CHAPITRE TROISIÈME
RENOt)V£LLElI£NT SU PTHRUOHISHE FAR SHÉSIDÈllE. — CA- RACTÈRE PROPRE A SON ENTREPRISE PHILOSOPniQDS. — PLAN DB SES ÉCRITS.
Rappelons en quelques mots les résultats historiques que nous YeDons d'établir : 1° l'origine du scepticisme en Grèce est beancoup moins ancienne que la plupart des historiens ne l'ont pensé ; sans parler de l'école d'ÉIée, de celfe d'Heraclite, de la doctrine Atomistiqae et de la Mégarienne, qui ne sont évidemment pas sceptiques, l'école des Sopliistes elle-même, en ce qu'elle a eu de sérieux, n'a pas professé proprement le scepticisme, mais bien ce qu'on pourrait appeler le dogmatisme négatif absolu ; 2° conçue et proclamée pour la première fois par Pyrrhon, l'idée-mère du scepticisme ne s'est toutefois constituée dans son école par aucun monument considérable ; 3° la seconde et la troisième Académies, loin de continuer et de propa-
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LE SCk^fTICISME D'^NËSIDËHË. 60
ger le vrai mouveinent sceptique, l'ont combattu au contraire et arrêté dés son opigine , en y substituant ce même dogmatisme négatif dont les Sopbisles, avec moins de puissance et un caractère plus frivole, avaient été déjà les inlerprèles.
La conséquence que nous voulons déduire du rapprochement de ces faits, c'est que, durant les six derniers siècles de la philosophie grecque, si le scepticisme trouva dans Pyrrhon un sérieux et hardi promoteur, aucun esprit ne se rencontra assez étendu ni assez ferme pour lui marquer sa place et lui assigner son rang parmi les autres grandes manifestations de la pensée philosophique. Ce fut là, nous allons le reconnaître, la mission que se donna ^nésîdème, en reconstituant au premier siècle de l'ère chrétienne l'école oubliée de Pyrrhon.
Dès le début de son ouvrage des llu^^vCtdv Xj^et , jËnésidème marque avec une force et une précision singulières sa directioD philosophique. Il est Pyrrhonien absolu, et à ce litre, adversaire d'Ârcésitas et de Carnéade aussi bien que d'Épicnre et de Zenon. Ce n'est pas à tel ou tel dogmatisme qu'il déclare la guerre ; c'est l'esprit même du dogmatisme qu'il poursuitàtravers les formes les plus opposées. Qu'on affirme ou qu'on nie, qu'on adopte un système ou qu'on- rejette tons les systèmes, qu'on soit pour ou contre la raison, peu importe. Quiconque ne doute pas, est pour iSnésidèaie undogmatiste, c'est-à-dirë, un adversaire.
C'est ici que se découvre la légitimité de la dislinclion que nous avons établie entre l'esprit négatif qui
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n'est qu'une des Tonnes du dogmatisme , el l'esprit
sceptique.
Elle apparaiesail déjà dapt l'hiiitoira par l'opposiliop des derniers Sophislcs et des premiers disciples de Pyrrhon? Elle éclaie ici en quelque sorlc dans la polémique engaj^ée par jEnéfidème contre les sectateurs de la nouvelle Académie, Que ceux qui persisteraient à reconnaître te vrai scepticisme dans l'école des Sophistes et dans celle d'Ârcésilas, que ceux-là nous expliquent pourquoi ^néïidùme au nom de Viicoyi, pyrrlionienne rompt hardiment en visière à l'Académie , et dans la proscription commune oii il enveloppe les négations tranchâmes de pelte école el les affirmations des écoles rivales, trouve le caractère propre à la définition méipe de sa doctrine.
Il est bon de citer ici ses propres paroles : Dans le premier livre des tlu^puvCuj }.iiai, suivant Photius', -Enésidème distingue à peu près en ces termes le Pyrrhonisme de la doctrine Académique, a Les <i philosophes de l'Académie sont dogmatiques; ils po- '■i sent certains principes comme indubitables et en « nient d'autres sans réserve. Au contraire, les pyr- 'i rhoniens sont sceptiques * et entièrement dégagés de
' Phot. Bibl. p. B12. Éd, Hœsch. H n'est peut-être pas mutile de remarquer qu'^ndeidème n'était ëloigné des académiciens par aucune rivaliui, par aucune bains pergunneila. Il dédie g«q ouvrage à un académicien considdrable de ses amis. Vid, Phot. 1. 1.
