LAS
de soie, puis il se voit lui-même comme s’il se trouvait à l’intérieur d’une lanterne chinoise, regardant la pièce à travers une joue papyracée.
Pour un sujet de DELAY, il n’y a plus de limites entre « le mouvement et lui » : « Je suis l’eau, les algues, ces êtres fantastiques que je vois sont bâtis de ma propre substance, mon corps n'existe plus, je suis lumière et il n'existe pas de limites. »
Mais, l’intoxication mescalinique, si son étude est pleine d'intérêt, ressortit davantage de l’expérimentation que de la clinique courante. C’est l’alcoolisme qui nous fournit le plus grand nombre de sujets d’observation et c’est à cette variété d'intoxication que nous limiterons notre étude.
On décrit classiquement quatre stades à l'ivresse normale : hypomaniaque, sensitivo-sensorielle, paraly- tique et comateux. Cette forme de l'ivresse, au stade sensitivo-sensoriel, n’est pas exempte de troubles du schéma corporel. Ils atteignent principalement le sujet intoxiqué au moment de l’endormissement. Il n’est pas rare alors que le sujet, profondément troublé dans sa conscience, présentant des atteintes neurologiques se manifestant particulièrement par la dysarthrie et les troubles de l'équilibre, ressente des impressions de transformation corporelle, en particulier des sensations d’allongement ou de raccourcissement, de légèreté ou de pesanteur inaccoutumée.
Il s’agit, dans ces cas, de troubles essentiellement transitoires, dont le caractère illusionnel est perçu par le sujet, qui n’ont aucun retentissement psychique ultérieur, à la base desquels existe une altération des fonctions élémentaires sensitivo-sensorielles d’origine toxique. Ils n’apparaissent qu’à la faveur du fléchissement de la conscience provoqué par ce même toxique et leur acuité est maxima au moment où se surajoute l’obnubilation de la période hypnagogique. Ce sont des états d’hallucinose.
FAQ: A
Ces troubles peuvent aussi bien se rencontrer au cours de l'ivresse anormale hallucinatoire, mais il est plus fréquent de les rencontrer au cours des accidents aigus et surtout subaigus de l’intoxication alcoolique chronique. |
Tous les degrés peuvent être observés depuis les états d’hallucinose vespéraux de l’intoxication chronique qui ne posent pas d’autres problèmes que les troubles de l'ivresse normale dont nous venons de parler, mais qui s’accompagnent d’un état d'angoisse, de peur, témoignant d’un état de dissolution plus profond des fonctions psychiques, jusqu’à l’état de confusion mentale avec délire onirique.
En même temps que des hallucinations visuelles et auditives que l’on retrouve en permanence dans ces états, le malade peut éprouver des hallucinations de la sensibilité générale et des troubles du schéma corporel.
OBSERVATION
M, cultivateur, quarante-neuf ans.
Le malade est entré dans le service à la suite d'un raptus pantophobique au cours duquel il s'est précipité par la fenêtre, tombant du premier étage sans subir d'autres dommages que des contusions multiples.
Il crie et s’agite dans sa cellule, ne restant pas une minute en repos. Il effectue le geste de ramasser des objets, de soulever un fardeau, etc. Son visage exprime une grande anxiété, une peur panique. Il court, « ses chevaux . sont tombés dans le puits », « il y a des serpents partout », il les écrase du pied, tente de s'en débarrasser, de dénouer ceux qui ont enlacé ses jambes. On l’injurie. Les « maquisards » l’entourent et veulent lui faire un mauvais parti. Il prend la parole, s'adressant à la foule « Je n'ai jamais fait de mal à personne. » Il se frappe la poitrine : « Tuez-moi, vous tuerez un honnête homme ! » On tue autour de lui, il y a du sang... il a le bras gauche emporté d'un
coup de sabre, il n'a plus son bras tilehurie
rétees
Il faudrait avoir le talent de MAGNAN pour décrire avec toute sa richesse un tel délire et donner à ce tableau l'impression de vie qu’il a su y introduire si bien que ZOLA s’en est inspiré.
Ce trouble du schéma corporel, cette absence d’un membre qu’il a effectivement ressentie à un moment donné, a été vécue par lui comme un événement : on l’a frappé, il a porté la main à son épaule, il a fui pour éviter de nouveaux coups. C’est une hallucination.
L'état d’hallucinose où se trouve l’ivrogne sentant son corps léger ou agrandi est vécu par lui comme un accident. Malgré l’obscurcissement de sa conscience, il percoit l’irréalité du phénomène ressenti et peut l’exclure de la réalité, il peut se rendre compte qu’il est le jouet « d’une perception inadéquate à l’objet ».
Les altérations neurologiques des appareils sensitivo-sensoriels sont présentes dans les deux cas, mais sont insuffisantes, à elles seules, pour déterminer ces états qui ne peuvent exister que si la conscience est profondément obscurcie. La dissolution des fonctions psychiques, peu profonde et transitoire dans le premier cas, est cependant nécessaire à leur apparition.
La « libération du rêve » caractéristique du second, est inséparable d’une dissolution globale et profonde des fonctions psychiques. Le malade vit sa fiction cauchemaresque avec une intensité extraordinaire parce qu’elle a pour lui la même valeur affective que la réalité dans laquelle elle s’infiltre et s’enchevêtre. De cette intrication du vrai et du fictif, du subjectif et de l'objectif, naît un monde particulier qui est pour le malade la seule réalité possible. Il s’y meut, il y agit et, dans cette fantasmagorie effrayante, un coup de sabre peut lui trancher un bras avec la même impression de « vécu » que sont vécues les apostrophes injurieuses de la foule ou la vision de ses assaillants.