‹ Le scepticisme. Aenésidème, Pascal, Kant: Études pour servir à l'histoire critique duChapitre 26 sur 41 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

£NéSIDÈME DISCIPLE D'HÉHACUTE.

Lorsqu'on recueille les témoignages que l'antiquité nous a laissés sur iEnésidëme, et qu'on en rapproche les fragments épars de ses écrits, on est frappé du contraste singulier qui se révèle dans le caractère de ces divers documents. En examinant la plupart d'entre eux, on y découvre le développement régulier d'un scepticisme fortement conçu et dont la rigueur le dispute à la hardiesse. Mais si Fon tourne les yeux vers de certains textes qui, pour être moins nombreux que les autres, n'en sont pas moins authentiques, on se trouve brusquement jeté dans un ordre d'idées tout nouveau. Ce n'est plus au scepticisme qu'on a affaire, mais à un dogmatisme très-net, très-arrété et j'ajoute, très-exclusif. Au lieu d'arguments contre le critérium de la vérité, les signes, les causes, on rencontre des affirmations tranchantes sur le principe universel, le temps.

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le mouvement. On vient de laisser Jlnésidème occupé à reconstituer Técole pyrrhonienne; le voici maintenant qui entreprend de rajeunir un de ces antiques systèmes qui semblaient avoir péri pour jamais avec Técole dlonie. L'héritier de Pyrrhon a disparu pour céder la place au disciple d*Héraclite.

Si Ton essaye de se rendre compte de cette singularité, la première idée qui vienne à Tesprit , c*est qu^on est dupe d'une confusion de personnes, qu'il a sans doute existé |deux ^nésidëme, l'un attaché à Théraclitéisme, l'autre au scepticisme universel.

Cette conjecture semble-t-elle arbitraire? Voici une hypothèse qu; parait au moins très*spécieuse. Le sceptique iEnésidëme vivait à une époque où de toutes parts les philosophes revenaient aux anciens systèmes' ; il habitait Alexandrie, ville d'érudition et de critique. N'aura- t-il pas fort bien pu composer un commentaire sur la philosophie d'Heraclite, sans admettre cette philosophie pour son propre compte? Et ces mots queSextus répète en plus d'un endroit, Aiv7)(i(8y)ii.o; xa-cà HpixXstTov ne sont-ils pas des renvois à ce commentaire ^?

Mais supposez enfin que les témoignages historiques

' G*est à rëpoque où Nicolas de Damas, Alexandre d'Ëgë commentaient Aristote, où Q. Sextius, Sotion d'Alexandrie, Euxenus d'HëracIëe renouvelaient le Py thagorisme ; Thrasylle de Mendes, Piutarque, Albinius et beaucoup d'autres, la doctrine de Platon.

' Adv, Log. p. 20t,c.

Adv. Phys. p. 3Ga, D.

Adv. Phys, p. 417, A. — Cf. Hyp, Pyr. III, 17. Adv, Phys. p. 419, D.

2M LE SGËPTIGISMB

forcent de reconnatlre qu'JSnésiâème le pyrrhonien a professé la doctrine d'Heraclite, il se présente une dernière conjecture qni va tout concilier et tout expliquer.

Au début de sa carrière philosophique , ^nésidème se jeta dans le sensualisme , comme avait fait avant loi Protagoras , et adopta là doctrine héraclitéenne. Mais bientôt par une pente naturelle, il glissa du sensualisme au scepticisme , et la rigueur même de son esprit lui fraya la route d'Heraclite à Pyrrhon. C'est ainsi que Pyrrhon lui-même, dans sa jeunesse, lisait avec enthousiasme les écrits de Démocrite, et y puisait à son insu les germes de sa fameuse àicox^. C'est encore ainsi qu'à un autre âge, David Hume, disciple de L^ocke, déduisit le scepticisme absolu avec une rigueur justement celé* brée de la doctrine de la sensation.

