriette d’Esparville, que
i8 LE SAVETIER I)E LA RUE QÜ1NCAMP0IX.
j’ai vainement cherchée depuis quinze années; et puis elle m’a remis des papiers que tu ne dois lire qu’à dix -huit ans ? c’està-dire dans un mois.
GENEVIÈVE
Et vous avez consenti à vous charger de moi, et vous m’avez piudigué les soins les plus touchants, vous m’avez nourrie de votre travail ! et moi j’acceptais tout, comme si cela nl’élait dû... je me croyais si bien votre tille!...
Mais je te dois du retour, .lu contraire, car t’as fait pour moi plus que je n’ai fait pour toi.
GENEVIÈVE
Et qu’ai-je fait, mon Dieu ?
PAPILLON
Quand je t’ai adoptée, nia Geneviève, j’étais un jeune gars bien insouciant, un peu mauvais sujet, qui buvait son verre d’eau-de-vie le matin, son verre d’eau-de-vie le soir, et quelques bouteilles de vin dans le jour; mais quand je tue suis vu père de famille, je me suis dit : Faut te ranger pour elle, mon bonhomme; et comme t’avais besoin de petites robes, j’ai d’abord mis de côté les petits verres du Matin... Après, l’hiver est arrivé, et comme tu grelottais, faute de bons vêtements chauds, j’ai encore mis de côté le petit verre de chaque soir, et v’ià comme tu m’as guéri de l’eau-de-vie.
GENEVIEVE
Oh! mon bon, mon véritable père!
PAPILLON
Plus tard, t’étais si gentille qu’il te fallait de jolis bonnets, des tichus, des petits bas, lfcs sotiliers... je les faisais moimême... Et pour acheter tout cd, j'ai supprimé, ütie à une, les bouteilles de la journée; je lié les regrettais pas, ma Geneviève, car ton sourire, c’était le bon viii qui Me réjouissait le cœur!
GENEVIÈVE, pleurant dans ses bras.
Ah! vous avez été pour moi tin ange du bon Dieu I
PAPILLON
Veux-tu bien sécher tes pleurs, veux-tu bien me sourire tout de suite ?
GENEVIÈVE, essayait! de sourire.
Oui, mon ami... je... Ah! qtté je vous aime, que je vous aime ! (Elle sanglotte.)
PAPILLON
Encore !... mais si tu pleures en me souriant, méchante entant, tu me mets de l’eau dans mon vin.
GENEVIÈVE
Eh bien ! non, non, je ne pleure plus, tenez... (l ui souriant.) Êtes-Vous content, à présent?
PAPILLON, s’oubliant.
Est-elle bonne! est-elle gentille! est-elle... (il lui prend la tête,