JOLLIVET, COURVILLE
COURVILLE
Vous voilà donc «misl
JOLLIVET
Sans doute; et, maintenant.
Ton air sombre me semble encor plus surprenant. Lorsque le sort relève , en votre propre estime ,
Un amour que le Code a rendu légitime ,
Quand , grâce au secret , mort désormais entre nous , Ta femme reste pure et sans tache pour tous.
Ton esprit se tourmente, et prend en habitude,
Je ne sais quelle étrange et vague inquiétude.
Que te faut-il de mieux? car, enfin, tu l'aimais;
Ne l’aimerais-tu plus ? Parle.
COURVILLE
Ah I plus que jamais.
Alors, je te comprends : c’est ce Comte...
COURVILLE, éumn*.
Le Comte !
JOLLIVET
Sans doute , et , maintenant , Je m'en rends très bien
(compte.
J’aime peu , pour ma part , je l’ai dit bien des fois . Ces grands seigneurs mêlés à nous autres bourgeois ; Rarement leur présence est désintéressé !
Puis, ce billet trouvé... vois-tu , dans ma pensée,
Ce Comte pourrait bien être cause, entre nous... COURYILLE.
Je comprends à mon tour, et tu me crois jaloux
l>e cc jeune homme ?
JOLLIVET
Daml
COURYILLE.
Sois sans Inquiétude ,
Mon cher ! lu rae connais, on a (luelqn’habltudc De ces matières- là : Je ne suis pas île ccu* ou'on i rompe, cl le méilcr serai! par trop chanceus. JOLLIVET.
SI c'est ainsi , d'où vient cette mélancolie!
A moins d’être fou , certe.
COURYILLE»
Oui., c’est de la folie,
Oui , tu dis vrai , j’ai tort , je suis un songe creux . El je n’ai point d’excuse à n’être pas heureux. JOLL1YET.
Pourquoi ne l’es-tu pas?
COURYILLE.
N'insiste pas, de grâce.
Car toute question m’afflige ou m’embarrasse.
Te voilà près de moi , tes conseils, ta gallé ,
Me rendront le repos cl la sérénité.
JOLLIVET
A la bonne heure , donc! voilà comme il faut être! Sais-tu que j’hésitais presque à le reconnaître?
Car. enfin , me disais-je , il ne te manque rien :
Que peux-tu désirer ?.. tes affaires ?..
COURYILLE.
Tout bien,
Très bien i de tous cAtés de nouvelles demandes ; Mes fabriques ont peine à suffire aux commandes , Le tout grâce à l’essor immense qu’ont donné A mes premiers travaux les soins de Dieudonné.
JOLLIVET. t Comment, c’est lui...
COURYILLE.
Lui seul. Un Jeune homme capable, Jollivet! envers qui , vraiment. Je suis coupable. JOfTLlVET.
Coupable I Qu’cst-ce à dire? et perds-tu la raison? Traité comme serait l’enfant de la maison...
COURYILLE.
Bel effort I J’ai depuis long-temps une autre idée Dont l’exécution fut toujours retardée ;
C’est un tort que Je veux réparer^ promptement.
Tu sais que Je possède un établissement A Nante ?
JOLLIVET
Une maison qu’on dit fort importante.
COURYILLE.
Le gérant que J’ai mis là-bas me mécontente.
Je le rappelle, et c’est , s’il faut te l’annoncer, Dieudonné dont J'ai fait choix pour le remplacer. JOLLIVET.
Dieudonné I se peut-il ? Mais , c’est une fortune Que tu lui donnes là 1
COURYILLE.
Sans doute , c’en est une ; Mais quand je lui dois tout, peut-être...
En vérité.
Ce pauvre Dieudonné I Mais , je pense , il ignore Tes projets ?
COURYILLE.
En effet , je n’ai rien dit encore.
Eh! tiens, précisément, j’y songe, te voilà.
Qu’il apprenne par toi celte nouvelle-là.
JOLLIVET
J’y cours, et te réponds que ce brave jeune homme... COURYILLE.
Eh t voilà bien du bruit I N’cst-il pas juste, en somme, Quand tout me réussit, lorsque je suis heureux, Qu'un peu de mon bonheur retombe au moins sur eux.
f Jollivet *ort par le fond. 1