‹ Le Secret de mon oncle, vaudeville en un acteChapitre 6 sur 32 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

DESJOBERT, JULIEN, puis ERNEST.

julien , au fond. Monsieur ?..

DESJOtiEnr. On vient me déranger — tant mieux!.. Qu'est-ce qu'il y a, Julien ?

julien. Monsieur, un jeune homme demande à vous voir...

desjobert, sc /ruant. Un jeune homme?, le connais-tu ?

JULIEN. Non, monsieur... il a refusé de se nommer... il dit qu’il veut vous surprendre agréablement.

desjobert. Ah ! mon Dieu !.. je sens une sueur froide...

julien. Faut-il le faire entrer?..

DESJOBEitT. Mais oui — certaine-

ment... ( Julien sort. ) Oh ! j'ai tort dent alanner... ce ne peut être... (/? va icgarder au fond.) Dieu!., c’est lui!., c’est Ernest !.. mes jambes ne me soutiennent plus...

ERNEST, qui est entré et qui a regardé son oncle. Pardon... monsieur.. . votre domestique se sera trompé... c’est à M. Desjobert que je désire parler...

DESJOBERT, lui tendant les bras . Ernest...

mon neveu...

ernest. Mon oncle !.. •

(IU s’emïirassenl.)

DESJOBERT. Comment, tu ne me reconnaissais pas ?..

ernest. Non, ma parole d'honneur....

et si, comme moi, vous ne vous étiez pis vu depuis deux ans, je vous défierais bien de vous reconnaître vous-même... Dieu !

que vous êtes changé !

DESJOnEUT, effrayé. Tu trouves ?

ERNEST. Je vous en fais mon compliment.,... Il n’y a pas de comparaison....

vous vous tenez droit, vous êtes frais, von»

êtes beau.... Décidément vous êtes bien changé.

DESJOBERT. Ah ! à la bonne heure ERNEST. C’est-à-dire que si ça continue dans quelques années vous serez plus jeuuc que moi...

desjobert. Il est vrai que je me porte bien... et toi, mon ami/.. comment va la santé , comment vont les plaisirs ?..

ERNEST. Très-bien, mon oncle. .. voilà ce que c’est que de rester garçon.... vous vivez sans cliagrius, sans soucis...

DESJOBERT, à part. Allons... il ne sc doute de rien... ça me rassure... ( Haut. ) Tu dois cire bien fatigué de ton voyage?

ERNEST. Non , mon oncle! . et puis, ce qui m'a dérouté , au premier abord , c’est votre costume... moi, qui vous ai toujours vu mis si simplement...

desjobert. Sais-tu que j’avais des in quiétudes sur ton compte..?

ernest. Oh!., ce bon oncle!... c'est qu’en vérité... vous êtes tout-à-fait petitmaitre... il n’y a pas jusqu’à votre coiffure... Dieu 111e pardonne..! vous l'avcx coupée ?. . .

desjobert. Quoi donc ?

ERNEST. Autrefois.... vous portiez la queue ?. .

DF.SJORERT. C’était gênant... elle s'embarrassait toujours dans le collet de mon habit...

ernest. Quelle métamorphose !.. c’est égal... je vous aimais mieux comme vous étiez... Vous me faites l'effet d’un oncle dénaturé...

desjobert. Ah ça!... auras-tu bientôt fini de m’analyser de la tête aux pieds?..

ernest. Pourquoi?., laissez-tnoi jouir de ma surprise... Votre château lui-même n’est plus reconnaissable... Il était si triste !.. à présent il y règne un air d’opulence... On dirait qu’une fée bienfaisante a passé par ici...

Ai K du Fleuve de lu vie .

C'est an miracle, une féerie 1..

Ne pouvant en croire mes veux...

Je dois penser que la magic A pris soin d'emocllir ce* lieux!..

Au sein de ce château splendide,

Mon pauvre oncle dégénéré Ressemble h Renaud égaré Dans le palais d'Arntide!.* desjobert, à pari . Il est insupportable avec ses réflexions! . . {Haut.) Que veux-tu, je m’ennuyais de vivre en ermite.... je me suis mis à voir le monde... des voisins...

des gens très comme il faut... et tu sens que pour les recevoir j’ai été obligé...

Ernest. Très-bien , mon oncle... c’est agir sagement... Je vous l’ai dit cent fois... vousnesavezpasuserdela fortune... Faites de la dépense... prenez du plaisir .. il ne faut pas vous gêner pour moi... et pourvu que vous me laissiez ce qui restera, il m’en reviendra toujours assez. . .

DESJOBERT, ù part. Pauvre garçon!., il m’enfonce le poignard dans le cœur...

EBNEST. Ce n’est pas que je méprise la fortune... ma foi, non, je suis franc... je ne serai pas fâché d’étr» riche... mais, grâce à vous , je u’ai eu jusqu’ici rien à désirer... surtout depuis un an... dix-huit mois, vous me comblez... de billets de banque... c’est au point que pour les employer... j’ai entrepris ce petit voyage — desjobert, « part. Moi qui espérais par là l’einpècher de venir...

