‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 210 sur 725 · La nature à l'homme · texte numérisé non relu

La nature à l'homme

« Sortez, dict elle, de ce monde, comme vous y estes entrez. « Le mesme passage que vous feistes de la mort à la vie, sans « passion et sans frayeur, refaictes le de la vie à la mort, Vostre (' mort est une des pièces de l'ordre de l'univers ; c'est une « pièce de la vie du monde.

Inter se mortales mutua vivunt, Et, quasi cursores, vitailampadatraduiit^.

«Changerayje pas pour vous cette belle confexture des cho- « ses ? C'est la condition de vostre création ; c'est une partie de « vous, que la mort; vous vous fuyez vous mesmes. Cettuy vos- <i tre estre que vous jouyssez ^, est également party à * la mort « et à la vie. Le premier jour de vostre naissance vous achemine « à mourir comme à vivre.

Prima, quse vitam dédit, liora, carpsit s. Nascentes morimur ; finisque ab origine pendet ^ .

« Tout ce que vous vivez, vous le dcsrobez à la vie ; c'est à « ses dépens. Le continuel ouvrage de vostre vie, c'est bastir la « mort. Vous estes en la mort pendant que vous estes en vie ; « car vous estes aprez la mort quand vous n'estes plus en vie ; « ou, si vous l'aimez mieux ainsi, vous estes mort après la vie ; « mais pendant la vie vous estes mourant ; et la mort touche «bien plus rudement le mourant que le mort, et plus vifve-

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