CHAPITRE SEPTIÈME
JENÉSIDillE DISCIPLE D'HÉUÀCUTE.
Lorsqu'on recueille les témoignages que Tantiquité nous a laissés sur iEnésidème, et qu'on en rapproche les fragments épars de ses écrits, on est frappé du contraste singulier qui se révèle dans le caractère de ces divers documents. En examinant la plupart d'entre eux, on y découvre le développement régulier d'un scepticisme fortement conçu et dont la rigueur le dispute à la hardiesse. Mais si l'on tourne les yeux vers de certains textes qui, pour être moins nombreux que les autres, n'en sont pas moins authentiques , on se trouve brusquement jeté dans un ordre d'idées tout nouveau. Ce n'est plus au scepticisme qu'on a affaire, mais à un dogmatisme très-net, très-arrêté et j'ajoute, très-exclusif. Au lieu d'arguments contre le critérium de la vérité, les signes, les causes, on rencontre des affirmations tranchantes sur le principe universel, le temps,
LE SCEPTICISME D*i£NËSlDÉME. 305
le mouvement. On vient de laisser ^nésidëme occupé à reconstituer Fécole pyrrhonienne; le voici maintenant qui entreprend de rajeunir un de ces antiques systèmes qui semblaient avoir péri pour jamais avec l'école d'Ionie. L'héritier de Pyrrhon a disparu pour céder la place au disciple d'Heraclite.
Si Ton essaye de se rendre compte de cette singularité, la première idée qui vienne à Tesprit , c'est qu'on est dupe d'une confusion de personnes, qu'il a sans doute existé {deux Jlnésidème, lun attaché à l'héraclitéisme, l'autre au scepticisme universel.
Cette conjecture semble-t-elle arbitraire? Voici une hypothèse qui parait au moins très-spécieuse. Le sceptique iEnésidème vivait à une époque où de toutes parts les philosophes revenaient aux anciens systèmes' ; il habitait Alexandrie, ville d'érudition et de critique. N'aura*t-il pas fort bien pu composer un commentaire sur la philosophie d'Heraclite, sans admettre cette philosophie pour son propre compte? Et ces mots que Sextus répète en plus d'un endroit, AiyY]<7{^[jLoç xam HpixXetxov ne sont-ils pas des renvois à ce commentaire ^?
Mais supposez enfin que les témoignages historiques
^ C'est à répoque où Nicolas de Damas, Alexandre d'Ëgë commentaient Aristote, où Q. Sextius, Sotion d'Alexandrie, Euxenus d'Hëraclée renouvelaient le Pythagorisme; Thrasylle de Mondes, Plutarque, Albinius et beaucoup d'autres» la doctrine de Platon.
* Adv, Log. p. 201, c.
Adv. Phys. p. 363, D.
Adv. nys. p. 417, A. — Cf, ttyp. Pyr. III, i?. Adv. Phys, p. 419, D.
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forcent de reconnaître qn^ifinésidéme le pyrrhonien a professé la doctrine d'Heraclite, il se présenté' une dernière conjecture qui va tout concilier et tout expliquer.
Au début de sa carrière philosophique , iEnésidème se jeta dans le sensualisme , comme avait fait avant lui Protagoras , et adopta la doctrine héraclitéenne. Maitii bientôt par une pente naturelle, il glissa du sensualisme au scepticisme , et la rigueur même de son esprit lui fraya la route d'Heraclite à Pyrrhon. C'est ainsi que Pyrrhon lui-même, dans sa jeunesse, lisait avec enthousiasme les écrits de Démocrite, et y puisait à son insu les germes de sa fameuse àirox^)* C'est encore ainsi qu'à un autre âge, David Hume, disciple de Locke, déduisit le scepticisme absolu avec une rigueur justement célébrée de la doctrine de la sensation.
En général, c*est une loi de l'histoire de la philoso^ pbie que le scepticisme s'y enchaîne au sensualisme, comme à un principe, sa conséquence inévitable. La conversion du sectateur d'Heraclite au pyrrhonisme universel est un cas particulier de cette loi.