En général, c'est une loi de l'histoire de la philosophie que le scepticisme s'y enchaîne au sensualisme, comme à un principe , sa conséquence inévitable. La conversion du sectateur d'Heraclite au pyrrhonisme universel est un cas particulier de cette loi.

Voilà, ce semble, une supposition fort admissible. Très-simple et très-raisonnable en elle-même, elle dissipe une contradiction qu'il serait difficile d'attribuer à un esprit que nous connaissons pour conséquent et résolu. Enfin, elle est confirmée par de nombreuses analogies, et comme protégée par une des lois les mieux établies de l'histoire.

Toutefois, nous pensons qu'en matière de critique, si séduisante que puisse être une conjecture, le respect religieux des textes doit être la première loi* Or, voici

D'iENËSIDÈME. 207

un passage de Sextas ^ qui semble bien emporter noire dernière hypothèse avec les deax antres :

«L'école d'iSnésidème^ soutient qae la doctrine sceptique est un chemin pour aboutir à la philosophie héraclitéenne^ par la raison que ce principe, les contraires existent dans le même, tb tivima xspi xh cdnh lyKàçr/jiw^ précède celui-ci, les contraires apparaissent dans le même, xh xà^énia icspl xh cdnb çaCveoBoi. Or, les sceptiques disent que les contraires apparaissent dans le même, et les héraclitéens qu'ils y existent. »

Il résulte rigoureusement de ce passage et de tout le chapitre qui le suit : 1® qu'iËnésidôme le sceptique est le même qui s attacha à rhéraclitéisme, ce qui renverse notre première hypothèse; 2"* qu il n*en fut pas seulement le commentateur, mais le disciple avoué, ce qui renverse la seconde; 3* enfin, on a conclu aussi de là, qa* Jlnésidème , au lieu daller d'Heraclite à Pyrrhon, entendait qu'on suivit et avait suivi lui-même la marche contraire, ce qui constitue une grave exception à la loi générale que nous avons invoquée , et ruine complètement l'hypothèse à laquelle nous nous étions attaché. Aussi Tennemann' l'a-t-il abandonnée. Staeudlin^, et Buhle^ y inclinent, au contraire, fortement. Ritter est indécis*.

* Sext. Hyp. Pyrr, 1,29.

' Je lis avec Fabricius : Aiviioî^Yipkcv, au lieu de Owidl^npiov. Ad Sext. 1. I.

* Hist. de la Phil. Y. 34, 35.

* Geschichte und Geist der Sceptic. I, 300 sqq.

* Buhle. Introd. àVhiêt. de la philos, mod. I, 369. trad. fr.

* Ritt. Uist, de la philos, ane. trad. Tissot. V, p. 223 sqq.

Nous ne nous dissimulons pas la portée du témoignage si précis et si net de Sextus. Mais ne serait-il pas possible d'admettre qu*iEnésidëme , après avoir passé en réalité d'Heraclite à Pyrrhon, voulut éviter le reproche de se contredire par un ingénieux subterfuge, en établissant entre le scepticisme et rhéraclitéisme cette espèce de lien logique dont parle Sextus? Après tout, il n'y a pas bien loin de l'un de ces systèmes à l'autre. Gar^ qu'est-ce que la doctrine d'Heraclite, sinon une tentative audacieuse pour expliquer l'univers entier par un seul des éléments qui le constituent, l'élément de la mobilité, les phénomènes? Or, les phénomènes, iEnésidème n'hésite pas à les admettre , et il reconnaît même de certaines lois ^ (toutes subjectives à la vérité) qui les enchaînent régulièremenf . Il pouvait donc parler ainsi : — Au fond, rien ne paraît certain ; et le parti le plus sage est de s'abstenir de tout système. Mais s'il fallait en choisir un, celui d'Heraclite devrait avoir la préférence. Que disons-nous en effet, nous pyrrhoniens? Que si la raison fait un pas hors de la conscience , elle trouve partout changement et contradiction. Et que dit Heraclite? Que l'univers est la coexistence et la lutte des contraires; que la loi des choses, c'est le mouvement , dont le feu est le principe et le symbole. Ne sommes-nous pas bien près d'être d'accord?

