CHAPITRE I
PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L'aRT ÉPISTOLAIRE.
Les règles de la correspondance doivent être considérées sous le rapport des lettres qu'on a à écrire. Ces règles varient par conséquent suivant Tobjet pour lequel on écrit, et suivant la position, le rang de la personne à qui Ton s'adresse, son âge, son sexe, et le degré de parenté qui pourrait exister.
Nous allons essayer de donner une idée sommaire de ces règles.
Voici d'abord quelques principes généraux applicables à toute espèce de lettres.
Un lettre doit avoir un but quelconque, tel par exemple que de se rappeler au souvenir d'un parent, d'un protecteur, de donner de ses nouvelles, de s'informer de la santé d'un père ou d'une mère, de leur présenter les témoignages de son affection, de son respect, de traiter d'une aftaire, de demander des renseignements, de solliciter une faveur, etc., etc. Ce but doit être nettement indiqué, le style, clair, correct, et sans répétitions fastidieuses : car ces répétitions sont le défaut ordinaire des personnes qui n'ont pas
l'habitude du style épistolaire^ et à force de redire la même chose, ui^e missive devient lourde et diffuse.
Lettres de compliments. — Le plus grand défaut à éviter, dans ces sortes de lettres, est la fadeur et la banalité des expressions. Il est en effet très-difficile de faire des compliments, de bons souhaits, de présenter l'hommage de son respect d'une manière qui ne soit pas trop vulgaire et trop rebattue. Le mieux est de suivre l'impulsion de son cœur, en évitant un style trop fleuri qui sent le travail et la prétention. Au reste, nous nous bornerons, pour ces lettres, à renvoyer aux nombreux exemples que nous allons donner, et dans lesquels nous nous sommes attachés à éviter cette grave imperfectio'n.
Lettres de famille. — Il faut d'abord considérer si la personne à qui l'on écrit a droit à notre respect par son âge ou par son degré de parenté; car on doit s'exprimer d'une manière différente en s'adressant à un père, une mère, un oncle, une tante, qu'à un frère, une cousine ou un ami. Dans le premier cas, on doit éviter les expressions familières, et, sau^ cesser d'être tendre et affectueux, ne point s'écarter du respect qu'on doit à de grands parents.
Dans le second cas, les lettres doivent, en général, être amicales, écrites avec une sorte d'abandon, en évitant soigneusement toute expression commune ou triviale : le style doit en être simple et natu-rel.
11 est convenable d'écrire ces lettres d'avance ; en sorte qu'elles puissent parvenir la veille de la fête ou le premier jour de l'année.
Nous plaçons dans la catégorie des lettres de famille celles qui sont relatives à des demandes en mariage, et les lettres de faire part, etc. Nous en donnons de nombreux modèles.
Lettres relatives a des demandes. Lettres diverses. — Cette importante catégorie de lettres est si variée que nous ne pouvons établir de règles qui lui soient particulièrement applicables. Nous nous contenterons de recommander la clarté du style et l'ordre dans les idées.
Lettres de commerce. — La concision et la clarté sont des qualités essentielles dans ce genre de correspondance. Le temps du commerçant est précieux, il ne doit pas l'em-
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ployer en phrases inutiles dans les lettres qu il écrit. S'agitil d'une demande de marchandises, il énonce la q-'anUté, la qualité et le prix de ce qu'il désire, la voie d'expédition, et les conditions de paiement, et il termine par quelques expressions de po/itesse. S'il envoie une valeur pour solder un compte, il indique la nature de cette valeur, son échéance, etc., en rappelant la facture qu'il acquitte.
Le marchand ne doit pas oublier, dans les réponses qu'il fera, d'accuser réception de la dernière lettre qu'il a reçue, en indiquant exactement sa date, et si elle contenait des valeurs, le rappeler.
En un mot, une lettre de commerce doit renfermer tout le nécessaire et rien que le nécessaire.
Si la concision et la clarté sont nécessaires dans les lettres d'affaires, c'est surtout dans les pétitions que ces qualités sont indispensables, car les personnesélevées en dignité, les magistrats, les fonctionnaires publics ont, en général, peu de temps à donner à l'examen des demandes ou suppliques. Une pétition doit donc être courte, et tout détail inutile supprimé. Elle doit être très-lisiblement écrite, sans surcharge ni rature. De plus, il est utile de relater, en quelques mots, l'objet de la demande au haut de la marge, à gauche, afin de faciliter le classement ou la recherche de la pétition.
Choix du papier pour les Ijettres et les Pétition» •
11 est presque mutile de dire qu'une lettre écrite sur un papier grossier et commun, indique un défaut d'usage et de savoir vivre, surtout lorsque ce papier manqua de fraîcheur et de netteté. Les seules circonstances qui puissent justifier ce manque de convenance, c'est lorsqu'or? écrit hor? de chez soi, ou qu'on est en voyage, encore doit-on ajouter à sa lettre un mot d'excuse.