Yoilà, ce semble, une supposition fort admissible. Três-sîmple et très-raîsonnable en elle-même, elle dissipe une contradiction qu'il serait difficile d'attribuer à un esprit que nous connaissons pour conséquent et résolu. Enfin, elle est confirmée par de nombreuses ana*logies, et comme protégée par une des lois les mieux établies de l'histoire.
Toutefois, nous pensons qu'en matière de critique, si séduisante que puisse être une conjecture^ le respect religieux des textes doit être la première loi. Or, voici
D'iËNËSIDÈME. m
un passage de Sextus ^ qui semble bien emporter notre dernière hypothèse avec les deux autres :
«L'école d'iEnésidème * soutient que la doctrine sceptique est un chemin pour aboutir à la philosophie héraclitéenne^par la raisonque ce principe, les contraires existent dans le même, xb xàvircta icspl xh aSxb &iu(£px6tv, précède celui-ci, les contraires apparaissent dans le méme^ xb tdvdlvTia xspl tb oôtb (paCveaSai. Or, les sceptiques disent que les contraires apparaissent dans le même, et les héraclitéens qu'ils y existent. »
Il résulte rigoureusement de ce passage et de tout le chapitre qui le suit : 1^ qu'^nésidëme le sceptique est le même qui s'attacha à Théraclitéisme, ce qui renrerse notre première hypothèse; 2"* qu'il n'en fut pas seulement le commentateur, mais le disciple avoué, ce qui renverse la seconde ; S"" enfin, on a conclu aussi de là, qu' Jlnésidème , au lieu d'aller d'Heraclite à Pyrrhon , entendait qu'on suivit et avait suivi lui-même la marche contraire, ce qui constitue une grave exception à la loi générale que nous avons invoquée , et ruine complètement l'hypothèse à laquelle nous nous étions attaché. Aussi Tennemann^ l'a-t^il abandonnée. Staeudlin^, et Buhle^ y inclinent, au contraire, fortement. Ritter est indécis^.
* Sext. Byp, Pyn. 1, 29,
* Je lis avec Fabricius : AîwiaiJ'yiiAcv, au lieu de OnQ(if^iQ|A6v« Ad Sext. 1. 1.
» Hist. de la Phil. V. 34, 35.
* Geschichte und Geist der Sceptic, I, 300 sqq.
> Biihle. Introd. à Vhist, de la philos, mod. I, 369. trad. fr. ^ Ritt. Hist. de la philos* ane. trad. Tissot. Y, p. 223 sqq.
Nous ne nous . dissimulons pas la portée du témoignage si précis et si net de Sextus. Mais ne serait-il pas possible d'admettre qu*iËnésidème , après avoir passé en réalité d'Heraclite à Pyrrhon, voulut éviter le reproche de se contredire par un ingénieux subterfuge , en établissant entre le scepticisme et Théraclitéisme cette espèce de lien logique dont parle Sextus? Après tout, il n*y a pas bien loin de Tun de ces systèmes à Tautre. Car, qu'est-ce que la doctrine d'Heraclite, sinon une tentative audacieuse pour expliquer l'univers entier par un seul des éléments qui le constituent, l'élément de la mobilité , les phénomènes? Or, les phénomènes, iËnésidème n'hésite pas à les admettre , et il reconnaît même de certaines lois ^ (toutes subjectives à la vérité) qui les euchalnent régulièrement. Il pouvait donc parler ainsi : — Au fond, rien ne parait certain ; et le parti le plus sage est de s'abstenir de tout système. Mais s'il fallait en choisir un, celui d'Heraclite devrait avoir la préférence. Que disons-nous en effet, nous pyrrhoniens? Que si la raison fait un pas hors de la conscience , elle trouve partout changement et contradiction. Et que dit Heraclite? Que l'univers est la coexistence et la lutte des contraires; que la loi des choses, c'est le mouvement, dont le feu est le principe et le symbole. Ne somlhes-nous pas bien près d'être d'accord?
