Voir sa lettre à Michel Cerularius
Dans la Ville Impériale aussi, il existait, depuis fort longlemps, des églises latines, dans lesquelles le rite latin était exercé avec la plus entière liberté. Certains monastères avaient même, autrefois, appartenu aux papes en toute propriété, car dans une letire adressée par le pape Jean VIII à l'empereur Basile I‘ à la fin du 1x° siècle, ce pape félicitait et remerciait l'empereur d'avoir reslitué à l'Église romaine une de ses plus anciennes possessions, le monastère Saint- Serge . On ne sait si les papes avaient gardé cette possession jusqu'au xr' siècle, mais il est certain qu'à cette époque les églises de rite latin étaient devenues assez importantes, On peut conjecturer, d'après des documents d’une époque postérieure *, que les Amalftains joignaient à la possession de leur monastère du mont Athos, au moins celle d’une église urbaine, l’église de Sainte-Marie des Amalfitains, Au commencement du x siècle, le roi Saint-Étienne de Hongrie avait fondé à Byzance, avec l'aulorisation de Basile I, une église qu'il plaça sous le vocable du saint son patron *, Celle église élait destinée à la « nation hongroise »; les offices y étaient célébrés d’après le rite latin et son clergé élail entretenu aux frais du roi de Hongrie *. Enfin, la garde impériale des Varanges, composée d'Anglo-Saxons ou de Northmans très atlachés à l'Église romaine, avait aussi son église nationale tout près même de Sainte-Sophie, la Panaïa Varanghiotica “, Les cérémonies latines se célébraient donc, pour ainsi dire, chaque jour, sous les yeux des Byzantins. Loin de mettre obstacle à leur exercice, les empereurs accordaient à leurs adeptes la plus complète protection, et la persécution que Michel Cerularius exerça contre ces églises fut regardée par tous comme une grande nouveaulé.
4. Banduri, {mperium Orientale, t. 1, p. 50% 2. Du Cange, Constantinopolis christiana — Belin, Hist, de la latinité de Constantinople, p. 18 (d'après un chrysobulle d'Alexis Comnène). 3. Bollandistes, 2 septembre, p. & 4. Bollandistes, 2 septembre, p. 5 3. Belin, Hist. de la latinité de Constantinople, p. 20.
leurs confrères d'Orient : ceux-ci, loin de les mépriser, les accueillent avec honneur. De part et d'autre, il y a une confiance réciproque, un respect mutuel et une véritable communion au sens où l'entend l'Église. Les Occidentaux éprouvaient une grande admiration pour la terre d'Orient, si féconde en églises el en reliques célèbres. Leur ambition était de visiter lous ces lieux saints et de rapporter dans leurs églises quelques-unes de ces reliques. Ce furent les motifs qui déterminèrent Richard, abbé de Sainte-Vanne en Lorraine, à s'arrêter plusieurs jours à Constantinople et à Antioche, vers 4026 ‘. Le patriarche de Byzance, qui était sans doute Alexis, lui donna deux morceaux de la vraie croix, qu'il fit enfermer dans une châsse d'or, porta à son cou pendant tout son voyage, puis donna à l’église de Sainte- Vanne *, De même, en 1028, Odolric, évèque d'Orléans, chargé par le roi de France Robert de remettre à l'empereur Constantin VIII une magnifique épée dont la garde et le fourreau étaient d'or, ornés de pierres précieuses, lui rapporta en échange un morceau important de la même relique et un grand nombre de vêtements de soie *. Le même évêque, ayant assisté, dans l'église du Saint-Sépulcre, au miracle des lampes, acheta un de ces instruments merveilleux au patriarche de Jérusalem ‘.
D'autre part, aucune bienveillance n'était plus grande que celle des Orientaux à l'égard de leurs hôtes de passage. Les réceptions qu'ils faisaient aux pieux voyageurs d'Occident vers le milieu du x1 siècle ne ressemblaient guère à celle qui avait lant irrité l'évêque de Crémone. (Il avait dù, d'ailleurs, une partie des déboires qu'il eut à supporter à sa qualité d'ambassadeur.) C'était un moine occidental, saint Bononius, qui, élabli en Égypte, délivrait par son crédit auprès
4. Mabillon, Acta Ord. S. Ben., Sæc. VI, p. 1. Vie anon. de Richard, pp. 528 (17-18)-529 (19); — 1d., par Hugue de Flavigny, p. 552.