' Le nom de sceptique, dans l'antiquité, était exclusivement réservé aux ptiiloBopbee de l'école de Pyrrbun et de celle d'£nésidàme. l.aert. IX, 11. Seit. Hyp, Pyrr.J, i. Ibid. 32, 33.
U'JiINliSIUËME. Il
« touieespèce de préteniion dogmatiqae. Aucuti d'eux « ne dit que loules choses soient incompréhensibles ou '< qu'elles soient compréhensibles; mais k leur avis elles ne sont pas plus l'un que l'antre. Ils oe disent « pas qu'elles soient tanlût ceci, tantdt cela, ou telles « pour celni-ci, telles pour celui-là. et rien da tout -V pour un troisième ; ou toutes ensemble iniotelli- « gibles, ou quelques-unes seulement ; mais, suivant « eux.étiesnesoDt pas plus intelligibles qu'inintollia gihies, pas plus intelligibles maintenant quemaintet< nant iniitleiligrbles. {| n'y a pour eux ni vrai , ni Taut, « ni probable, ni fitre, ni non-éire ; mais la môme chose, « pour ainsi perler, n'est pas plus vraie que fausse, « probable qu'improbable, élre que non-étre; pas plus « tantôt ceci que lanlOl cela, pas plus telle pour celui- B ci que telle pour celui-là. Car, en général, le pyr- M rhonien ne détermine rien, et pas cela mdme, que « rien n'est déterminé. ■»
An premier coup d'œil jeté sur cette déclaration nette et hardie, on objectera peut-éire à ^nésidéme que la barrière qu'il veut életer entre In doctrine Académique et la sienne est une barrière tout artificielle. On dira : le pjrrbonien le plus délierminé est forcé de convenir que celui qui nie toutes choses a ce point commun avec ëelui ijui les met en doute, que ni l'un ni l'autre n'afBrme rien. La dilTéreoce, s'il en reste quelqu'une, est sans conséquence. Bien plus, à l'eiuminMde pris, celio diff^rmice est puérile. Car n'afUrmer qu'une seule chose, k savoir qu'on ne peut rien afUrmer, et n'afiJhner auedne ohoèé, pte même qu'on n'en nu-
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rait affirmer aucune , c'est en termes difîérents la même position intellectuelle, ou pour mieux dire la même absurdité; puisque, soutenir qu'on n'affirme rien et qae, cela même, on ne l'affirme pas, c'est affirmer encore, malgré qu'on en ait. La seule différence est donc que dans le premier cas l'affirmation parait au grand jour, et que dans le second on essaie de la cacher par un sublerfuge.
Nous n'essayons pas d'affaiblir l'objection. — Voici la réponse qu'^Ëuésidëme et toute son école n'eussent pas manqué d'y faire :
Si noire doute s'étendait a tontes choses, même aux. impressions internes, aux phénomènes en tant que phénomènes, ce doute universel serait aussi absurde que l'universelle négation des Académiciens, et n'en différerait pas sérieusement; car, nous l'avouons, de même qu'une négation absolue détruit son propre ouvrage, ainsi, un doute absolu, soit qu'il s'afBrme, soit qu'il s'applique à soi-même comme à tout le reste, esl une contradiction évidente. Mais ce doute n'est pas le ndire ; car notre doute, nous l'affirmoDs. Nous l'affirmons comme un phénomène interne au même titre et sous la même réserve que tous les phénomènes analogues. Et qu'on ne nous accuse pas de nous contredire. Nous faisons, il est vrai, profession de mettre en doute la valeur de toute affirmation comme de toute négation touchant la nature des êlres; mais d'ovi vient ce doute ? il vient du spectacle des contradictions où tombe la raison quand elle veut pénétrer jusqu'à l'impénétrable région dès essences. Dans cette région, notre doute eel
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nnivei'sel. Nous u'aftimKMis rieu, Dons oe nions riea. Nous n'affirmons et noas ne nions pas même qu'on puisse rien nier ni affirmer ; mais notre doute s'arrélc \ï. Il respecte les pures impressions, les phénomènes, Et la raison en est trë»-simple ; car du moment qu'on retranche à ces impressions tonte portée spéculative, toute valeur dogmatique absolue , les contradictions disparaissent, et avec elles notre doute.
