CONCLUSION GÉNÉRALE
Ai-je embrassé plus que ne comportait mon sujet; et, sous prétexte de faire connaître le secret du peuple, n’ai-je cherché qu’une occasion de dire le mien? On pourra le croire, et ne se faire faute de le dire. On aurait tort. Non, je n’ai pas embrassé plus que ne comportait mon sujet; car je ne suis pas allé au delà du point où me portaient les préoccupations populaires; et, d’autre part, je prête si peu gratuitement au peuple mes tendances personnelles, que j’ai laissé voir, en plusieurs endroits, les modifications considérables que l’étude patiente de ses aspirations avait opérées sur mes propres croyances. A mesure que j’ai pénétré plus avant dans son âme, j’ai communié plus intimement avec lui. J’ai tiré de son fond des indications que je liens pour très-lumineuses;
LE SECRET DE PEUPLE
mais je ne lui prête rien, si ce n’est un miroir dans lequel je voudrais qu’il pût se regarder, parce qu’il y prendrait une plus haute conscience de lui-même.
J’ai dû glisser sur ce que notre peuple a de commun avec toutes les grandes agglomérations, et insister sur ce qui le distingue des autres classes populaires et constitue sa vigoureuse originalité. J'avais pris, d'ailleurs, et d’une manière formelle, l’engagement de préciser autant qu’il me serait possible, « l’irrésistible instinct qui le pousse à se préoccuper avant tout des intérêts généraux, et lui fait saisir les aspects les plus grandioses des formidables questions soulevées par l’esprit du siècle, alors même qu’il n’en comprend pas les détails et qu’il en méconnaît les dangers. » Il me fallait donc au moins essayer de faire toucher ces aspects grandioses que saisit l'imagination populaire. J’ai peut-être mal étreint; mais j’avais immensément à embrasser.
D’ailleurs, avant de conclure, récapitulons brièvement, pour montrer que mon sujet ne me permettait d’éluder aucune des grandes questions qui émeuvent la société moderne.
Nous savons que notre classe ouvrière a une répugnance marquée à se laisser river aux intérêts terre à terre de la vie professionnelle; que, par suite, les règlements du travail qui lui sourient le plus sont ceux qui semblent devoir la dispenser mieux du souci de la prévoyance personnelle.
D’où vient celte disposition? On le sait d’avance. Peu-