De leur iustltuer
10. il est traître, celui gui trahit la ville et non celui qui la délivre.
— Mais contre les meurtriers le Ciel est irrité?
— Tout homme qui meurtrit^ n'est meurtrier réputé.
— Hé! n'est-il pas meurtrier cil qui meurtrit son Prince
— Holoferne est tyran, non Roy de ma i^rovince.
— Mais quoy ? Dieu maintenant le nous donne pour Roy?
— Celuy n'est point de Dieu- qui guerroyé sa loy.
— Tous peuvent estre donc des Tyrans homicides?
— JaeP, Aliod*, Jeliu^, furent tyrannicides.
— Voire ^, mais iF leur fut commandé du Seigneur.
— D'une pareille loy je sen forcer mon cœur.
— Las ! pour faire un tel coup ton hras a peu de force.
— Assez fort est celuy que l'Eternel r'enforce*.
— Mais ayant fait le coup, qui te guarantira?
— Dieu m'a conduite icy, Dieu me r'amenera.
— Et si ton Dieu te livre és^ mains des Infidèles?
— Mort le Duc*", je ne crain les morts les plus cruelles.
— Mais quoy? tu fouleras*' leur impudicité?
— Mon corps peut eslre à eux, mais non ma volonté '^ Estant donc de ce point" sainctement résolue,
Vers le Pôle** elle eleve et ses mains et sa veuë :
Et puis à basse voix prie ainsi l'Eternel :
« 0 bon Dieu, qui tousjours as eu soin paternel
De ton aim:; Jacob, fortifie ma dextre,
Afin que ceste nuict d'une vigueur adextre*^
Elle puisse égorger ce Prince audacieux,
Qui pour te desceptrer*^ veut escheler*'' les Cieux.
Et puisque ta bonté, nonobstant mille orages,
A fait voir à ma nèfles desirez rivages,