On n'a donc pas le droit de confondre dans un même arrêt celle doctrine et celle de l'Académie. Les Académiciens nient absolument la possibilité de comprendre les choses ; nous ne la nions pas, nous en doutons. I^es — ' Académiciens se contredisent grossièrement par cette négation absolue ; notre doute échappe à ce reproche Là négation des Académiciens n'est fondée que sur )a contradiction des opinions dogmatiques; nous nous appuyons, nous, loul à la fois des contradictions ou l'on tombe en affirmant et de celles qu'on n'évite pas en niant, pour nous réfugier par delà l'aflirmation et la négation dans un doute spéculatif universel. Enfin, les Académiciens nient les phénomènes internes comme ! tout le reste ; nous douions, nous, de tout le reste ; mats nous affirmons les phénomènes internes.
En vain direz-vous que nous avons ce point commun avec l'Académie que nous excluons comme elle toute affirmation spéculative. Cela est vrai ; mais vous oubliez que nous avons aussi avec l'ensemble des autres écoles ce point commun que nousexcluons comme elles la négation spéculative de l'Académie. Il n'y a donc pas plus de raison pour nous confondre avec l'Aca-
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demie qu'avec ses eâversaires les pins déclarés. C'est le propre de notre doute en matière de spéculation de se rapprocher à la fois et da s'éloigner de l'affirmation et de la négation ; de l'affirmalioB, parce qu'il exclut la négation; delà négation, parce qu'il exclut l'affirmation.
En deux mots, notre doctrine diffère de la doctrine Académique :
1" Dans la sphère de la spéculation pure, comme le doute dilTère de ta négation ;
S* Dans celle des phénomènes internes, comme l'affirmation diffère de la négation ; et il faut bien l'ajouter, comme nneafflrmation conséquente avec elle-même et avec le doute spéculatif qui lui sert de limite , diffère d'une négation absolue qui ne peut s'énoncer sans se contredire.
On ne nous reprochera pas, nous l'espérons, de rien attribuer ici à ^nésidèrae qui ne ressorte de l'interprélation scrupuleuse des textes, ^nésidéme n'est d'ailleurs, en tout ceci, que Je disciple intelligent et fidèle de Pyrrhon. Or, il a déjà été établi que, l'iitox'^ pyrrhonienne est une imyji toute spéculative qui se concilie , ou du moins qui prétend sérieusement se concilier avec l'affirmation des phénomènes de conscience*.
> Od peut rapprocher des teites déjà cités, ce témoignage net et précis de Sexlus : • Nous disons que le sceptique ne dog- ■ matise pas; mais il ne faut pas entendre par là qu'il refusr " son assentiment à toutes choses, puisque le sceptique adhère • aux représentations qui se forment en lui involontairement. Ce
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On l'explique ainsi assez simplemeot ane opinioa d'iîinèsidème qui paraît an premier aliord extravaganle, et qui est au fond une conséquence rigoureuse de l'iiTO^rt-
jËnésidëme déclare avec toas les sceptiques de son école qu'il n'altribne aux mois dont il se sert aucun sens déterminé. Quand noue employons, disent-ils, tel DU tel terme, nous n'accordons pas qu'il exprime absolament, 4e-nxû;, nos moditîcalions internes; nous les employons indifTérerament, dSistipipù)!;, mto^PiIsthiûî'. On a d'abord quelque peine à prendre ceci au sérieux. Et on demanderait rolontiers à ^Enésidème, d'où vient donc, que prenant les mots au hasard, il choisit tout jnste, entre mille, ceux dont il a besoin pour se faire entendre. Voilà on singulier hasard, et la raison, à sa place, ne choisirait pas mieux. Cette question ne paraîtra embarrassante pour ^nésidëme que si l'on ne veut pas seplacer à sonpointdevue. Admettez qu'^ nésidème et les Pyrrhoniens aient soutenu que leurs paroles n'avaient pour eux aucun sens, le ridicule seul devra faire justice de celte extravagance ; mais autre chose est le sens relatif et apparent d'un mol, autre chose est sa réalité objective, sa valeur absolue et universelle. Sous le premier point de vue, le langage est du domaine de la pensée spéculative ; jËuésidème l'enveloppe dans son doute spéculatif universel. Sous le se-
• qu'il but eoteodre, c'est qu'il n'affirme rien touchant ces ob- ■ jels obscurs dont on s'occupe dans les sciences. » Hyp- Vyrr. I. 7, init.
