‹ Le secret du peuple de ParisChapitre 22 sur 39 · I/ÉGLISE D'AUTREFOIS · texte numérisé non relu

I/ÉGLISE D'AUTREFOIS

santc; mais qui aurait eu une jeunesse héroïque, dont le souvenir est comme une auréole appelant encore le respect de ceux même que ce vieillard repousse.

Et, à ce propos, s'il est de notre droit de justifier le choix du peuple enlre « les deux maîtres, » il est de notre devoir aussi de rafraîchir dans sa mémoire les incontestables titres de l'Église d'autrefois à sa gratitude : remplissons-le donc brièvement.

C'est une belle et grande histoire que celle de l'institution catholique, depuis sa fondation jusqu'à son apogée, c'est-à-dire jusqu'à cette époque du moyen âge (douzième et treizième siècle), où, entraînée à se constituer en théocratie, elle a soulevé successivement contre elle toutes les puissances civiles de l'Europe chrétienne. Et même, à compter de cette époque, où les princes ont coupé court à ses tendances à la domination universelle, jusqu'à nos jours, c'est-à-dire pendant sa période de décroissance, il ne serait pas juste de dire que, vue dans son vaste ensemble, il y a plus à porter à son passif qu'à son actif.

On peut dire de l'Église, à partir du moyen âge, qu'en général sa politique a été moins que scrupuleuse ; que les mœurs de son aristocratie ont trop souvent scandalisé les peuples; que la plupart de ses milices monacales, d'abord si actives dans l'œuvre de civilisation, avaient fini par s'engraisser dans l'oisiveté la plus méprisable; et surtout que sa peur des hardiesses de l'esprit l'a portée bien souvent à se faire boisseau sur la lumière... Bref, sou passif est énorme.

Mais son actif le couvre largement, et la société moderne, malgré les grands griefs qui justifient son irrémédiable divorce, n'est pas quitte de reconnaissance envers l'Église d'autrefois.

Pour apprécier l'œuvre de celle-ci, il faut se reporter au temps où elle a commencé à diriger le mouvement de renaissance sociale en Europe, c'est-à-dire vers les troisième, quatrième et cinquième siècles, pendant lesquels s'opéra cet immense et mystérieux amalgame de peuples, qu'on appelle l'invasion des barbares, et qui eut pour effet de submerger la civilisation gréco-romaine. C'était alors le règne de la force brutale dans toute sa sauvage énergie. Pour si peu qu'on puisse se faire une idée de la société européenne en ce temps-là ; du droit public et de celui des personnes ; de la condition des masses populaires vouées toutes au travail servilc; de l'état de la science, de l'art et de l'industrie; en un mot, lorsque, partant de la noire nuit de cette époque, on se reporte au grand jour du seizième siècle, et qu'on compare, on est frappé de l'immense distance parcourue. Or, ce qui est incontestable, c'est que, pendant toute cette longue période, l'Église a été la directrice morale et intellectuelle de la société.

Sans doute, l'élément laïque peut revendiquer une large part de ce qui a été fait, et particulièrement aux derniers siècles de la longue période dont nous parlons. Mais n'oublions pas que l'Église comprend tous les croyanls; que toute la société était croyante alors.

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