‹ Le Second Mari, comédie en trois actes et en versChapitre 12 sur 44 · JOLLIVET, COURVILLE · texte numérisé non relu

JOLLIVET, COURVILLE

COURVILLE

Vous voilà donc «misl

JOLLIVET

Sans doute; et, maintenant.

Ton air sombre me semble encor plus surprenant. Lorsque le sort relève , en votre propre estime ,

Un amour que le Code a rendu légitime ,

Quand , grâce au secret , mort désormais entre nous , Ta femme reste pure et sans tache pour tous.

Ton esprit se tourmente, et prend en habitude,

Je ne sais quelle étrange et vague inquiétude.

Que te faut-il de mieux? car, enfin, tu l'aimais;

Ne l’aimerais-tu plus ? Parle.

COURVILLE

Ah I plus que jamais.

Alors, je te comprends : c’est ce Comte...

COURVILLE, éumn*.

Le Comte !

JOLLIVET

Sans doute , et , maintenant , Je m'en rends très bien

(compte.

J’aime peu , pour ma part , je l’ai dit bien des fois . Ces grands seigneurs mêlés à nous autres bourgeois ; Rarement leur présence est désintéressé !

Puis, ce billet trouvé... vois-tu , dans ma pensée,

Ce Comte pourrait bien être cause, entre nous... COURYILLE.

Je comprends à mon tour, et tu me crois jaloux

l>e cc jeune homme ?

JOLLIVET

Daml

COURYILLE.

Sois sans Inquiétude ,

Mon cher ! lu rae connais, on a (luelqn’habltudc De ces matières- là : Je ne suis pas île ccu* ou'on i rompe, cl le méilcr serai! par trop chanceus. JOLLIVET.

SI c'est ainsi , d'où vient cette mélancolie!

A moins d’être fou , certe.

COURYILLE»

Oui., c’est de la folie,

Oui , tu dis vrai , j’ai tort , je suis un songe creux . El je n’ai point d’excuse à n’être pas heureux. JOLL1YET.

Pourquoi ne l’es-tu pas?

COURYILLE.

N'insiste pas, de grâce.

Car toute question m’afflige ou m’embarrasse.

Te voilà près de moi , tes conseils, ta gallé ,

Me rendront le repos cl la sérénité.

JOLLIVET

A la bonne heure , donc! voilà comme il faut être! Sais-tu que j’hésitais presque à le reconnaître?

Car. enfin , me disais-je , il ne te manque rien :

Que peux-tu désirer ?.. tes affaires ?..

COURYILLE.

Tout bien,

Très bien i de tous cAtés de nouvelles demandes ; Mes fabriques ont peine à suffire aux commandes , Le tout grâce à l’essor immense qu’ont donné A mes premiers travaux les soins de Dieudonné.

JOLLIVET. t Comment, c’est lui...

COURYILLE.

Lui seul. Un Jeune homme capable, Jollivet! envers qui , vraiment. Je suis coupable. JOfTLlVET.

Coupable I Qu’cst-ce à dire? et perds-tu la raison? Traité comme serait l’enfant de la maison...

COURYILLE.

Bel effort I J’ai depuis long-temps une autre idée Dont l’exécution fut toujours retardée ;

C’est un tort que Je veux réparer^ promptement.

Tu sais que Je possède un établissement A Nante ?

JOLLIVET

Une maison qu’on dit fort importante.

COURYILLE.

Le gérant que J’ai mis là-bas me mécontente.

Je le rappelle, et c’est , s’il faut te l’annoncer, Dieudonné dont J'ai fait choix pour le remplacer. JOLLIVET.

Dieudonné I se peut-il ? Mais , c’est une fortune Que tu lui donnes là 1

COURYILLE.

Sans doute , c’en est une ; Mais quand je lui dois tout, peut-être...

En vérité.

Ce pauvre Dieudonné I Mais , je pense , il ignore Tes projets ?

COURYILLE.

En effet , je n’ai rien dit encore.

Eh! tiens, précisément, j’y songe, te voilà.

Qu’il apprenne par toi celte nouvelle-là.

JOLLIVET

J’y cours, et te réponds que ce brave jeune homme... COURYILLE.

Eh t voilà bien du bruit I N’cst-il pas juste, en somme, Quand tout me réussit, lorsque je suis heureux, Qu'un peu de mon bonheur retombe au moins sur eux.

f Jollivet *ort par le fond. 1

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