» Laeit. IX , p. îS6. - Cf. Sext. flyp. I^rr. 1, 18 «jq.
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cond poinl de vue, c'est un par phénomène donné par la conscience ; .Enësidèmé l'admet à ce tilre. Où eal riBconsé<]uence?
On se rend compte, à la lumière de cetie explicalion, du Térilahle sens des formules employées par jEnésidëme et son école. Voici les principales :
Pas plus ceci que cela, ci [jûi/Xsv, slSb iJûÂXsv.
Peut-être oui, peut-être nop, -cixa vm ci -.iyu.
Je m'abstiens , je ne détermine rien , lidyw , oiSèv
Toute raison est contredite par une raison égaie et contraire, îrovri Xfrfw \é-[ov hm ivtixïioOat '.
Les Pyrrhoniens ont soin d'avertir qu'ils ne donnent pas à ces formules un sens absolu. Ils sous-enteodent toujours, ûi; iiii't faiti-.x;, et ces mots eux-mêmes, ils ne tes emploient qu'à titre de signes apparents et relatifs de leur disposition présente. Aussi quelques sceptiques timorés, craignant sans doute de se compi-omettre en disant siSkv i^âÀ/ov, donnaient-ils à ce principe la forme suspensive de l'interrogation, -:'i iwtXXsv : Pourquoi ceci plutôt que cela ^ ? On peut sourire de co scrupule ; mais il a aussi quelque chose de respectable. Car il témoigne de ce besoin de rigueur logique qu&l'espri t humain porte partout avec soi, et qui l'honore au sein même de l'erreur. C'est en vertu de ce même esprit de subtilité rigoureuse qu'^nésidème définissait le scepticisme: « ^tiiv-ii Tiî TÛv çaivoijivwv ïi twv ixwîïijv vosuijivwv, wtB'îiv xina ^ïot (lUjjifiàXÎ.ETai, «;! <:i}'{v.pivi\iÂ.va, :tc>-Xf,v àvfoçIXewcv iwii
' Sexl.Hyp.Pyrr.l. 19.21, 22, 27, — Cf. Laerl.IX. 2S6.
' Id.lbid.p. 37, A.
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•.ofx/iiv îyi'Kx e&pfma-rai. Un souvenir par lequel confrontant ensemble et soumetlaiH à la critiqae les phénoménes et les noumènes de toute espèce , nous ne troUTons partout que désordre et stérililé. »
Ainsi le scepticisme n'est pas une déduction logique. C'est un état de l'âme, une impression, un sôuyenir, une sorte de souvenir, v-s^^ri -rtç '.
jusqu'à présent, nous avons tu ^nésidëme, disciple habile de Pyrrhon, remettre en lumière l'idée sceptique, qu'une décadence précoce avait obscurcie, opposer avec force le véritable esprit du scepticisme à la direction négative de l'Académie, imprimer enfin à l'IiwX'ft pyrrhonienne un caractère particulier de netteté et de rigueur. Cherchons maintenant ce que son entreprise philosophique eut de propre et d'original.