Je ne donne cette explication que comme une simple conjecture , et je sais qu'une logique exacte ne tirera

^ Voir ropinion d'Jlnésidème et de toute Técole sceptique sur les signes, dans notre ch. lY.

D'iENÉSIDËME. 209

jamais le dogmatisme du scepticisme. Mais si Thypothëse ou j*incline avec Buhie et Stœudiin n'est pas absolument contraire au passage de Sextus , il est bon de remarquer qu'elle est tout à fait d*accord avec tous les autres témoignages, et de rappeler encore une fois qu'elle a pour elle de puissantes analogies et une loi fondamentale du développement de l'esprit humain.

Du reste, les débris de Théraclitéisme d'iEnésidéme n'ont qu^une importance très-secondaire. Ce sont quelques phrases sans suite, sans portée considérable, et presque sans intérêt. Recueillir et coordonner ces fragments çà et là dispersés , en y ajoutant les remarques nécessaires pour lès éclaircir, tel est le seul objet que nous ayons dû nous proposer.

I. On sait que la philosophie d'Heraclite est un panthéisme matérialiste ou l'un des éléments de l'univers est considéré comme le principe universel des choses; iSnésidëme admettait cette doctrine ', au témoignage de Sextus :

«L'être, suivant Heraclite, c'est l'air, comme dit iËnésidëme. » On pourrait être tenté de lire dans le texte de Sextus itùp au lieu de ài^p. Le principe d'Heraclite en effet, c'est le feu. Mais ài^p s'explique trèsbien, si l'on observe que dans la théorie héraclitéenne, Tair est la première des transformations du feu. c( Dupbc

* Sext. Adv. Phys. 419, D. — Cf. Ibid. 417, A, B. Hyp, Fyr. m, 17.

no LE SCEPTICISME

n. L'essenee et la loi du principe universel d'Heraclite, c'est le mouvement. iEnésidème entreprit, à ce qu'il parait, de ramener les différentes espèces de mouvement à deux espèces fondamentales, en réduisant la classification péripatéticienne^. Âristote comptait six espèces de mouvements :

Le mouvement local ^, totcMi^tiâMtç*

Le changement, |I£T(x6oXi^.

La génération, -^htsiç*

La corruption, ^OcDpd.

L'augmentation, ou^tç.

La diminution, [asuiktiç.

c( Mais, dit Sextus, la plupart des philosophes et parmi eux, les disciples d'iSnésidème, réduisent tous les mouvements à deux : le premier, c'est le mouvement par changement, (uxoéXiQTixi] KCvr^oK;; le second, c'est le mouvement local, [UToéarix^. Le premier est celui par lequel un corps, en gardant la même essence, reçoit des qualités nouvelles, perdant l'une et gagnant l'autre, par exemple le changement du vin en vinaigre , et Tamertume du raisin changée en douceur, le caméléon qui prend tour à tour diverses couleurs ^ et le

1 Clem. Alex. Strom. Y, p. o99. —Cf. Laert. IX, 9. — Fiat. de plac. phil. I, 3.

^ Au reste, cette réduction D*est pas nouvelle ; elle est déjà dans le Théétète de Platon.

* Ârist. Phy$.

Il faut lire avec Fabricius : irotxiXXcpitvou.

D'iGNËSlDÈME. 211

polype. Or, la génération et la corruption, Taugmentation et la diminution ont sans doute des mourements spéciaux; mais tous se rattachent au mouvement par changement ; à moins qu'on ne dise que Taugmentation est une espèce de mouvement local, comme provenant de Fextension des corps en largeur et longueur. Le mouvement local est celui par lequel le mobile change de lieu soit tout entier, soit en partie; tout entier, comme les corps qui tournent et comme les personnes qui se promènent; en partie, comme la main qui s'étend et se contracte , ou bien comme une sphère qui tourne autour de son centre ^ . d

IIL Les différents mouvements s'opèrent dans le emps. Qu'est-ce que le temps? Suivant ^nésidème, le temps n*est pas un être distinct. Il ne diffère pas de Tétre. G*est Tétre en mouvement.

