ACTE IV
KETTY
Je veux dircy milord; que je vous ai menti.
LORD JAMES
Menti... quand donc?
KETTY
Quand je vous ai dit que j'avais entendu causer des cavaliers dont les paroles indiquaient le passage de lord Arthur.
LORD JAMES
Toi, malheureuse!... (se contenant.) Et pourquoi m'aurais-tu fait ce mensonge?...
KETTY, avec agitation.
Pour obtenir la grâce de Frantz que j'aime... mais je crains d'avoir mérité la punition du ciel, et poussée par un cri de ma conscience... je me rendais au château de Kildare... quand j'ai appris que vous aviez pris le chemin du val Saint-Jean... Alors... (d'une voix saccadée) alors la fièvre... le repentir... m'ont entraînée sur vos pas... et... je vous cherchais, mllord... pour vous confesser ma faute et me délivrer ainsi du remords qui me déchire.
LORD JAMES
Tout ce que tu me dis, Kelty, m'étonne... m'épouvante... et plus je t'écoute, et plus je crains que tu ne sois folle.
KETTY, avec désordre.
Folle!... non, milord... mais j'ai peur de le devenir...
Voyons... soyons calmes... et souvenons-nous bien. ...Tu m'as dit, n'est-ce pas, que tu avais entendu des cavaliers se confier que la nuit, un signal devait attner lord Athur?
KETTY, affirmativement.
Voilà quel fut mon mensonge.
LORD JAMES
Cependant, sur la lisière du bois, j'ai trouvé un tas de paille et de bruyères préparé comme si l'on devait y mettre le feu pour donner le signai; puis un cheval sellé qui, tout près de là, attend sans doute un mystérieux voyageur...
KETTY, à part.
Malheur ! . . .
LORD JAMES
Qu'as-tu maintenant à me répondre?
KETTY
Que votre imagination abusée fait que tout ce qui se rencontre sur votre chemin semble confirmer i'espoir trompeur que je vous ai fait concevoir...
LORD JAMES
Pourtant... ce clievaL..
KETTY
Est assurément celui d'un messager dont la guerre a détruit la maison... et ce tas de bruyères sert maintenant de couche à quelque infortuné sans asile.
Tu n'en sais rien.
KETTY
Je sais que plusieurs familles ruinées par l'incendie sont i'urcées de dormir la nuit en plein air.
LORD JAMES, à part.*
S'il en était ainsi... (a Keiiy.) Tu maintiens donc que tu n'as pas entendu, comme tu le disais, cet entretien de deux cavaliers déguisés?
KETTY, affirmalivemeut.
Je ne Tai pas entendu.
LORD JAMES, s'emportant.
Mais, misérable femme!... tu ignores donc que ton odieux mensonge... je le punirais comme un crime?... tu ne pressens donc pas jusqu'où peut m'entraîner le délire de la colère ?
KETTY, suppliante.
J'implore votre pitié.
LORD JAMES, dont Texallation grandit.
Ma pitié!... quand je tremble que le rebelle que je croyais tenir ne m'échappe comme un fantôme!... (La prenant convulsivement par la main.) Et c'cst à toi quc j'ai dù tant de présomption insensée... et que je dois maintenant l'horrible doute qui me torture ! . . .
(Il la fait tomber à genoux.
KETTY
Épargnez-moi, milord.
LORD JAMES, avec rage.
T'épargner î... toi dont la trahison me plonge dans un nouvel abîme! (Avec délire.) Va-t'cn... va-t'en! car si je cédais à la fureur qui m'égare... (ici Ton entend le son du cor.) Le sou du
cor! (il court regarder dans le fond et voit le feu de broussailles qui vient
de s'allumer au lointain.) Un fcU qui vicut dc s'allumCr... le sigual !
KETTY, se levant avec terreur. **
Mon Dieu!
' Lord James, Ketty.
" Kett\,lortl Jamos