Je ne donne cette explication que comme une simple conjecture , et je sais qu'une logique exacte ne tirera
* Voir l'opinion d'iEnésidème et de toute Técole sceptique sur les signes, dans notre ch. lY.
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jamais le dogmatisme du scepticisme. Mais si Thypothèse où j'incline avec Buhle et Stœudlin n'est pas absolument contraire au passage de Sextus, il est bon de remarquer qu'elle est tout à fait d'accord avec tous les autres témoignages, et de rappeler encore une fois qu'elle a pour elle de puissantes analogies et une loi fondamentale du développement de l'esprit humain.
Du reste, les débris de l'héraclitéisme d'iEnésidème n'ont qu'une, importance très-secondaire. Ge sont quelques phrases sans suite; sans portée considérable, et presque sans intérêt. Recueillir et coordonner ces fragments çà et là dispersés, en y ajoutant les remarques nécessaires pour les éclaircir, tel est le seul objet que nous ayons dû nous proposer.
I. On sait que la philosophie d'Heraclite est un panthéisme matérialiste où l'un des éléments de l'univers est considéré comme le principe universel des choses; jEnésidëme admettait cette doctrine S au témoignage de Sextus :
«L'être, suivant Heraclite, c'est l'air, comme dit iEnésidème. » On pourrait être tenté de lire dans le texte de Sextus 7:up au lieu de àifjp. Le principe d'Heraclite en effet, c'est le feu. Mais àVlp s'explique trèsbien, si l'on observe que dans la théorie héraclitéenne, l'air est la première des transformations du feu. « llupb;
* Sext. Adv. Thys. 419, D. — Cf. Ibid. 417, A, B. Hyp. Pyr.
xtX*. »
IL L'essence et la toi du principe universel d'Heraclite, c'est le mouvement. iSnésidëme entreprit, à ce qu'il parait, de ramener les différentes espèces de mouvement à deux espèces fondamentales, en réduisant la classification péripatéticienne^. Aristote comptait six espèces de mouvements :
Le mouvement local ', Tomx'/iiJLS'caôaai;.
Le changement, {jLsxaSoX'f].
La génération, y*^^^^?'
La corruption, ^Oo^pi.
L'augmentation, cvj^aç.
La diminution, pLeicoaiç.
(c Mais, dit Sextus, la plupart des philosophes et parmi eux, les disciples d'iïlnésidème, réduisent tous les mouvements à deux : le premier, c'est le mouvement par changement , iJL6Ta6XT)Ttx.^ xtvtjai; ; le second , c'est le mouvement local, lAeTaSa-uix-Vj. Le premier est celui par lequel un corps, en gardant la même essence, reçoit des qualités nouvelles, perdaùt Tune et gagnant Tautre, par exemple le changement du vin en vinaigre , et l'amertume du raisin changée en douceur, le caméléon qui prend tour à tour diverses couleurs * et le
1 Clem. Alex. Strom. V, p. o99. —Cf. Laert. IX, 9. — Plut. de plac. phil, I, 3.
* Au reste, celte réduction n*est pas nouvelle ; elle est déjà dans le Théétête de Platon.
' Arist. Phys,
* Il faut lire avec Fabricius : w&ixiXXc|X8vou.
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polype. Or, la génération et la corruption, Taugmentation et la diminution ont sans doute des mouvements spéciaux ; mais tous se rattachent au mouvement par changement ; à moins qu'on ne dise que Taugmentation est une espèce de mouvement local, comme provenant de Textension des corps en largeur et longueur. Le mouvement local est celui par lequel le mobile change de lieu soit tout entier, soit en partie; tout entier, comme les corps qui tournent et comme les personnes qui se promènent; en partie, comme la main qui s'étend et se contracte , ou bien comme une sphère qui tourne autour de son centre ' . )>
m. Les différents mouvements s'opèrent dans le emps. Qu'est-ce que le temps? Suivant iïlnésidème, le temps n'est pas un être distinct. Il ne diffère pas de l'être. C'est l'être en mouvement.