« iEnésidème a soutenu, d'après Heraclite, que le temps est un corps, parce qu'il ne diffère pas de Tôtre

1 Sext. Adv, Phys. p. 386, E.

Yoioî la note de Fabricius sur ce passage : « Quando porro Sextus hoc loco ait Jlnesidemum, qui fuit scepticus, duo gênera motus reliquisse, non sensus est eum probasse illa, et vero dari docuisse, qui, ut de scepticis etiam notât Laertius (IX, 90), omnem motum vocabat in dubium : sed tantum innuit plura illa apud dogmaticosquosdam celebrata gênera motus, ab J!nesi~ démo ex Platonis et aliorum dogmaticorum sententia esse revocata ad duo quo facilius sub duobus hisce summis generibus, caBteras l^ixa< motiones oppugnaret. » Fabrîc. ad Sext. Adv, Math. X, 38. — Sans repousser absolument la conjecture de Fabricius, on peut aussi bien rapporter cette classification des

et du corps premier '. C'est pourquoi dans sa première introduction ^, ramenant à six ^ les appellations simples des choses, icpoYpitdiTcovTàçàTïXâçXéÇeiç, ou éléments du discours, il classe le mot temps et le mot um/^dans la catégorie de Tessence. Les grandeurs de temps et les principaux nombres se forment par multiplication. Quant au mot actuellement^ vuv, qui est le signe du temps, il n'est comme Tunité rien autre chose que Tessence. Le jour, le mois, Tannée sont des multiplications de V actuellement^ je veux dire du temps. Les nombres deux, trois, dix, cent, sont des multiplications de Tunité. Ainsi donc, ces philosophes font du temps un corps *. »

IV. A la doctrine panthéiste qui absorbe et confond toutes choses dans Tunité d'un seul être, se rapporte également cette opinion d'iËnésidème que Sextus nous a conservée ' sur le tout et la partie :

mouvements au dogmatisme héraclitëen d^Enésidème, « Libenter enim^ dit Fabricius lui-même, Heracliti vestigiis insistere JSnesidemum, quantumvisscepticum, jam sœpius, etc.» Fab. AdSexL X,218.

^ « Hoc est, dit Fabricius, toû àspoç. Vide si placet qus ad section. 232. » Ad. Sext. X, 216.

* a iËnesidemi lîaa^u'YiQ nescio an eadem cum ejus aTMx>i«** 0191 quas memorat Aristocles apud Euseb. XIV, 18. • AdSext. X, 216. — Voir notre chap. I.

> Quaenam sint reliquae quatuor res (duas enim hoc loco tantum ex sex illis refert, xp^^^ ^t fAcvoî^a) quibus simplices ejusmodi appellationes usus hominum imposuerit, non memini quis vêtemm scriptorum qui exstant, nos doceat. Fab. ad Sext. X, 21 d.

♦ Adv. Math, p. 417, A. — Cf. Hyp. Pyrr. El, 17. " Sext. Adv. Math, p. 363, D.

D'iENÉSlDÈME. 313

« JSnésiâëme soutient, d'après Heraclite, que la partie est la même chose que le tout et une chose différente. £n effet, Têtre est tout et partie à la fois : tout, si Ton considère le monde ; partie, si Ton considère la nature de tel ou tel animal. La partie s'entend aussi de deux façons ; tantôt comme différant de la partie proprement dite, comme quand on dit que la partie est elle-même partie de la partie, par exemple le doigt, de la main; Toreille, de la tête; tantôt comme étant proprement la partie du tout. C'est en ce sens ' que Ton regarde la partie comme composant le tout. »

