‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 311 sur 725 · D'Aubigné au roi de Navarre · texte numérisé non relu

D'Aubigné au roi de Navarre

Si la fidélité n'estoit ici plus de saison que la discrétion, le respect et l'honneur que je doi à ceux qui ont parlé me fermeroit la bouche ; mais le serment que j'ai à ^ Dieu, à sa cause, et à vous, Sire, me l'ouvre, et aux despens de la bienséance, me fait dire ce qui est de mon sentiment. Ce seroit fouler aux pieds les cendres de nos martyrs et le sang de nos vaillans hommes, ce seroit planter des polances sur les tombeaux de nos princes et grands capitaines morts, et condamnera pareille ignominie ceux qui, encores debout, ont voué leurs vies à Dieu, que de mettre ici en doute et sur le bureau*, avec quelle justice ils ont exercé leurs magnanimitez; ce seroit craindre que Dieu mesme ne l'ust coulpable, aiant béni leurs armes, par lesquelles ils ont traitlé avec les rois, selon le droit des gens, arresté les injustes brulemens'' qui s'exerçoient de tous costez et acquis la paix à l'Église et à la France; mesmes celte assemblée seroit criminelle de leze-majesté, si nous avions ozé convenir^ en ce lieu sans estre asseurez et pleins de noslre droit. Ce n'est donc plus à nous de regarder en arrière, où nous ne verrons qu'églises, villes, familles et personnes ruinées, en partie par la perfidie des ennemis, partie par ceux qui leur cercheroient des excuses ^, pour s'excuser des labeurs et périls, auxquels

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