LA CONCLUSION DU LIVRE D
(( Et il me dit : Ces paroles sont certaines et véritables ; et le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes a envoyé son Ange pour montrer cl ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt. Et voici , je viens bientôt. » Heureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre !
« C'est moi , Jean , qui ait entendu et vu ces choses. Et quand j'eus entendu et vu, je tombai aux pieds de V Ange qui me les montrait , pour V adorer. Mais il médit : Garde-toi de le faire ! Je suis ton compagnon de service, et celui de tes frères les prophètes , et clc ceux qui gardent les paroles de ce livre : Adore Dieu.
« Et il me dit : Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre , car le temps est proche. [ Apoc . XXII , 6-9).
Après avoir lu la « Dédicace » ci-dessus et la « Conclusion » du Livre, cela paraît un comble d’absurdité de vouloir interpréter ce livre comme s’il s’adressait à des générations d’un avenir éloigné. Cependant, toutes les interprétations qui ont jamais été données de la vision apocalyptique de saint Jean, essayent de l’expliquer comme un jugement à venir qui doit s’accomplir sur la terre et qui, avec tous ses détails terrifiants, est toujours suspendu sur notre tête. S’il est besoin de plus de preuves, nous en trouverons dans les affirmations du Livre lui-même, qui parle plusieurs fois de la proximité des événements qu’il prédit. « Le temps est proche. » « Ces choses arriveront dans peu de temps. » « Voici, je viens bientôt. » Ces affirmations se retrouvent dans tout le livre, au commencement, au milieu et à la fin.
Persister,, en face de ces déclarations, à ne voir dans l’Apocalypse qu’une prophétie s’appliquant à un avenir lointain, et qui ne pouvait avoir aucun intérêt pour les premières Eglises chrétiennes auxquelles elle s’adressait, c’est commettre une erreur coupable, calculée pour induire en erreur toute la chrétienté jusqu’à
l’apocalypse de saint jean
la lin des temps ; c’est méconnaître l’intention évidente de l’auteur du message et ignorer l’existence même de ceux auxquels il est constamment fait allusion.
Cependant, en lace de ces déclarations réitérées que le temps est proche, presque tous les commentateurs se sont permis d’ignorer les limites du temps et d’errer à plaisir à travers les siècles, en ne voyant pas, dans ce livre, autre chose qu’un almanach d’événements ecclésiastiques pour toute la chrétienté, jusqu’à la fin des temps.
Si les premiers lecteurs lurent capables de comprend! e l’Apocalypse, sans une interprétation, cela ne peut être que parce qu’ils reconnaissaient le rapport que le livre avait avec les événements de leur époque. Supposer qu’ils auraient pu prendre quelque intérêt à un livre qui traitait de conciles catholiques, de réformes protestantes, de révolutions françaises et d’événements distants, devant se passer à des époques éloignées, dans des pays dont ils n’avaient jamais entendu parler, est une des idées les plus fantastiques qui ait jamais traversé un cerveau humain. Du commencement à la fin, le livre lui-même porte un
témoignage décisif en faveur de l’accomplissement immédiat de ses prédictions. Il s’ouvre par Ja déclaration expresse que les événements dont il parle « doivent arriver bientôt ». — « Le Seigneur a envoyé son Ange pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt. » — « Le temps est proche. »
Ainsi, la clef qui a été donnée avec le livre a toujours été suspendue à la porte; elle est visible pour tous ceux qui ont des yeux pour voir, mais les hommes ont préféré laisser la vraie clef se rouiller pendant qu’ils en essayaient vainement d'autres ; si bien qu’on a fini par considérer l’Apocalypse comme une énigme inintelligible, qui n’a d’autre but que d’embarrasser, d’étonner et d’eff rayer. Cependant, la véritable clef n’a pas cessé d’être visible, et toutes les pages du livre attirent l’attention sur elle.
Dans chacune de ces épîtres, adressées aux sept Églises de l’Asie, nous trouvons une allusion distincte à une grave et imminente crise, alors que la récompense et la punition seront mesurées selon l’œuvre. A 1 Église d’Éphèse, il est dit : cc Je viendrai bientôt à toi » (chap. IL 5); à l’Église de Smyrne :
LAPOCALYDSK DK S A J. NT J KAN 331
« Vous aurez une affliction de dix jours » (cliap. II. 10) ; à l'Église de Pergame : « Je viendrai bientôt à toi » (cliap. II. JG) ; à l’Église de Tliyatire : Retenez ce que vous avez jusqu’à ce que je vienne » (cliap. II. 25) ; à l’Église de Sardes : « Je viendrai à toi comme un larron » (chap. III. 3) ; à l’Église de Philadelphie : « Voici, je viens bientôt » (chap. III. 11); à l’Église de Laodicée : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe » (chap. III. 20). Il est impossible de se figurer que ces avertissements pressants n'avaient aucune signification spéciale pour* ceux ù qui ils s’adressaient, et qu’ils ont rapport à une consommation qui n’a pas encore eu lieu et qui, après dix-huit cents ans, est encore à venir.
