Par le sang de son frère Uenuis
Du tout 1 brisé la superbe Carthage
Et des Gaulois affoibly le courage
Plusieurs pais et langages divers
Qui sont espars en ce bas univers
Par longs efFors et par guerres mortelles,
Tout d'un accord feit ^ vivre soubs ses œsles ^
Dont tellement sa puissance elle accreut *
Que par orgueil elle pensa et creut '
Estre fondée en fermesse ' immortelle,
Et que jamais Seigneurie après elle
L'on neverroitau monde dominer
Ou qui la peust du tout exterminer.
Mais en ce poinct que '' tant de gens vainquit,
De sonmylieu sa ruine naquist.
Et tout ainsi que peu à peu la nue
Quand par vapeurs le temps se trouble et mue
Vient tellement à s'estendre et enfler
Qu'elle ne craint le bruyre ne souffler *
De tous les vens qui à l'entour se meuvent;
Mais toutesfois dedens elles s'esmeuvent
Certains debatz et intestines guerres
Bruilz et flambeaux, esclairs, aussi tonnerres ;
Puis dedens soy d'elle mesme troublée
Et tellement de tumulte comblée.
Soit par pleuvoir ou gresler, se desfait ;
Ainsi, estant l'Empire Rommain fait
Sy grand, sy liault, sy puissant et sy fort
Qu'il ne craignoit des estrangers l'effort.
Secrètement soubz ses œsles ' couvoit
Sédition, et ainsi se mouvoit
En peu de temps la tempeste civile
Qui feit ^ decheoir ceste superbe ville.
Ainsi le nom et l'Empire Rommain
Jadis fondé par tant de sang humain.
Après avoir le monde combattu
Peut ^ à la fin de sa force abbatu :
Le tout venant par divine ordonnance
Parle conseil et haulte Providenc^'^