ERNEST. Voulez-vous me donner une prise, mon oncle?..

desjobert. Une prise !.. tu prends du tabac ?

EnNEST. Quelquefois... dans la tabatière des autres.

desjobert. C’est une vilaine habitude...

moi, j’y ai renoncé...

ernest. Encore un changement... c’est

bien singulier!

desjobert. Tu dois avoir besoin de prendre quelque chose.... je vais appeler Julien...

(It va tirer la sonnette.)

ernest. Julien !.. c’est un de vos nouveaux domestiques ?.. j’en ai aperçu plusieurs en entrant... tous jeunes... fringang et en livrée. . . A propos ! . . qu’est donc devenue Gertrude... votre ancienne gouvernante ... qui vous était si attachée ?. .

desjobert. Elle était bien vieille!..

ERNEST. A peu près de votre âge. . .

desjobert. Je l’ai mise à la retraite...

Je lui ai fait une pension... mais il ne faut pas le dire.... parce que c’est en cachette...

EnNEST. Comment, en cachette ?.. n’êtes-vous pas le maître?., quelqu’un a-t-il le droit ?..

desjobert. Non, certainement... personne n’a le droit de... mais vois-tu !.. il y a de mauvaises langues... et on pourrait s’imaginer... Ce diable de Julien qui ne vient pas...

(IL va sonner plus fort, et fait carillonner plusieurs sonnettes. )

ERNEST. Doucement , mon oncle !.. ne vous impatientez pas... j’ai tant déplaisir à causer avec vous...

julien , entrant. Monsieur désire quelque chose?.. *

desjobert. Vous êtes toujours une heure quaud on vous appelle.... Faites préparer à déjeuner le plus promptement possible...

julien. Tout de suite, monsieur...

(Il sort.)

ernest, à pari. Qu’est-ce qu’il a donc , mon oncle ?..

desjobert. En attendant , mon ami , causons un peu de toi... de tes affaires....

car mon amitié n’est pas comme le reste...

elle est toujours la même, et quand tu es arrivé, je t’écrivais encore...

ernest. Vraiment?..

desjobert. Oui... pour te demander de tes nouvelles... je n’étais pas tranquille... tu m'annonces, il y a six semaines, ton départ de Paris...

ernest. En effet je suis parti.... mais je me suis arrêté en route... une aventure piquante... je vous conterai ça...

desjobert. Avec une femme 7 ernest. Une jeune personne. .. une demoiselle charmante ..

desjobert. Tant mieux, car enfin... tu es libre de te marier. ..

ernest. Je ne suis pas pressé... à mon âge... quand on s'amuse. .. quand on est heureux..-.

MAGASIN THEATRAL

DESJOREtiT. Ah !.. gaillard... il parait que le mariage... c'est comme le tabac, tu neveux en prendre que...

EBxest. Si voua saviez comme elle est jolie!., elle m'a dit qu'elle retournait à Paris. .. et moi... je n’ai pas voulu passer si pris de vous sans vous embrasser....

pourtant, si j’osais...

desjobert. Explique-toi.. .

ernest. Je vais vous faire de la peine...

DESJOBERT. C'est égal... va toujours...

Ernest. EU bien !.. je brûle de la rejoindre... et je vous demanderai la permission de vous quitter bientôt...

desjobert. A ton aise , mon ami , j aurais préféré te garder long-temps... mais, puisque c’est impossible...

ernest. Cependant... si vous l’exiger...

desjobert. Non, ne te gène pas... veuxtu partir ce soir?

ernest. Demain matin... qu'en pensezvous ?..

desjorert. Ça s’arrange à merveille...

J'oubliais de t'en prévenir... je pars aussi demain pour un petit voyage...

ernest. Du côté de Paris?

desjobert. Non , du côté opposé... julien , au fond. Monsieur , le déjeuner est servi. ..

desjobert. Va, mon garçon... excuse- «noi de ne pas le tenir compagnie... je déjeune beaucoup plus tôt...

ernest. N allez-vous pas faire des cérémonies avec moi ?..

desjobert. Julien !..

JULIEN, s’approchant. Monsieur...

desjobert. Ecoute!.. ( U lui parle à l’ortîJU. ) Tu comprends?..

julien. Ça suffit, monsieur... vous pouvez y compter... ■

desjobert. Ernest !.. Julien va te conduire ...

ERNEST. Ce n’est pas de refus... Grâce aux embellissemens... je ne serais pas sûr de retrouver la salle à manger. ..

Si, ; /fi.pottez vo . pinctaux (ie N endic)

Oui, vraiment cc château Me fc rail perdre la tète Et partout je m'apprête A rencontrer du nouveau.

BUJOlKRt.

Ma table saura te plaire.

Autrefois gourmet fini ..

J’aime encore la bonne chère Mou vin. n'est pas rajeuni...

ENSEMBLE

Oni, vraiment mon château Est fait pour tourner la tête;

Mais en vain l’on s'apprête A voir partout du nouveau.

aanr.ST.

Oui, vraiment ce château; etc. *

( Ernest tort avec Julien par la droite.)

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