VI AVERTISSEMENT
ses le^ns, pressé d'ailleuts d'arriver à Pascal, dont la grande figure domine toute cette renaissance du scepticisme, H. Saisset ne put pas suivre ici la marche qu'il s'était tracée. Il s'appeiBantit à son gré sur le scepticisme du livre des Pensées, dans les leçons du premier semestre de l'année 1862*i863, et il ne put aller au delà*
La troisième année Taurait conduit à étudier le scepticisrné du dix-huitième siècle dans David Hume et Kant, avec son contre-coup et son développement ultérieur dans le dix-neuvième siècle jusqu'à nos jours : il aurait touché là à ce qu'il appelait les plaies intellectuelles de notre temps : c'était la matière d'un troisième volume au moins.
S'il avait réalisé ce plan très-vaste, c'est une histoire complète du scepticisme depuis ses lointaines origines jusqu'à ses derniers retentissements au milieu de nous, ce sont trois volumes que je devrais aujourd'hui présenter aux amis de la philosophie, pour que leur attente ne fût pas trompée. C'est avec ces proportions que l'œuvre leur a été primitivement annoncée de l'agrément de l'auteur. Une autre raison "de plus d'autorité encore m'aurait fait une loi de leur offrir, si je l'avais pu, une telle publication : c'est que j'aurais pleinement accompli les intentions de mon frère, en faisant connaître après sa mort l'œuvre con-
AU LECTEUR. Vi;
çue et enireprise avec amotir qu'il s'était bercé de l'espoir d'achever de son vivant. Cette satisfaction ne m'a pas été permise. Je crois bien faire d'expliquer ici pourquoi je ne publie qu'un volume, et comment j'y ai distribué les parties dignes de paraître de l'œuvre considérable que l'auteur s'était proposée. Quant à la part qui manque, personne ne regrettera plus que moi qu'elle soit grande : il faut s'en prendrd à la msdadie et à la mort, ces deux ennemis inexorables de toute œuvre htimaîne, qui ne hri ont pas laissé je temps de donner davantage. Loin d'avoir écrit toute l'histoire du scepticisme, il n'a pas même eu le temps de l'exposer jusqu'au dix-huitième siècle dans son cours de la Faculté des lettres, qui s'est arrêté après Pascal : ni son cours, ni son livre, n'ont eu leur fin naturelle. Mais il en a achevé certaines parties. Je les publie, ne pouvant me résoudre, on le comprendra, je Tcspère, à les vouer, malgré des traces d'imperfection , au silence et à l'oubli. Peut-être quelque voix s'élèvera pour dire : Pendent opéra interrupta. Je l'avoue ; mais à ses premières assises un regard impartidlije méconnaîtra p^ la beauté du monument, ni dans ses parties achevées l'art consommé de l'exécution ; c'est ce qui m'a décidé.
Voici la composition du volume.
Après un Avant-propos sur le caractère et sur les causes du (Jéveloppement de l'esprit et de la philoso-
Vlll AVERTISSEMENT
phie sceptiques, reproduction exacte de la leçon d*ou»* verture du cours de 1861, on trouvera utie première étude intitulée r Le scepticisme cTJEnésidème. Sous un titre modeste, c'est Thistoire critique du scepticisme dans l'antiquité. Mais tandis qu'à la Sorboune M. Sais* set l'avait en quelque sorte morcelée sous la forme de monographies successives, cette histoire est ici concen* trée autour de la personne d*^nésldème qui lui donne son unité : unité vraie , ^l l'on songe qu'^nésidème représente, en les résumant, les sceptiques venus avant lui, avec le mérite supérieur d'avoir fondu leurs doctrines diverses dans un système rigoureux et lié, si l'on songe aussi qu'il n'a laissé après lui que des disciples dont pas un ne l'égale; de sorte qu'il apparaît à Thistorien philosophe comme la personnification du scepticisme antique. Je ne crois pas avancer une nouveauté en déclarant que c'est là, à mon sens, Tart véritablement savant et lumineux d'écrire l'histoire d'une école qui abeaucoup duré, comme le scepticisme grec pendant des siècles. Quand un écrivain reticontre dans le passé un personnage de la nature d'^nésidème et de sa hauteur, au-dessous duquel se subordonnent sans effort, comme autant de membres d'un corps, tous ses prédécesseurs dans l'école dont il est la tête, c'est uhe bonne fortune pour les lecteurs comme pour lui. C'est l'ordre, la lumière, le mouvement, mis à la place des
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embarras d*une revue interminable. Craindra -t - on que personne y ait perdu? Les sophistes, les mégariques, les académiôiens probabilistes, les pyrrhonieis, toutes les écoles de scepticisme, tous leurs représentants éminents sont là caractérisés en traits précis et souvent nouveaux. iCnésidème y tient la plus grande place, comme il Ta tenue par son génie organisateur dans les destinées de Técole. * Ce n'est pas tout : la question du scepticisme en lui-même y est posée, analysée avec étendue, et ramenée non sans profondeur à trois points précis sur lesquels Tauteur a établi une discussion régulière. Il en sort une démonstration de Timpossibilité pour un sceptique de bonne foi de garder l'équilibre systématique de l'école entre Taffirmation et la négation , tant sur l'évidence de nos principes naturels, que sur la légitimité de notre foi dans la raison.
Au reste, e'est ici un travail qui, j*ai trop tardé à le dire, n'est plus absolument à juger et auquel il m'est permis de présager, sur une première épreuve, un favorable accueil. Il n'est pas autre chose, en effet, que la reproduction d*une thèse soutenue par M. Emile Saisset devant la Faculté des lettres de Paris avec une solidité d'érudition et d* argumentation dont ses maîtres et ses témoins n'ont pas perdu le souvenir. On y admirera encore la savante restitution de la personnalité ense-