CHAPITRE TI
Sicile et à l’envoyer convertir les Musulmans; puis, à cause des difficultés du voyage, il le garda à Rome auprès de lui après l’avoir nommé évêque de Silva-Candida et cardinal de l’Église romaine *. A côté de lui, nous trouvons Frédéric, frère du duc Gottfried de Basse-Lorraine et parent de Léon IX. Il était chanoine de l’église de Liège lorsque le pape le fit venir à Rome et le créa cardinal, bibliothécaire et chancelier de l’Église romaine1 2.
Puis c’étaient les Italiens : d’abord, le patriarche de Grado et de Venise, Dominique, que Léon IX favorisa aux dépens du siège d’Aquilée 3 4 et qui, par sa situation intermédiaire entre l’Orient et l’Occident, devint un utile auxiliaire de la diplomatie pontificale. Il n’avait dans ses lettres ni la rigueur de Léon IX ni l’âpreté d’Humbert ; il pouvait donc servir en cas de conciliation. Enfin, il est certain que, dès cette époque, le fils du charpentier de Soano, le moine de Cluny Hildebrand, avait une grande influence dans les conseils du pape. Lui aussi était sorti de son monastère pour obéir à Léon IX ; en récompense, il avait été ordonné sous-diacre et nommé abbé du monastère de Saint-Paul \ Il est impossible d’apprécier le rôle qu’il joua dans la querelle entre Rome et Constantinople; mais, vraisemblablement, il avait à cœur la politique qui consistait à proclamer hardiment la primauté de Saint-Pierre et à repousser par une fin de non recevoir toutes les attaques de l’Église grecque.
La lutte qui devait aboutir au schisme fut, en effet, le dernier épisode du règne de Léon IX. Cette lutte éclata au milieu d’une paix qui, nous l’avons vu, semblait profonde. Et pourtant, quelles que fussent les dispositions mutuelles des Grecs et des Latins, il était facile de prévoir que du
1. Jean de Bayon, Historia Monasterii medii ævi, LIII, p. 246.
2. Calmet, Bibliothèque lorraine; — Mabillon, A. O. S. B. (sæc. VI, pars II p. 584).