ACTE DEUXIEME
HENRI, en se frottant les mains.
Le bon Dieu s'est écrié : M. Jouvenel qui est un .brave homme...
JOUVENEL
Mais oui, c'est entendu, il Ta déjà dit deux fois 1 Voyons, mon enfant, ne nous embrouillons pas, je t'en supplie ! (un temps.) Eh bien, qu'est-ce qu'il a fait? Il a pris son grand Livre, il a cherché la lettre J... et il a lu : Jouvenel père... corde sensible : les enfants... Tu sais la suite.
HENRI
N'importe, n'est-ce pas que tu ne regrettes pas îd'ètre venu?
Mais si, je le regrette! Kst-ce drôle de ne pas comprendre cola ! Je le regrette pour tant et tant déraisons .. que s*il me fallait te'dire la première, je no la trouverais pas I
HENRI
. Ah!
JOUVENEL
Mais naturellement! (L'air satisfait.) Moi qui avais horreur du mensonge, je mens aujourd'hui avec une facilité proiigieuse! Je rentre? On m'interroge? Je ne suis jamais embarrassé ! C'est effrayant! Aussi, un jour nu l'autre, tout cela se terminera très mal.
HENRI
Mais non... Je suis persuadé que maman...
JOUVENEL
Ta mère!... maïs mon pauvre enfant, tu oublies que je l'ai connue avant loi î
HENRI
Mais non... Pourquoi me dis-tu cela ?
,80 LESECHKl-Dt: FOLIClIiMliLLE
JOUVKNEL.
Parce que c'est vr.ii, d'abord... Ensuite, parce qu'elle apprendra fatalenienl que je suis venu ici.
HENRI
Oh ! par qui?
Par molj^^rfeleu!... C'est vieux comme le mon 1^, qu'ùTorce de mentir on finit par dire la vérité. Du coup, adieu cette belle confiance qui n'a cessé «ie réjj'ner entre nous, et pour la première fois de mu vie, je lui aurai fait de la jieineî Ah 1 tiens,, petit, je me suis mis dans un mauvais cas.
IIENIU.
Voyons, père, elle est si bonne, qu'elle ne t'en voudra ]>as une seconde, j'en ai la convi.;lion. Et puis, fUtin, elle cii.iiJgctM itcul-étre... Tuas bien chtmgé, toi.
JOUVENKL.
Moi, cliangé r
IlENUr.
Mon Dieu, il y a un mois encore, soiivi-.ns-Loi...
JOUVENEL
Moi, chungé? Mais s.pristi, j'ai toujours eu des idées très larges, moi !
II EN ni, slUt>ôfait.
Toi, pure?
JOUVENEL
Toujours. D'ailleurs, je conçois que tu ne t'en sois jain.iis aperçu, puisque la mère elle-même ne s'en est jamais douté.
HENRI
Mais je t'assure que inaman...
ACifc DEUXIEME 81
Ta mère ! Mais, mon grand enfunt, tu ne vas pas Mi'appren.lre ! Ta mère raisonne par moments comme ♦ lie raisonnait il y a trente ans, lorsqu'elle était jeune !ille. Les histoires un peu grivoises la gênent, un livre un peu trop osé la choque... Bref, c'est ma l'cmme, tu sais... et je la connais. Si elle n'a jamais percé mon caractère c'est qu'avant de l'épouser, j'avais déjà deviné le sien, moi, et comme je l'adorais tout autant qu'aujourd'hui, j'ai jugé bon, pour, ne pas lui déplaire, de toujours respecter ses idées et de les approuver. Lorsque je te grondais, lorsque jo; le sermonnais, c'était ta mère qui parlait par ma' bouche I Voilà qui t'explique, mon cher petit, pour- (juoi j'ai été parfois injustement sévère avec toi...- Mais tu ne m'en as jamais gardé rancune, Dieu merci ! Aussi, grâce à tout cela, je puis me vanter d'avoir toujours été un mari parfaitement heureux, et un père parfaitement... parfaitement... enfin le mot ne me vient pas... mais tu me comprends tout de môme... viens m'embrasser... ^ifenri se jotto à son cou. — Un silence.) Et maintenant aiitre chose. Il va falloir qire j'espace mes visites.
HENRI
Oli! père, tu dis cela pour rire?
JOUVENEL
Du tout, du tout, c'est très sérieux.
HENur.
Pourquoi?
JOUVENEL
Po:u*quoi ? Mais, petit imillieureux, tu ne sens lo:i.; pas que c'est l'engrenage ! Et que si cela con-
f82 LE SECRET DE FO L ICIIINE L LE
'tinue, je finirai par me trouver mieux ici que cliez ;moi.
■ HEXRIj heureux.
Eh! bien?
JOUVENEL
Je ne te demande qu'une chose, c'est de ne pn^ annoncer cela à la petite devant moi... D'abord, c'est inutile... ensuite, ça lui ferait de la peine... et à moi aussi.
HENRI, ému.
Certes 1 Ça lui en fera... Il aurait mieux valu ne jnmais venir.
JOUVENEL, colère.
Naturellement... Mais tu as un enfant... Pourquoi :as-tu un enfant?... (un temps.) Il est juste d'ajouter qu'il est adorable !
HENRI
Si je m'attendais à cela !
JOUVENEL
Enfin, mon cher Henri, qu'est-ce que tn veux, il le faut. '
Robert entre par la gauche, il a son képi, ses épauleUes, et son pe*«t sabre.