Y. Heraclite ne s^était pas occupé seulement de physique. On trouve dans sa doctrine quelques traces de logique et de psychologie. Il réduisait toutes nos connaissances aux sensations xà «{aOiQxa, et les divisait en deux séries : celles qui sont communes à tous les êtres sentants, xoivi, et celles qui sont individuelles, t8ta. Les premières sont toujours vraies; les secondes peuvent seules nous abuser.

iEnésidème admit et développa sans doute ces principes :

oc L'école d'JËnésidème, dit Sextus^, celle d'Heraclite et celle d'Épicure, penchent toutes trois vers les choses sensibles : elles ne diffèrent que comme des espèces dans un genre commun. JËnésidème établit entre les phénomènes cette différence, que les uns apparaissent

^ Je lis avec Fabricius : xafto rtvi; 9ao\y xow&ç (Mpiov ilvou, au

lieu de xoittÔTt rvtiç faalv xavû; pispo; civxi. * Adv, Log. p. 222, B.

généralement à tous les hommes, les autres à certains individus seulement. Ceux-là sont vrais, ceux-ci sont ' trompeurs. Épicure ' pense au contraire que tontes les apparences sensibles sont vraies et fondées en réalité. ï>

Il faut rapprocher de cette indication deux passages de Sextus, qui complètent le peu que nous savons sur la théorie de la connaissance d'après Heraclite et iEnésidème.

« La Stdvcia, dit Sextus ^, n*est autre chose , suivant quelques philosophes, et Dicéarque par exemple, qu'une affection du corps. D'autres s'accordent à admettre son existence, mais ils ne la placent pas dans le même lieu; ceux-ci la supposent hors du corps, comme JSnésidème, d'après Heraclite» ceux-là dans tout le corps comme Démocrite... De plus, les uns pensent qu'elle diffère de la sensibilité, les autres que c'est la sensibilité elle-même apercevant les objets par les canaux des sens, comme à travers des ouvertures '. Cette dernière opinion a été professée par Straton et par iEnésidème. »

Il paraît contradictoire que la Stàvota soit donnée dans

« Adv. log.p. 201, C.

> Cf. Cicer. Acad. qu. IV, 15. — €f. Sext. Adv. Mûik. p. 17dr C.

s Je lis 6ffûv avec Fabricius; toxcav est inintelligible.

« Legendum esse ^tuûv pro renruv, clarum est ex sect. 364, ubi ad bunc ipsum locum noster repetit : x«v &iro6iipLe6ft ^i drr Mvoiav xrx. Haec est sententia quam oppugnat Lucretius (III, 360) docentium : Oculos nullam rem cernere posse, Sed per eos animum ut foribus spectare reclusis. Fab. ad Sext. YII, 319. — Cf. Sext. Adv. Math. p. 208, D.

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ce passage tantôt comme placée hors du corps, tantôt comme identique à la sensibilité. Mais cette difficulté disparaîtra, si Ton veut se rappeler qu'Heraclite séparait nettement ce qu il appelait la raison générale, de la raison humaine; la raison générale qui remplit Tunivers \ la raison humaine qui n'est qu'une étincelle de ce feu divin. Quand il est dit que la diivoia est placée hors du corps, il s'agit de la raison divine, universelle. Quand au contraire elle est assimilée à la sensibilité, il s'agit de la raison humaine qui, entretenue par le feu divin, aperçoit à travers les organes les choses extérieures.

Mais il est inutile de s'appesantir sur l'interprétation de ces témoignages tronqués. L'intérêt et l'honneur de l'entreprise philosophique d'^Ënésidëme ne sont point dans la tentative impuissante de renouveler un système épuisé. Ils sont exclusivement dans le scepticisme hardi, étendu, profond, dont il emprunta la première idée à Pyrrhon, et qu'il légua organisé de toutes pièces à ses successeurs.

Avant d'exposer ce scepticisme^ nous avons cru devoir en éclairer l'origine. Notre étude sera complète, si pour en mesurer l'influence, nous le suivons jusque dans ses derniers développements.

1 Sext. Ait. Math. 161 sqq. — Cf. p. 201 C. 272, C.

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