Pourquoi recourir à une explication si peu naturelle et si peu satisfaisante, puisqu’il y avait une consommation promise, et par conséquent attendue, qui devait avoir lieu pendant que ces Églises étaient encore florissantes ? Nous concluons, par conséquent, que la période de récompense et de punition, à laquelle il est fait allusion dans toutes ces épitres aux Églises, était « lk jour nu Skigneur » qui approchait, et dont lui-même avait souvent parlé comme
devant venir avant que la génération qui avait vu ses miracles et rejeté son message eût disparu.
Il suffit que nous nous placions dans le temps et les circonstances où se trouvaient ces Églises primitives, pour que les symboles mystiques qu'avait vu l’Apôtre se transforment, devant nos yeux, en faits historiques. Le Voyant se tient debout au moment où va se produire la crise depuis si longtemps prédite et attendue, pour la venue de laquelle le Sauveur avait, de son temps, préparé ses disciples. La prophétie qu'il avait faite sur le mont des Oliviers commence par des guerres, des bruits de guerre, et continue en parlant de « Jérusalem environnée par des armées », et de « l’abomination de la désolation dans le lieu saint », jusqu’à ce qu’elle finisse par le naufrage apparent de la nature entière et la venue du « Fils de l’homme dans les nuages du ciel. Et nous voyons que la prophétie, dans l'Apocalypse, procède selon la même méthode.
Le disciple bien-aimé, qui a entendu la prophétie sur le mont des Oliviers, voit maintenant son accomplissement dans une vision
l’apocalypse de saint JEAN
représentant la prochaine destruction de Jérusalem, le jugement du pays coupable. L’orage s’amoncelle sur sa propre nation, sur la ville et sur le Temple de Dieu; ses armées se rassemblent pour la lutte, et, à mesure que sceau après sceau sont brisés par l’Agneau de • Dieu, ou le Lion de la tribu de Juda, le seul qui eut été trouvé digne d’ouvrir le livre, le Voyant, contemple les vagues successives de ce terrible déluge de colère qui était sur le point de submerger le pays d’Israël.
Nous croyons que telle est aussi la signification de la vision symbolique des sept sceaux. C’est seulement une autre forme de la même catastrophe prédite par notre Sauveur à ses disciples, mais que saint Jean voit alors comme imminente.
Nous devons faire remarquer ici que chacune des visions de l’ouverture des sceaux se termine par une catastrophe ou un acte spécial d’un jugement divin, qui amène la destruction pour les méchants et le salut pour les justes.
Il est impossible que l’on ne voie pas que presque chaque trait de cette terrible scène se passe, ainsi que cela a été prédit dans la prophétie de i:olie Seigneur, sur le mont des
Oliviers, lorsqu’il parle du jugement qui allait être rendu sur la ville et sur la nation d’Israël. Il n’y a donc place pour aucune incertitude, quant à la signification des visions, — mais, plus on les étudiera atten tivement, plus nettement on verra le rapport de chaque symbole avec cette grande catastrophe.
Nous attirons aussi l’attention sur le fait que, comme pour le rêve du Pharaon, qui fut répété sous deux formes différentes (1), afin de rendre la leçon plus impressive, de même les différentes visions de l’Apocalypse courent, pour ainsi dire paralèllement l’une à l’autre, et donnent des peintures diverses des mêmes événements. De même, aussi, un court silence sépare la vision des sept sceaux de celle des sept trompettes, — cette pause indiquant que le drame doit se développer de nouveau et que, substantiellement, les mêmes séries d’événe-
(I) « Et quant à ce que le songe a été réitéré au Pharaon pour la seconde fois, c’est que la chose est arrêtée de Dieu et que Dieu l’accomplira bientôt. » 'Genèse XL'I. 32J . Comparez, avec le double rêve de Joseph (Genèse XXXVII) le double signe de Gédéon (Juges VI, 30-39), la double vision de Daniel (II et VII) et le fait que notre Seigneur emploie plus d’une parabole pour illustrer différents côtés d’une môme vérité, comme dan^Luc XV.
l’apocalypse de saint jeam
ments seront doublement affirmées , étant répétées sous des aspects différents.
« C’est le grand et terrible jour du Seigneur» prédit par Malaehie III, 2, mais qui pourra subsister quand il paraîtra — car le grand jour de sa colère est venu. » (Apoe. VI, 17). C’est le « clics iræ » prédit par Jean Baptiste, par saint Paul, par saint Pierre, et spécialement par notre Seigneur lui-même sur le mont des Oliviers. C’est la consommation que l’Église apostolique attendait — le jour du jugement de la nation coupable, le jour de la rédemption et de la récompense pour le peuple de Dieu. Voyez saint Luc XXI, 28 à 32. « Lors donc que ces choses commenceront d’arriver, regardez en haut et levez la tête parce que votre délivrance est proche. Je vous dis, en vérité, que cette génération ne passera point, que toutes ces choses n’arrivent. »
Mais remarquons d’une façon toute spéciale la correspondance qui existe entre les symboles dans la vision et ceux qui se trouvent dans le discours prophétique de notre Seigneur.