‹ Le secret de Polichinelle, comédie en trois actesChapitre 7 sur 92 · SCÈNE II MADAME SANTENAY, MADAME JOUVENEL · texte numérisé non relu

SCÈNE II MADAME SANTENAY, MADAME JOUVENEL

MADAME JOUVENEL

Vous, je vais vous gronder.

MADAME SANTENAY.

Il s'agit bien de me gronder. Si vous saviez tout ce que j'ai à vous dire!... Ah! je vous jure que je n'ai pas perdu ma journée.

MADAME JOUVENEL

En effet, vous avez l'air toute réjouie.

MADAME SANTENAY.

Ma chère, j'ai rencontré mon mari.

MADAME JOUVENEL

OÙ cela?

MADAME SANTENAY.

Avenue de l'Opéra.

MADAME JOUVENEL

Vous vous êtes parlé ?

MADAME SANTENAY.

Méchante ! Vous ne le voudriez pas !

MADAME JOUVENEL

Il y a combien de temps que vous ne Taviez vu?

Depuis notre divorce.

MADAME JOUVENEL

Quatre ans alors?

MADAME SANTENAY.

Juste.

MADAME JOUVENEL

Et cela vous a fait quelque chose naturellemftùt?

MADAME SANTENAY.

Si peu... qu'une seconde de plus et je lui éclatais de rire au nez.

MADAME JOUVENEL

Pourquoi ?

MADAME SANTENAY.

Il bedonne, ma chère, il bedonne ! Lui, si mince, si svelte jadis, est devenu aujourd'hui gros comme ça 1 Il a le ventre en pointe et menaçant! Il marche ainsi, la canne en avant. (Elle l'imite.) Oh ! le pauvre ! le pauvre! C'est maintenant qu'il a l'air d'un homme marié.

ai: 1 t l' il t. MIE K • T

MADAME JOUVENEL

Mo<iueuse, va :

MADAME .>ANiENAY.

11 avait deux ou trois peliis paquets à la main, madame! Sur l'un «l'eux j'ai pu lire : « Comestibles i» Nous faisons notre marché nous-môme I Et quand je pense que j'aurais pu vivre avec un homme comme ça î J'ai rencontré aussi madame Durnière.

MADAME JOUVENEL

Ah! où cela? ,

MADAME SANTENAY

Avenue de l'Opéra.

MADAME JOUVKNBL.

Toujours aussi jolie ? ,

MADAME SANTENAY.

Et aussi mal élevée, certes, oui !

MADAME JOUVENEL

Elle a été grossière avec vous ?

MADAME SANTENAY.

Il n'aurait plus manqué que cela.

MADAME JOUVENEL

Alors, je ne m'explique pas.

MADAME SANTENAY.

Nous marchions en sens contraire, n'est-ce pas?

MADAME JOUVENEL

Oui.

Eh bien, elle s'est retournée trois fois pour me

roL.'.u'.ier.

MADAME JOUVENKL.

Comment le savez-vous ?

MADAME SANTEKAY.

Gomment!... commtnt je le sais?

MADAME JOUVENEL

Marchant en sens contraire, pour vous en être aper(;ue, il a fallu naturellement...

MADAME SANTENAY.

Que je me retourne aussi, cela va de soi! mais, ce dont je suis certaine, c'est que c'est elle qui a commencé. N'importe, j'ai rencontré encore, car j'ai gardé la bonne nouvelle pour la fin, madame Langeac et sa ûlle.

MADAME JOUVENEL

Et vous ne le disiez pas tout de suite! Où cela?

MADAME SANTENAY.

Avenue de l'Opéra.

MADAME JOUVKNEL.

Aussi! Mais qu'est-ce qu'il y avait donc avenue de rOpér;i aujourd'hui?

MADAME SANTENAY.

Rien. Le hasard s'en est mêlé, voilà tout.

MADAME JOUVENEL

Alors, madame Langeac?...

Vous alore tout simplement et, si mes pressentiments ne me trompent pas, je crois bien que tout cela lin'ni ctjinme je le souhaite; car, tandis que nous causions madame Langeac et moi, je regardais la petite qui est décidéiuent jolie comme les amours...

A«;i>. IMJKMIKU 9

MADAME JOUVENEL

N'est-ce pas?

Madame santenay.

Ses deux gmnds yeux bleus ne quittaient pas les miens et semblaient me dire : n'est-ce pas, madame, que maman a raison d'aimer madame Jouvenel? Vous pensez si j'étais de son avis.

MADAME JOUVENEL

Que vous êtes gentille !

MADAME SANTENAY.

Et la maman continuait: « Madame Jouvenel, mais G^est une femme exijuise sous tous les rapports 1 Et si fine, si gracieuse, si séduisante avec cela I

MADAME JOUVENEL, coquette.

Madame Langeac exagère.

MADAME SANTENAY.

Taisez-vous donc, vous ne vous connaissez pas!... Quant à M. Jouvenel — c'est toujours elle qui parle ~ j'ai rarement rencontré un homme aussi charmant...

MADAME JOUVENEL, ravie.

Ahl

MADAME SANTLNAY.

Aussi prévenant...

MADAML: JOUVENEL, de même.

Ah:

MADAME SANTENAY.

Aussi distingué ..

MADAME JOUVENEL^ radieuse.

C'est vrai !

MADAME SANTENAY.

Quel joli mén:.'ge I Quel exemple I pour nos enfants,

ajouta-i-elle en caressant du revers de la main la joue de mademoiselle Geneviève. Et leur fils, comment le trouvez- vous, li^-je, pour avoir son opinion sur toute la famille? Du coup, je n'aperçus plus le^ yeux de notre jeune lille. Elle avait baissé la tète et tracassait ses souliers vernis, avec le bout de son en-cas.

MADAME JOUVENEL

C'était bon signe.

MADAME SANTENAY.

C'était bon signe. Mais, me répondit madame Langeac, il m'a semblé tout à fait gentil ce jeune homme l avec cela sérieux...

MADAME JOUVENEL

Hélas ! trop sérieux pour son âge.

Et, d'après ce que m'a dit Geneviève, il danse paraît-il dans la perfection. rX'est-ce pas, Geneviève? Mademoiselle Geneviève soupira un « oui, maman» qui me parut tout à fait éloquent.

MADAME JOUVENEL

Bref!

MADAME SANTENAY.

Bref, sans nous être avancées ni l'une ni l'autre, tout va pour le mieux et, je ne sais si vous me gronderez, mais j'ai prié madame Langeac et sa tille de venir me prendre chez vous à six heures moins un quart.

MADAME JOUVENEL

Elles ont accepté ?

MADAME SANTENAY.

Elles ont accepté.

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