A MARIE
A loi, moitié absente de mon âme, cette pièce écrite à tes côlés.
Ton pauvre père était (rop heureux quand il pouvait la discuter avec ta jeune et belle intelligence.
Le public a bien voulu l'accueillir, et tu n'étais pas là.
Je sais que douée de toutes les vertus célestes, tu devais appartenir au ciel.
Mais Dieu pouvait attendre, lui qui est de toute éternité... lui qui s'est tant hâté de m'arracher ma richesse, et d'anéantir ton cœur sublime et palpitant d'espoir.
Pourquoi cette révoltante injustice?
Ce ne peut être Dieu qui torture et mutile ses créatures !
Non ! ce ne peut être Dieu qui, semant le désespoir au hasard, engendre tout ce qu'il y a d'injuste et d'exécrable dans ce monde.
C'est une puissance mauvaise et fatale et souveraine.
Mais cette puissance du mal, Dieu ne peut donc ni la dompter ni la vaincre?
Si Dieu, qui ne fait pas le mal, ne peut l'empêcher de régner, qui donc faut-il adorer et prier?
Quand on ne peut plus aimer et que l'on ne veut pas
maudire, que faire... sinon nirr... et nier tout, en méprisant la vie que la nature nous impose.
Voilà, chère enfant, le cri que m'arrachait ma douleur, quand tes beaux yeux fermés ne pouvaient plus se rouvrir pour chasser le blasphème et m'apporter ton sourire !
Mais depuis ton départ, chère ange qui voyage... il m'est arri\é de songer, grâce à toi, que Dieu nous gardait au ciel le secret de son impénétrable mystère 1...
Depuis ta triste absence... j'ai cru sentir pénétrer dans notre pauvre vie ta douce et révélatrice influence.
J'ai vu des projets s'accomplir, des souffrances physiques s'éteindre, des vérités se faire jour, et j'ai dû croire!...
Et je crois
Que tu as dirigé vers ton père et ta mère l'ange du bien qui doit te chérir et t'aduiirer comme son égal.
Sois donc cent fois bénie, toi, trésor d'amour, qui savais tant charmer dans ce monde... et qui viens en nous révélant l'autre... apporter à des coeurs endoloris le doute et la consolation, qui sont deux reflets de l'espérance.
2ô Décembre 1856.
JOSEPH BOICIIARDY