Loisqu'on écrit à des personnes ai.xcu'elles on doit du respect ou de la considération, il faut employer du papier 10-4°. On réserve le format in-8° pour les lettres familiùrcs
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et les billets, naais dans tous les cas, on doit laisser la feuille double. Les lettres de commerce dont I3 contenu est succinct, ont seules le privilège de pouvoir être écrites, sans impolitesse, sur une feuille simple.
Depuis quelque temps, la papeterie de luxe a pris un grand développement ; quelquefois on écrit sur des papiers de couleur ornés d'arabesques, d'encadrements, de vignettes coloriées, mais il est de meilleur goût d'écrire simplement sur de très-beau papier blanc.
Un joli chiffre qui se répète sur l'enveloppe convient particulièrement aux dames.
Quant aux pétitions, elles doivent être écrites sur papier dit Tellîère, format in-folio (environ trente centimètres sur vingt).
EuTeloppes et Cachet.
Le format des enveloppes varie avec celui du papier; pour les pétitions, elles doivent être grandes ; pour la correspondance usuelle, au contraire, elles sont petites et de forme carrée. Celles des lettres de commerce sont également carrées, mais du double de grandeur.
Bien que l'usage des enveloppes soit aujourd'hui presque général dans le commerce, son emploi n'est pas sans inconvénient. Car presque toujours après avoir décacheté une lettre, on en jette l'enveloppe, de sorte que si la date a été oubliée, ou s'il y a eu erreur dans le quantième, la rectification devient impossible ; au lieu que le timbre postal, apposé sur une lettre, supplée à l'omission de l'écrivain en indiquant officiellement les jours de départ et d'arrivée.
Ceci peut devenir fort important lorsqu'une lettre doit être produite en justice, dans certaines affaires litigieuses. Ajoutons encore que s'il est question d'envoyer un acte sous seingprivé et sur papier timbré, il faut choisir une feuille double de soixante-dix centimes, et plier votre lettre de manière que ce soit une page blanche du papier timbré qui reçoive l'adresse et le timbre de la poste. Dans certains cas, cela peut tenir lieu de l'enregistrement.
On cacheté ordinairement avec de la cire rouge l'enveloppe d'une pétition ou d'une lettre adressée à un supérieur.
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La date peut se placer en haut, vers Tangle droit de 1? lettre, ou en bas, au-dessous de la signature, vers l'angle à gauche. Le premier usage est plus rationnel, il est d'ailleurs généralement suivi dans les lettres d'affaires et de commerce. Le second, nous ne savons vraiment pourquoi, est considéré comme une marque de respect ou de déférence.
L'année et le jour du mois doivent toujours être précédés du nom de l'endroit d'oîi Ton écrit. Néanmoins, dans les simples billets envoyés en ville, on se contente d'indiquer Tannée, le quantième du mois, et souvent le jour de la semaine.
Cérémonial des Pétitions et des luettres.
On peut diviser, quant au cérémonial, les lettres et les pétitions en deux classes, La première comprend les pétitions et suppliques adressées à des souverains, à des princes, à des grands dignitaires, à des personnages d'un haut rang, à des ministres, à des magistrats d'un ordre élevé.
La seconde catégorie comprend les lettres destinées à des fonctionnaires, ou à des personnes distinguées, mais qui n'appartiennent plus à la première catégorie ; puis viennent les lettres ordinaires, les lettres adressées à des parents, à des amis, et enfin les lettres de commerce.
Première catégorie. Une pétition, une supplique comprend Vinscription, c'est-à-dire titres, qualités et fonctions de la personne à qui l'on s'adresse; puis la désignation^ ou le titre officiel qu'on lui donne en lui parlant. Après le corps de la pétition, vient une formule respectueuse par laquelle on la termine. Exemple :
INSCRIPTION A Monsieur le Président
en
haut do la page. de la République française.
TITRE Monsieur (ou Madame, si l'on s'adresse à
ou Traitement. l'èpouse du Président.)
CORPS Observoition sur le corps de la pétition — Pou:"
do les pétitions destinées au Président de la Répii-
LA. PÉTITION. blique, la marge doit être de la moitié de-, la largrur
de la feuille; oa n'écrira que deux ligues au bas
du rocto, et l'on continuera au verso en finissant
par la formule ci-dessous •
PORMTILS Je suis avec le plus profond respect,
RESPECTCEisE. ^ MmsleuT ,
Voirs très-humble et très-oUissant serviteur,
SIGNATURE w-.
et ^
plus bas la date.
Nota. — La largeur de la marge diminue et le nombre de lignes à écrire au recto augmente, selon que la personne à qui l'on adresso la pétition occupe un rang moins élevé dans la hiérarchie sociale.
FORKULES BS LA PREHIÈaS CATÉGORIE.
rauR LE PAPE. A Notre Très-SaiiU-Père le Pape
Très-Saint-Père.
Je suis, avec le plus profond respect, Très-Saint-Père, de Votre Sainteté, Le très-humble et très -obéissant iervitewr.
POUR A Sa Majesté le Roi