Qu'avant peu de temps
an MORCEAUX CHOISIS DES AUTEURS DU XVI' SIÈCLE.
la leste si haut; et singulièrement en la venue des Suysses (combien que le duc d'Albe fust desjà passé en Flandres '), lesquels n'avoj'ent esté levez que pour la crainte simulée de son passage. Quant aux secret tes ^, ils metloyent en avant aucunes lettres interceptées, venantes de Rome et d'Espagne, où les desseins qu'on vouloit exécuter se descouvrirent fort à plain,la resolution prise a Bayonne avec le duc d'Albe d'exterminer les Huguenots de France et les Gueux ^ de Flandres ; de quoy on avoit esté averty par ceux de qui on ne se doutoit pas. Toutes ces choses, et plusieurs autres dont je me tais resveilloyent fort ceux qui n'avoyent pas envie qu'on les prist endormis. Et me recorde * que les chefs de la religion firent en peu de temps trois assemblées,' tant à Valéry qu'à Chastillon, où se trouvèrent dix ou douze des plus signalez gentils hommes, pour délibérer sur les occurrences présentes et cercher ° des expediens légitimes et honnestes, pour s'asseurer entre tant de frayeur ^, sans venir aux derniers remèdes. Aux deux premières, les opinions furent diverses... Mais à la troisième, qui se fit avant qu'un mois fust €scoulé, les cerveaux s'eschaufferent davantage, tant pour les considérations passées que pour nouveaux avis qu'on eut... Et y eut quelques uns qui estoyent là, plus sensitifs "^ et impatiens que les autres, qui tindrent ce langage : « Comment ? veut-on attendre qu'on nous vienne lier les pieds et les mains et puis <îu'on nous traine sur les eschaffaux do Paris, pour assouvir, par nos morts honteuses * la cruauté d'autruy? Quels avis fautil plus attendre? Voyons nous pas desjà l'ennemy estranger, qui marche armé vers nous, et nous menace de vengeance ?... Avons nous mis en oubli que plus de trois mille personnes de nostre Religion sont perles par morts violentes depuis la paix, pour lesquelles toutes nos plaintes n'ont jamais peu obtenir autre raison que des responses frivoles, ou des dilations ' trompeuses? Si c'estoit le vouloir de nostre Roy que nous fussions ainsi outragez et vilipendez, par avanture le supporterions-nous plus doucement? Mais puisque nous sçavons que cela se fait par ceuv qui se couvrent de son nom, et qui nous veulent oster l'accès envers luy et sa bien vueillance, afinqu'estans
1. On avait enrôlé des Suisses en apparence pour se défendre contre le duc d'Albe, en réalité pour réduire les protestants.