ESTIENNE PASQUIER
France', el tout d'une suitle lui représente sa posture ^, ses mœurs', sa manière de vivre, en fin que Guillaume luy ressembloit en tout, de face el de façons. Kl ainsi l'endormant'* sur le narré de cesle belle histoire, il jette l'œil s')r ses draps, les considère,les manie; nouvelle'^ envie luy prend d'en achepter, encores que venant à la foire il n'y cust aucunement pourpensé, com mence de les marchander. Guillaume luy loue hautement sa marchandise, les laines estans grandement encheries depuis peu de temps, demande vingt-quatre sols de l'aulne. Patelin luy en offre vingt; Guillaume est marchand en un mol^, el ne veut rien rabatre du prix. A quoi Patelin condescend, et en levé six aulnes, tant pour luy que sa femme, revenans à neuf francs, qui disoient six escus. il est question de payer; mais il n'a argent sur soy, dont il est bien aise, car il veut renouer avec luy l'ancienne amitié qu'il porloit à son père; le semond'^ de venir manger d'une oye qui estoit à la broche, et qu'il le payeroif. Combien qu'il poisasl^au marchand de n'es! re payé sur le champ comme estant d'une nature défiante, si est-ce que, vaincu des importunitez de Patelin, il est contrainct de s'y accorder.
Patelin emporte son drap, lequel à l'issue ' de là, parlant à part soy, dit que Guillaume luy avoil vendu ce drnp à son moli*', mais qu'il le payeroit au sien ; et en cela il ne fut menteur. Car estant de retour en sa maison, sa femme, bien estonnee, luy demande en quelle monnoye il enfendoit le payer,veu qu'il n'y avoit croix ny pille " chez eux. 11 luy rcspond que ce seroit en une maladie, el que deslors il s'alloit aliter, afin que le marchand venant, Guillemette le payast de pleurs et larmes. Ce qui fut faict. Le bon Guillaume ne demeura pas longtemps sans s'acheminer chez Patelin, se promettant de faire un bon repas avant que d'estre payé :
Ils ne verront Soleil ny Lune Les escus qu'il me baillera '-,
disoit ce pauvre idiot; en quoy aussi il dit vérité. En cesle