‹ Le scepticisme. Aenésidème, Pascal, Kant: Études pour servir à l'histoire critique duChapitre 2 sur 41 · AVERTISSEMENT AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

Dans les dernières années de sa vie, M. Emile Saisset méditait d'écrire une histoire critique du scepticisme. Tout entier à ce grand travail, il en occupait son esprit^ il aimait à s*en entretenir avec ses amis, et il en avait fait le sujet de ses leçons à la Faculté des lettres. Sa pensée n'était pas seulement d'exposer les origines, le curieux développement, le progrès de la philosophie sceptique, et de mettre en lumière sur des points essentiels Tétroite parenté de Tancienne et de la nouvelle école pyrrhonienne. Cette partie historique de son livre, quelque nouveauté qu'il songeât à y introduire, n'était pas dans son esprit l'idée capitale. Il s'était proposé un but plus élevé : c'était de considérer le scepticisme comme la pire des maladies morales de tous les temps et du nôtre, comme la cause active de

Il AVERTISSEMENT

bien des plaies intellectuelles ; c'était surtout de donner aux esprits, comme conclusion efficace de cet examen critique, une impulsion vigoureuse à la recherche spéculative du vrai et du bien. Il voyait là le remède du mal. Je me souviens que dans une de ces conversations où il livrait volontiers sa pensée et qu'un de ses confidents les plus aimés a finement caractérisées ^ il me disait : «Lorsqu'on 1834, Jouffroy traitait du scepticisme actuel, il expliquait par le scepticisme religieux l'abaissement des caractères, le retour au matérialisme, le goût des révolutions, la caducité des popularités; et il avait raison. Mais il y a dans ce tableau et dans cette analogie un trait qui me parait peu exact. Jouffroy prétend que la conviction où nous sommes de l'absurdité des vieilles croyances et des vieilles formes politiques et sociales nous conduit au mépris du passé, à l'ignorance de l'histoire. Cela n'est pas exact. Notre siècle n'est pas un siècle d'ignorance et d'incuriosité historiques. Au contraire, nous aimons l'histoire, nous y excellons. Mais ce qui nous manque, c'est le goût de la vérité éternelle et absolue ; c'est la force de juger, c'est le critérium ; c'est le choix viril à faire entre le vrai et le faux : de là l'absence de caractère, parce que,

* Voyez, dans les Lisœurs prononcés aux funérailles de M, Emile Saissctf le discours de M, Janet. — Brocliure in-8, impr. Bourdier. Paris, i863.

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