c( iEnésidème a soutenu, d'après Heraclite, que le temps est un corps, parce qu'il ne diffère pas de l'être
« Sext. Adv. Fhys, p. 386, E. '
Voici la note de Fabricius sur ce passage : « Quando porro Sextus hoc loco ait iËnesidemum, qui fuit scepticus, duo gênera motus reliquisse, non sensus est eum probasse illa, et vero dari docuisse, qui, ut de scepticis etiam notât Laertius (IX, 90), omnem motum vocabat in dubium : sed tantum innuit plura illa apud dogmaticosquosdam celebrata gênera motus, ab ^Ënesidemo ex Platonis et aliorum dogmaiicorum sententia esse revocata ad duo quo facilius sub duobus hisce summis generibus, cœteras î^ixâ? moliones oppugnaret. » Fabric. ad Sext. Adv, Math, X, 38. — Sans repousser absolument la conjecture de Fabricius, on peut aussi bien rapporter cette classification des
et du corps premier ^ C'est pourquoi dans sa première introduction ^, ramenant à six ' les appellations simples des choses, i:p(XY{ji.diTu)v Tàç à^Xa; Xé^etç, OU éléments du discours, il classe le mot temps et le mot unité dans la catégorie de Tessence. Les grandeurs de temps et les principaux nombres se forment par multiplication* Quant au mot actuellement ^ vuv, qui est le signe du temps, il n*est comme Tunité rien autre chose que Tessence. Le jour, le mois, Tannée sont des multiplications de r actuellement, je veux dire du temps. Les nombres deux, trois, dix, cent, sont des multiplications de Tunité. Ainsi donc, ces philosophes font du temps un corps *. »
lY. Â la doctrine panthéiste qui absorbe et confond toutes choses dans Tunité d*un seul être, se rapporte également cette opinion d'^Enésidème que Sextus nous a conservée ^ sur le tout et la partie :
m^ouvements au dogmatisme hëraclitëen d'iËnësidème, « Libenter enim^ dit Fabricius lui-même, Heracliti vestigiis insistere iEne* sidemum, quantumvisscepticum, jam sâepius, etc.» Fab. AdSext. X, 218.
^ « Hoc est, dit Fabricius, toû àt^oç. Vide si placet quaa ad section. 232. ï» Ad. Sext. X, 216.
• « iEnesidemi «aa-yw-pî nescio an eadem cum ejus arwy.iiw- <reoi quas memorat Aristocles apud Euseb. XIY, 18. » AdSext, X, 216. — Voir notre chap. I.
' Quaenam sint reliquse quatuor res (duas enim hoc loco tantum ex sex illis refert, xp<^^^v et (XGvâ^a) quibussimplices ejusmodi appellaliones usushominum imposuerit, non memini quis vêterum scriplorum qui exstant, nos doceat. Fab. ad Sext, X, 216.
♦ Adv, Math, p. 417, A. — Cf. Hyp, Pyrr, III, 17. « Sext. Adv. Math, p. 363, D.
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« jËnésidëme soutient, d'après Heraclite , que la partie est la même chose que le tout et une chose différente. En effet, Tétre est tout et partie à la fois : tout, si Ton considère le monde ; partie, si Ton considère la nature de tel ou tel animal. La partie s*entend aussi de deux façons ; tantôt comme différant de la partie prô* promeut dite, comme quand on dit que la partie est elle-même partie de la partie, par exemple le doigt, de la main; Toreille, de la tête; tantôt comme étant proprement la partie du tout. C'est en ce sens ' que Ton regarde la partie comme composant le tout. »
V. Heraclite ne s'était pas occupé seulement de physique. On trouve dans sa doctrine quelques traces de logique et de psychologie. Il réduisait toutes nos connaissances aux sensations xà a?(70Y]Ta, et les divisait en deux séries : celles qui sont communes à tous les êtres sentants, xoivi, et celles qui sont individuelles, tâia. Les premières sont toujours vraies; les secondes peuvent seules nous abuser.
