‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 238 sur 725 · De la vertu · texte numérisé non relu

De la vertu

Ce seroit chose bien piteuse et chetive que la vertu, si elle liroit sa recommandation et son pris de l'opinion d'aulruy®; c'est une trop foible monnoye et de trop bas alloy '' pour elle. Elle est trop noble pour aller mandier une telle recompense : il faut affermir ^ son ame et de façon telle composer ses affections, que la lueur des honneurs'n'esblouisse point nostre raison, et munir de belles résolutions son esprit, qui luy servent de barrières contre les assaults de l'ambition.

Il se faut donc persuader que la vertu ne cherche point un plus ample ny plus riche théâtre, pour se faire voir que sa propre conscience ^; plus le soleil est haut, moins fait il d'ombre, plus la vertu est grande, moins cherche-elle de gloire, gloire vrayeraent semblable à l'ombre, qui suit ceulx qui la fuyent, et fuit ceux qui la suivent *" ; se remettre devant les yeulx que l'on vient en ce monde comme à une comédie '*, où l'on ne choisit pas le personnage que l'on veut jouer, mais seulement Ion regarde à bien jouer celui qui est donné : ou comme en un banquet, auquel Ion use des viandes qui sont devant '^, sans estandre le bras à l'autre bout de table, ny arracher les plats

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