Les dames de Sienne
Sans emprunter les exemples des généreuses dames de Rome et de Sparte de jadis, qui ont en cela excédé * toutes aulres, (lesquels au reste sont assez manifestes et exposez à nos yeux), j'en Yeux escrire de nouveaux et de nos temps.
Pour le premier, et à mon gré le plus beau que je sçnclie, l'ut ^ celuy de ces belles, honnestes et courageuses dames de Sienne, lors de la révolte de leur ville contre le joug insupportable des Impériaux. Car aprùs que l'ordre y fut estably pour garder la ville, les Dames en estant mises à part pour n'estre ^ propres à la guerre comme les hommes, voulurent monstrer un pardessus'' et qu'elles sçavoient faire autre chose que besognera leur ouvrage; et pour porter leur part du travail, se partirent' d'elles mesmes en trois bandes : et, un jour de S. Anthoine, au mois de Janvier, comparurent en publiq trois des plus belles, grandes et principales de la ville, en la grande place (qui est certes très-belle) avec leurs tambours et enseignes.
La première esloit la Signora Forteguerra, vestuë de violet, son enseigne et sa bande de mesme parure avec une devise, et® ces mots: Purche sia il vero *°... Et estoient toutes ces dames vestues à la nymphale d'un court accousirement qui en descouvroit et monslroit mieux la belle grève '^
La seconde estoit la Signora Piccolominî, vestuë d'incarnat, avec sa bande et enseigne de mesme, avec la Croix blanche, et la devise en ces mots : Purche no l'habbia tidto >^