‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 540 sur 725 · ANTIGONE · texte numérisé non relu

ANTIGONE

Ouy, je la sçavois, et chacun comme moy.

CREON

Et tu as bien osé faire contre laloy.

ANTIGONfi.

Aussi n'étoit-ce pas uneloy, ni donnée

Des Dieux, ny saintement des hommes ordonnée.

Et je ne pensoy pas que tes loix peussent tant

Que toy homme mortel tu vinses abatant

Les saintes loix des Dieux, qui ne sont seulement

Pour durer aujourd'hui, mais éternellement :

Et pour les bien garder j'ay mieux aimé mourir

Que, ne les gardant point, leur courroux encourir;

Et m'a semblé meilleur leur rendre obéissance

Que de creindre un mortel qui a moins de puissance.

Or si davant ^ le temps me faut ® quitter la vie.

Je le comte pour gain n'ayant de vivre envie.

Car qui ainsi que moj', vit en beaucoup de maux,

Que pert-il en mourant sinon mille travaux '^ !

Aussi ce ne m'est pas une grande douleur

De mourir, pour sortir hors d'un si grand malheur ;

Mais ce m'ust ^ bien été un plus grand deconfort ',

Si, sans point l'inhumer '", j'usse laissé le mort,

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