Pyrrhon avait conçu lepremier l'idée-mére du scepticisme, la méthode d'iKo^Yi. Mais cette idée était restée presque stérile entre ses mains. Or, à quelle condition pouvait-elle devenir féconde, pénétrer dans les esprits, y faire des conquêtes, forcer les doctrines rivales à compter avec elle, suffire enfin à ce besoin d'activité intellectuelle que le doute même ne détruit pas ? A condition de donner à l'â^ox'^ une base large et forte; à condition de montrer avec étendue et avec éclat les
> Laert. IX, p. 2S6, E Gelasius lit itiiwn; au lieu de {ninftn Ti{. tlaeet, dit Casaubon (ad Laert. p. 5a,) Qelasii leetio. Nais nous ne concevons pas plus que Rilter pourquoi on altérerait tt; texte de Diogëne, afin de substituer à une expression claire et »gni6cative un mot vague et à peu près insignifiant. — Voir Ritler. EUt. de la phil. anc. trad. Tiswt, IV, p. 22A, note \ .
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contradictions de la raison spéculative; ù coDdition d'instituer contre le dogmatisme une polémique vaste, sérieuse, profonde, dont la dialectiquefût l'instrument, et le doute universel, le but.
C'est là ce que n'avaient pu faire ni Pyrrhon, ni Timon, et ce que fît jflnésidème. C'est là aussi ce qui le plaça à la tête d'une école nombreuse et florissante qui dura trois siècles et compta Ménodote, Agrippa, Sextus parmi ses adeptes.
Pyrrhon avait réuni, il est vrai, quelques arguments sceptiques dans ses Séxa ipiitoi -rij; àicoxîiî. Mais que pouvait-il sortir de ces lieux communs empruntés à l'école des Bopbistes et classés ou pour mieux dire entassés sans rigueur, sans sévérité, sans critique? L'bonneur de systématiser le scepticisme était réservé à .^Enésidëme. Le premier, il conçut le projet d'opposer à la philosophie dogmatique une philosophie sceptique qui en fût pour ainsi dire la contre-partie, et qui, suivant dans tous ses mouvements la raison spéculative, l'arrêtât à chaque pas, lui demandât compte de ses principes, de sa méthode, de ses dogmes fondamentaux, et la convainquit sur chaque point de l'impossibilité radicale de rien affirmer ou de rien nier sans contradiction. Le nu^pwvfwv X^Ysi est l'ouvrage où jEnésidème réalisa crtte vaste entreprise, et dans les débris que le temps en a conservés, an regard attentif ressaisit encore les lignes à demi effacées du plan régulier qu'il avait construit.
jËnésidéme avait à combattre deux sortes d'adversaires, les Stoïciens et les Épicuriens d'un côté, et de l'autre l'Académie. Ces trois écoles s'accordaient pour
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diviser la philosophie en trois parties, la logique, la physique ou physiologie, et la morale. A leurs yeux, la physiologie contenait les principes de la morale, et la logique, antécédent nécessaire de la physiologie, était comme la clef de voûlc de tout l'édifice '.
Cet ordre qui en soi est fort rigoureux, ^nésidème l'imposa à sa dialectique. Aussi voyons-nous dans Pholius que le livre I des Iluf pwviwv >.4^ci et la première partie du livre H traitaient les problèmes logiques. Les trois derniers livres, VI, YII, VIII, étaient consacrés aax questions morales; les livres intermédiaires roulaient principalement sur la physique '.
Cette organisation régulière du scepticisme est parfaileraent bien marquée dans les Bypotyposes pyrrhonieanes deSextus et dans l'ouvrage en ciuqlivres qu'on a confondu fort mal à propos avec le llpà; jj^ijatiiisO; *. Il parall que depuis j^nésidéme elle présida à la composition de lous les ouvrages de l'école sceptique.
L'ordre suivi per j^lnésidéme trace le ndtre. Nous sllous le suivre tour a tour sur les questions logiques, phyiiologiques et morales, rassemblant les débris de Bet ouvrages avec les témoignages qui les éclairent, et «Biayant d'en ressaisir et d'en apprécier l'ordre, l'esprit et la valeur philosophique.
' Seït. Adv.Math. (41.
' Phot. Si6/.543,g4*.Hœgch.
' Voir notre chap. VIII.