iEnésidème admit et développa sans doute ces principes :
a L'école d'JEnésidème, dit Sextus^, celle d'Heraclite et celle d'Épicure, penchent toutes trois vers les choses sensibles : elles ne différent que comme des espèces dans un genre commun. JSnésidème établit entre les phénomènes cette différence, que les uns apparaissent
1 Je lis avec Fabricius : xaOd nvc; ^aoW xoivû; f^o^tov etvai, au lieu de xaOoti tivs; cpaolv xcivmç (as^o; tvvsu. * Adv, Log, p. 222, B.
généralement à tous les hommes, les autres à certains individus seulement. Ceux-là sont vrais, ceux-ci sont trompeurs. Épicure * pense au contraire que toutes les apparences sensibles sont vraies et fondées en réalité. »
Il faut rapprocher de cette indication deux passages de Sextus, qui complètent le peu que nous savons sur la théorie de la connaissance d'après Heraclite et ^Ënésidème.
« La Siàvota, dit Sextus ^, n*est autre chose , suivant quelques philosophes, et Dicéarque par exemple, qu'une affection du corps. D'autres s'accordent à admettre son existence, mais ils ne la placent pas dans le même lieu; ceux-ci la supposent hors du corps, comme ^Enésidème, d'après Heraclite, ceux-là dans tout le corps comme Démocrite... De plus, les uns pensent qu'elle diffère de la sensibilité, les autres que c'est la sensibilité elle-même apercevant les objets par les canaux des sens, comme à travers des ouvertures '. Cette dernière opinion a été professée par Straton et par iEnésidème. »
Il paraît contradictoire que la Biivcta soit donnée dans
* Adv, Logf.p. 20I,C.
« Cf. Cicer. Acad. qu. IV, 15. — Cf. Seit. Adv. Math.
p. ne, C.
8 Je lis éffôjv avec Fabricius; tdicwv est inintelligible.
« Legendum esse ènm pro to'tcwv, clarum est ex sect. 364-, ubi ad hune ipsum locum noster repetit : xdlv OtroOcdfAtOa ih rh iidvoiav xtX. Haec est sententia quam oppugnat Lucretius (III, 360) docentium : Oculos nuUam rem cernere posse, Sed per eos animum ut foribus spectare reclusis. Fab. ad Sext, VII, 349. — Cf. Sext. Adv. Math. p. 208, D.
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ce passage tantôt comme placée hors du corps, tantôt comme identique à la sensibilité. Mais cette difficulté disparaîtra, si l'on veut se rappeler qu'Heraclite séparait nettement ce qu'il appelait la raison générale, de la raison humaine ; la raison générale qui remplit Tunivers \ la raison humaine qui n'est qu'une étincelle de ce feu divin. Quand il est dit que la Btivoia est placée hors du corps, il s'agit de la raison divine, universelle. Quand au contraire elle est assimilée à la sensibilité, il s'agit de la raison humaine qui, entretenue par le feu divin, aperçoit à travers les organes les choses extérieures.
Mais il est inutile de s'appesantir sur l'interprétation de ces témoignages tronqués. L'intérêt et l'honneur de l'entreprise philosophique d'iBnésidème ne sont point dans la tentative impuissante de renouveler un système épuisé. Ils sont exclusivement dans le scepticisme hardi, étendu, profond, dont il emprunta la première idée à Pyrrhon, et qu'il légua organisé de toutes pièces à ses successeurs.
, Avant d'exposer ce scepticisme, nous avons cru devoir en éclairer l'origine. Notre étude sera complète, si pour en mesurer l'influence, nous le suivons jusque dans ses derniers développements.
1 Sexl. Adv. Math, 461 sqq. — Cf. p. 201 C. 272, C.