De ce que
230 MORCEAUX CHOISIS DES AUTEURS DU XVI" SIÈCLE. 13. Aux Protestants.
Ah ! que vous estes loin de nos premiers docteurs, Qui sans craindre la mort ny les persécuteurs, De leur bon gré s'offroient aux plus cruels supplices, Sans envoyer pour eux je ne sçay quels novices!
Que vit * tant à Genève un Calvin desja vieux, Qu'il ne se fait - en France un martyr glorieux, Souffrant pour sa parole? 0 âmes peu hardies ! Vous ressemblez à ceux qui font les tragédies, Lesquels, sans les jouer demeurent tous craintifs, Et en donnent la charge aux nouveaux apprenlifs. Pour n'eslre point mocquez ni sifflez, si l'issue De la fable n'est pas du peuple bien receue.
Le peuple qui vous suit est tout empoisonné; Il a tant le cerveau de sectes estonné ^, Que toute la rhubarbe et toute l'anticyre * Ne luy sçauroient guarir sa fiebvre qui empire; Car tant s'en faut, helas! qu'on la puisse guarir. Que son mal le contente, et luy plaist ^ d'en mourir.
Il faut, ce dites-vous, que ce peuple fidelle Soit guidé par un chef qui prenne sa querelle, Ainsi que Gedeon, qui seul esleu ® de Dieu, Contre les Madians mena le peuple Hebrieu.
Si Gedeon avoit commis vos brigandages.
Vos meurtres, vos larcins, vos gothiques ^ pillages, Il seroit exécrable; et s'il avoit forfait Contre le droict commun, il auroit trcs-mal fait.
De vostre élection faictes-nous voir la bulle. Et nous monstrez de Dieu le seing et la cedulle; Si vous ne la monstrez, il faut que vous croyez Qu'icy vous n'estes pas du Seigneur envoyez.
Ce n'est plus aujourd'hui qu'on croit en tels oracles ! Faites à tout le moins quelques petits miracles. Comme les percs saincts, qui jadis guerissoient Ceux qui de mahidie aux chemins languissoient, Et desquels seulement l'ombre cstoit salutaire.